La politique et le sacré

DeclarationDroitsCarnavaletDans la Déclaration des Droits de l’Homme de 1789, on pouvait lire :

« Les représentants du peuple français, constitués en Assemblée nationale, , considérant que l’ignorance, l’oubli ou le mépris des Droits de l’Homme sont les seuls causes des malheurs publics et de la corruption des gouvernements, ont résolu d’exposer, dans une Déclaration solennelle, les droits naturels, inaliénables et sacrés de l’homme. »

Vous avez bien lu : « sacrés ». Cette démocratie, que les élus ont essayé de mettre en place par le long processus d’instauration du suffrage universel, s’appuie sur une sorte d’acte de foi moral ou de conviction, à savoir que la liberté est possible pour tous, sans exception. C’est une thématique d’origine chrétienne mais qui a mis deux millénaires à trouver sa place dans la réflexion de l’ Eglise sur le pouvoir civil.

La démocratie, sacralisée, ointe par le suffrage universel, présuppose qu’il est une nature humaine irréductible, qui permet un accord sur un minimum de principes et dont la traduction civile s’appelle les Droits de l’ Homme. Tenir aux droits sacrés de la personne humaine est un signe de sens du Bien commun, et un argument supplémentaire en faveur de l’existence d’un patrimoine commun de l’humanité présent en chaque personne.

En se souvenant que ces droits naturels, proclamés en 1789, l’étaient sous les auspices de l’ Etre suprême, il ne faut pas en conclure que cette loi devenait positive : la loi naturelle avait besoin d’ être codifiée et contraignante pour pouvoir perdurer. Il y avait là un tournant considérable dans la conception du pouvoir civil et sa capacité à devenir légitime, indépendamment de sa sacralité.

Qu’on le veuille ou non, la Révolution française, malgré ses crimes et ses perversions, n’était pas, dans sa volonté initiale d’écrire les Droits de l’Homme, opposée à la réflexion de l’ Eglise sur la nature du pouvoir civil. Ce pouvoir, pour l’ Eglise comme pour les révolutionnaires, était avant tout au service du Bien commun, et ne tenait pas sa légitimité de sa légalité, mais puisait sa légitimité dans son adéquation à la Loi naturelle, écrite de toute éternité dans le coeur de l’ Homme selon les chrétiens, gravée depuis peu dans la Déclaration universelle des Droits de l’homme et du citoyen d’après les révolutionnaires.

Les Droits de l’Homme n’épuisent pas la Loi naturelle. Ils manifestent la prise de conscience d’une nécessaire auto-limitation de toute autorité. Que l’on pense que l’autorité vienne de Dieu ou non, le principe de son auto-limitation est indispensable. La toute-puissance n’étant le fait que de Dieu, toute forme de puissance humaine doit se fixer ses propres limites. C’est ce qu’essaient de faire les Constitutions des Etats, c’est ce que font les Droits de l’Homme. De cette auto-limitation découle logiquement l’onction du suffrage universel. Le pouvoir ne peut user sans limites de sa liberté, et ne peut faire l’impasse sur le fait qu’il est incarné par des hommes et pour les hommes. Au service du Bien commun.

Père Alain de La Morandais

 

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