Homélie du 3e dimanche de l’Avent : Ecouter …

Une des manières, en montant vers la fête de la Nativité, d’être vigilants, de ne pas sombrer dans le sommeil spirituel de l’hivernage, c’est de réveiller en nous nos capacités à écouter.

Ce qu’attend normalement un orateur d’une assemblée, c’est qu’elle l’écoute, et comment peut-il jauger l’effet de l’écoute sinon en étant très attentif, au moment même où il parle, au retour de son des oreilles censées l’écouter ? Ce retour de son, il le perçoit d’abord par une certaine qualité de silence. L’orateur sacré est symboliquement dans la situation, toutes proportions gardées, de Dieu qui appelle l’homme, ce qu’Il opère en risquant sa Parole – le Verbe – pour être entendu. Et Dieu cherche l’écoute de l’homme, en s’adressant à lui par l’Homme, dans un langage d’homme, fait pour être entendu de l’homme. C’est pourquoi l’apôtre Paul écrivait aux romains : « La foi naît de ce qu’on entend; et ce qu’on entend, c’est l’annonce de la Parole du Christ » (Rom .X, 18) Pour être entendu, encore faut-il être écouté. Le prophète Isaïe se posait déjà la question : « Qui a cru en nous entendant parler ? » Et un psaume lui donnait la réponse : « Comme il est beau de voir courir les messagers de la Bonne Nouvelle ! Leur cri a retenti par toute la terre, et leur parole, jusqu’au bout du monde. »

L’Homme, confusément, comme pour chercher à s’excuser de ne pas entendre la voix de Dieu, reprocherait-il à Dieu de ne savoir parler que de Lui-même, Lui, Dieu invisible et abstrait, inaccessible de par sa perfection même ? Quoi de plus humain que ce reproche là, qui tant ressemble au reproche amoureux : « Tu me parles de toi, mais j’aimerais tant que tu me parles de moi! » Il est vrai que l’homme a besoin de se reconnaître dans la parole qui prétend s’adresser à lui : je me reconnais dans l’image que l’autre, en me parlant, me donne de moi-même. Y aurait-il alors un énorme et multiséculaire malentendu entre Dieu et l’homme, parce que Dieu ne saurait parler à l’homme que de Lui, Dieu, et que l’homme n’attend de l’Autre qu’une parole sur lui, homme ? L’histoire même de l’homme qui n’écoute pas Dieu mérite du moins que la question soit posée.

Par son seul sourd silence, l’homme ferait comme procès à Dieu de ne savoir parler que de son mystère de Dieu ? Il est vrai que Dieu a commencé à parler de Lui-même : « Je SUIS … Celui qui SUIS », telle est la Parole mystérieuse qui parcourt tout l’Ancien Testament et que l’on retrouve en écho dans le Nouveau : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était Dieu. »

Lorsqu’entre deux personnes commence un dialogue par lequel chacune cherche à se révéler à l’autre, il y a souvent deux cas de figures : celui de la parole première, initiale où le premier dit à l’autre quelque chose comme « Reconnais-toi en moi, parce que je suis comme toi ! », et celui où le premier qui se risque à se dévoiler dit :  « Je ne suis pas comme toi : ce n’est pas ta propre image qu’il faudra chercher en moi ! » Dans le deuxième cas,  – non fusionnel ! – , qui semble trop marquer la distance, est-ce que la différence annoncée est exclusive ? Est-elle une manière de prévenir que l’unité entre ces deux personnes est impossible? Non, car la Parole divine dit à l’homme qu’il est non pas comme Dieu, mais à l’image de Dieu et que le chemin d’unité à faire entre Lui et l’homme n’est pas celui d’une assimilation mais d’une ressemblance.

Ce qui signifie que lorsque Dieu parle de Dieu à l’homme, Il lui dit : « Homme, en te parlant de Moi, je t’invite à découvrir une part de ton propre mystère … Ecoute-moi, ce que j’ai à te dire de Moi te fera reconnaître ce que tu es appelé à devenir : plus unifié, plus vrai, plus amoureux et plus beau ! »

Le poète, lorsqu’il est amoureux, nous dit :
« Ce qui est essentiel, c’est d’avoir, face à soi, une résistance, une résistance complice, telle que seul l’être aimé peut en offrir. Alors on a une chance de se rapprocher du secret qui fait tenir ensemble ce chaos d’impressions, de calculs, de fantasmes qu’on appelle une personne. » (J. de Bourbon-Busset, in « Lettre à Laurence »)

Si l’homme écoute Dieu, Celui-ci lui dit quelque chose du secret de la personne humaine.
Et le secret c’est que l’unité tant recherchée existe à cause de l’écoute de l’autre : « Ta parole a créé mon unité … tant il est vrai qu’on devient soi par l’autre ! »

Père Alain de La Morandais

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