Solennité de l’Immaculée Conception

0_L'Immaculée_Conception_-_P.P._Rubens_-_Prado_-_P1627_-_(2)Seigneur, Tu as préparé à Ton Fils une demeure digne de lui, par la conception immaculée de la Vierge ; puisque Tu l’as préservée de tout péché par une grâce venant déjà de la mort de Ton Fils, accorde-nous, à l’intercession de cette Mère très pure, de parvenir à Toi, purifiés, nous aussi, de tout mal. Cette oraison expose avec grande finesse le contenu et le sens du mystère que nous célébrons.

C’est en vue de la mission qu’Il désire lui confier, que Dieu fait à Marie la grâce de bénéficier par avance du fruit de la Pâque de son propre Fils. Comme nous le chantons : le sang du Christ la rachète, mais elle en est la source (‘Voici l’aurore avant le jour’, Sr. Marie-Pierre). Ce serait, en effet, mal comprendre le dogme de l’Immaculée Conception que de le réduire à une faveur accordée par Dieu à un être ayant bien mérité. On peut étendre cette première remarque à tous les charismes que Dieu nous remet largement : A chacun est donnée la manifestation de l’Esprit en vue du bien de tous (1 Co 12, 7), écrit saint Paul. Ainsi, toute vie, même cachée, même insignifiante ou inutile aux yeux du monde, participe à la germination et à la croissance du Royaume de Dieu.

Mais comment en est-on venu à donner une forme dogmatique à ce mystère ? Le peuple chrétien a très tôt pensé que le Nouvel Adam n’avait pu naître que d’une nouvelle Eve ; en d’autres termes, que le monde nouveau ne pouvait pas être le seul fruit de l’ancien. S’agit-il simplement d’une intuition ou  d’une révélation ? Le récit de l’annonciation éclaire cette question : quand l’ange entre chez Marie, il la salue en l’appelant « Comblée de grâce », « favorisée de Dieu ».Il s’agit d’un nom, pas d’un surnom désignant un trait de caractère, une qualité ou un défaut.  Cette expression nous renvoie à la « Bien-aimée », la «favorisée » du Cantique des cantiques. Marie entretient donc une relation unique avec Dieu, sans nuage, sans obstacle. En ajoutant : le Seigneur est avec toi, l’ange confirme d’ailleurs ce mystère. La formule est connue de la première Alliance : Je suis avec toi, dit Dieu à Moïse, lorsqu’il l’appelle du milieu du buisson ardent (cf. Ex 3, 12) et l’ange, à Gédéon : le Seigneur est avec toi, vaillant guerrier (Jg 6, 12). Moïse, Gédéon, et combien d’autres, en dernier, Jean Baptiste, ont tous remplis un rôle clef dans la genèse et l’avènement du Verbe de Dieu ; mais à l’heure de cet avènement, il fallait plus qu’un chef ou qu’un prophète, plus qu’un précurseur ; il fallait une femme qui donne le jour au Verbe en personne. « Comblée de grâce » est vraiment Marie qui va porter l’auteur, le dispensateur de toutes grâces : Tu enfanteras un fils et tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand et sera appelé fils du Très Haut. Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il règnera pour toujours sur la famille de Jacob, et son règne n’aura pas de fin. La grâce faite par Dieu à Marie, c’est d’être pleinement recréée, dès sa conception, à l’image du Christ, le fruit ressemblant de sa chair.

Le bouleversement de Marie amène l’ange à lui préciser ce que Dieu attend d’elle, et sa légitime interrogation, à lui révéler que sa mission est de donner vie aux promesses de Dieu. En lui disant que l’Esprit Saint Viendrait sur elle et que la puissance du Très-Haut la prendrait sous son ombre, l’ange lui révèle qu’il s’agit vraiment de l’avènement de la nouvelle création tant attendue par Israël. Ce thème de la nuée, la ‘shekinah’, évoquant la présence de Dieu à son peuple, renvoyait Marie aux grandes heures de l’histoire d’Israël : Au commencement, l’Esprit de Dieu planait sur les eaux pour donner la vie (Gn 1, 2) ; durant l’exode, la nuée recouvrait le sanctuaire de son ombre (Ex 40, 35) ; c’est aussi dans l’ombre de la nuée que Dieu parlait à Moïse (Ex 16, 10) ; plus tard, quand Salomon inaugurera le Temple, la nuée emplira la Maison du Seigneur (1 R 8, 10). Ces appels de sens ne pouvaient échapper à Marie, qui percevait, sans pouvoir l’exprimer avec des mots, le mystère de la Personne de son Fils.

La conception immaculée de Marie, c’est tout simplement, et sans en minimiser la profondeur, le premier fruit de la création nouvelle dans le Christ. La première, elle connaît ce que la théologie appellera la justification par la foi, à laquelle Dieu nous destine tous. A Marie s’applique pleinement ce que Paul écrit aux Ephésiens : En lui (le Christ), Dieu nous a choisis avant la création du monde, pour que nous soyons, dans l’amour, saints et irréprochables sous son regard. Il nous a d’avance destinés à devenir pour Lui des fils par Jésus Christ… Laissons-nous recréer nous aussi, comme Marie, à la ressemblance du Christ, pour être ses témoins, messagers de la joie et de l’espérance de Pâques.

Alain de La Morandais

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