Petite histoire mauricienne pour les amoureux…

Les contes du boulboul

 Le chasseur et son chien

UnknownTigoupil, chasseur émérite devant l’Eternel, le dieu de Mohamed, et tous les dieux des Indes, partit, un beau matin,  à la chasse aux canards avec son chien. Levé bien tôt, aux aurores d’opale qui rendent le coin de Mire transparent et miroitant comme un diamant, maître Goupil se posta, entre les grandes racines d’un multipliant, devant l’étang grisant et s’enveloppa de bure et de patience.

Au bout d’une heure, comme le soleil commençait à étendre ses bras rayonnants, soudain, vif comme un poisson volant, l’oiseau s’élança vers les cieux…

– Pan ! Pan ! Pan ! fit par trois fois le chasseur, fusil bien dans la mire.

Et son chien s’élança, courant sur les eaux

– Berlue de ma vie ! S’écria Maître Goupil, renversé non pas tant par ses trois coups que par celui de son chien courant sur l’étang.

Le chien s’approcha, reniflant, flairant la caresse, gibier entre les dents. Ses yeux roucoulaient  comme les petites tourterelles de l’aube, quémandant le merci et peut-être même l’encouragement.

Son maître, pourtant ni enivré ni shooté, le considéra quasiment comme l’annonce d’un miracle  dont il ne savait encore s’il annonçait le meilleur ou le pire…

Le meilleur, dans son esprit, c’eut été qu’il y ait un volatile. Et le pire, ce fut que sa femme l’eut pris encore pour un ivrogne.

Mais une deuxième proie plumée surgit des brouillards de l’étang et notre chasseur, qui n’avait ni fumé, ni bu, retrouva tout soudain ses bons réflexes scélérats … pardon ! De célérité.

– Pan ! Pan ! Pan !

Dans la foulée même,    un troisième sauvage volatile fut ramené par le chien savant qui courait toujours sur les eaux.

– Nom d’un chien courant et savant ! S’écria le Goupil éclaté par l’écarlate de la surprise et de l‘imagination flamboyante.

–   Ce chien courant et rayonnant, que je voyais banal et sinuant, court à présent pour ma gloire !

En vérité, maître Goupil, enfournant dans sa besace ces trois canards aux becs de sang, cherchait le calme dans la déraison et se précipita vers son village, où il savait  bien retrouver au bistrot du coin son compère, Grégoire.

Essoufflé, haletant et suant, Goupil d’abord se jeta sur le verre de gros rouge que lui tendit son compagnon de toutes les fortunes.

 – Avales ça d’abord et tu causes ensuite !

 Goupil tremblait et dut boire au moins par trois fois.

– Alors, racontes ? fit enfin Grégoire.

– Tu ne me croiras jamais ?

– Bon, ça va ! Tu commences toujours comme ça !

– Ecoute moi, ce coup ci, c’est pas comme les autres : je cherche pas à t’épater !

– Eh bien ! Vas y : lâches-toi !

Et Goupil, entre l’effarement et la fierté, narra dans le menu son aventure du matin même. Grégoire n’osa pas  ricaner et se contenta de lui proposer :

– Demain, je viens avec toi ?

 – Assurément et verra bien qui ment !

– Se vanter et mentir, tu fais la différence ?

Le chasseur au grand miracle se renfrogna et bougonna en silence.

– A demain ! Départ cinq heures ! Lança-t-il au compère, sans même serrer sa pogne.

Le matin suivant, entre les lianes du banian et ses racines impérieuses,  deux ombres immobiles guettèrent longuement mais en vain. Soudain le chien assis se releva lentement et frémit. Froissements dans les roseaux et la bête s’envola. Grégoire tira et manqua

– Tu le fais exprès ? Grogna Goupil. Le prochain, c’est pour moi.

 – Tu veux dire pour ton chien miraculeux ?

 – Chut ! C’est reparti …

Goupil tira et l’oiseau s’abattit en plein milieu de l’étang. Le chien courut sur les flots plats et laiteux et s’en revint déposer la petite victime aux pieds de son maître.

 – Ca alors ! C’est pourtant ben vrai, ton chien court sur la flotte. C’est donc qui sait pas nager ?

La morale de cette histoire c’est que, lorsque vous êtes amoureux, la personne aimée, désirée, est parée de tous les ramages – ou mirages – jusqu’à courir et voler sur les eaux. Alors, apprenez-lui donc à nager.

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