Fête du Christ-Roi

imagesDans l’ancien Orient, l’institution royale se reliait toujours intimement à la conception de la royauté divine, commune aux diverses civilisations de ce temps-là. C’était une institution sacrée qui, à divers degrés, appartenait à la sphère du divin.

Chef civil et militaire, le Roi était aussi le Grand Prêtre de la Cité. Cette fonction faisait de son titulaire le médiateur-né entre les dieux et les hommes : il assurait aux hommes la justice, la victoire et la paix, et c’est par lui aussi que venaient les bénédictions divines sous la forme de la fertilité de la terre et de la fécondité humaine et animale.

Tel est l’arrière-plan sur lequel se détache, originale, la révélation biblique. Originale par rapport à l’environnement culturel ? Oui. Dès l’origine, en Israël, la royauté comme institution temporelle se détache de la sphère du divin. La royauté n’appartient pas aux institutions fondamentales du peuple de Dieu : c’est Yahwe-Dieu qui règne sur Israël, en vertu de l’Alliance, mais aucun roi humain n’incarne sa présence au milieu de son peuple.

Personnage sacré, dont il faut respecter l’onction, le roi reste soumis autant que les autres hommes aux exigences de la Loi et de l’Alliance, comme les prophètes ne manquent pas de lui rappeler.

Longtemps après la gloire du roi David, soutenu par les prophètes et loué par les historiens, et celle plus équivoque de Salomon, plusieurs prophètes jugeront désastreuse l’expérience royale d’un point de vue purement religieux. Osée en annonçait la fin, Jérémie envisageait l’abaissement de la dynastie de David.

Au temps où Jésus naquit et vécut sa vie publique, certes l’attente du Roi de la fin des temps est ardente dans le peuple juif mais elle revêt un caractère complètement ambigu par son côté politique très accentué : on attend du Roi Messie qu’il libère Israël de l’oppression étrangère.

Le message de Jésus se dépouillera radicalement de ces résonances politiques, au désespoir de ses propres amis. Jésus était-il roi ? Pas dans le sens humain, trop humain, où son entourage aurait voulu l’entendre. Il n’a cessé de chasser ce malentendu désastreux.

Durant son ministère public, Jésus ne cède jamais à l’enthousiasme messianique des foules, trop mêlé d’espoirs temporels. Il ne s’oppose ni à l’autorité de Hérode, qui soupçonne pourtant en lui un concurrent, ni à celle de l’empereur romain, à qui le tribut est dû : sa mission est d’un autre ordre !

Lorsque après la multiplication des pains la foule veut venir l’enlever pour le faire roi, il s’esquive. Pourtant … pourtant, une fois, une seule, il se prêtera à une manifestation publique lors de son entrée triomphale à Jérusalem : se montrant dans un humble appareil, chevauchant un ânon, selon l’oracle de Zacharie, il se laisse acclamer comme roi d’Israël. Pourquoi ?

Parce qu’il sait que ce succès même hâtera l’heure de sa Passion.

Durant son procès religieux, l’interrogatoire porte sur sa qualité de Messie et de Fils de Dieu, mais dans son procès civil devant Pilate, c’est sa royauté qui est en cause.

«  – Es-tu le roi des Juifs ? » demande Pilate.

Jésus ne renie pas ce titre mais il précise tout de suite que « son Royaume n’est pas de ce monde », de telle sorte qu’il n’est pas le rival de César. Et Pilate semble bien avoir compris que cet homme-là n’était pas un concurrent, un politique. Mais les autorités juives, dans l’aveuglement de leur incroyance, et dans la menace qu’elles ressentent bien, elles, contre leur pouvoir religieux, en vinrent à reconnaître à César un pouvoir politique exclusif.

« Tous les gouvernements s’étaient mis d’accord contre lui.

Le gouvernement des Juifs et le gouvernement des Romains.

Le gouvernement des Juges et le gouvernement des prêtres.

Le gouvernement des soldats et le gouvernement des curés.

Tout le monde était contre lui …

Un jour, les amis, les amis l’avaient trouvé trop grand

Un jour, les citoyens l’avaient trouvé trop grand

Et il n’avait pas été prophète en son pays. » (Péguy)

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