Cartier : Le style et l’histoire

Le Père de La Morandais est invité au vernissage de l’exposition Cartier : Le style et l’histoire, le mardi 3 décembre.

cartier_expoL’exposition : Éclipsée peut-être par la célébrité du nom et l’éclat des diamants, l’histoire complexe et foisonnante de la grande maison de joaillerie demeure trop peu connue. Cartier a pourtant joué un rôle très important dans l’histoire des arts décoratifs. Ses créations, du classicisme du « joaillier des rois » aux inventions radicales du style moderne, entre géométrie et exotisme, offrent un témoignage passionnant sur l’évolution du goût et des codes sociaux. Joaillerie, horlogerie, objets aussi pratiques que raffinés : Cartier a séduit les personnalités les plus élégantes du XXe siècle. Exposition organisée par la Réunion des musées nationaux – Grand Palais.

Cartier : Le style et l’histoire

L’ Eglise des pauvres

Les-mots-du-pape-Francois-Ses-verbes-pour-croire-et-vivre_article_popinL’ « Eglise des pauvres » et la « collégialité » , les deux lignes conciliaires chères au pape François, ,c’est d’abord un état d’esprit inspiré par la phrase de Jésus « Je ne suis pas venu pour être servi mais pour servir. » (Mt. XV, 30) Après le règne autocratique, magnétique et étincelant du pape Pie XII, la bonhommie débonnaire et joviale du bon pape Jean, inspira, par quelques gestes concrets – l’abandon de la sedia gestatoria et des flammelli à l’égyptienne pharaonique, sa toute première sortie du Vatican pour rencontrer malades et prisonniers – réveilla chez des évêques, des prêtres et des laïcs, engagés ou non, un esprit de service. D’une certaine manière, dans le monde catholique mondial, on se contentait de satisfaire au rite liturgique du vendredi saint où depuis le Pontife romain , sous les yeux des cameras, jusqu’au plus obscur curé de campagne, le président célébrant de la communauté se ceignait les reins pour, à genoux, laver les pieds nus de quelques personnes sélectionnées. Est-ce que ce geste symbolique et public renvoyait à une action caritative ou sociale suivie d’effets concrets ? Pas toujours et pourtant, pour nombre de serviteurs connus, reconnus ou invisibles aux médias, bien des chrétiennes et des chrétiens se mettaient silencieusement, patiemment, humblement au service des pauvres. Pour un abbé Pierre, une sœur Teresa, une sœur Emmanuelle, un Mgr. Rodhain, fondateur du Secours catholique, un père Pedro à Madagascar , un Père Joseph de ATD Quart Monde etc …que de centaines et de milliers d’anonymes au service de Caritas, de l’Ordre de Malte et de tant et tant de services d’entraide et de solidarité, arrivaient même à travailler avec des athées, des comiques ou ignorés indignés ! Le service des pauvres peut non seulement faire bouger les institutions, qui ont toujours tendance à se crisper dans des règlements indispensables, des habitudes, des soliloques, des ghettos de bénévoles, qui peuvent conduire à la stérilité, à la suffisance des « dames d’œuvre » ; qui peuvent subtilement et insidieusement métamorphoser des serviteurs zélés et avisés enfonctionnaires passifs et satisfaits, obéissant davantage à l’horloge qu’au désir d’inventer de développer Le Vatican d’avant Vatican II était super centralisé sur un monarque unique et souverain, accoudé à une Curie omnipotente, filtrant l’accès au Pape. – une monarchie absolue dont les pouvoirs n’étaient ni contrôlés, ni régulés clairement par quelques contre-pouvoirs, tels que les parlements locaux ou des Conseils qui devraient participer aux pouvoirs de décision et d’exécution. Jean XXIII, conscient des limites du système, lança auConcile la « collégialité », c’est à dire la décentralisation du pouvoir, en déléguant aux Collèges des évêques davantage d’ouverture aux consultations mais surtout, par les votes conciliaires, en appliquant le principe de subsidiarité – c’est à dire la délégation de pouvoirs décisionnaires-et-exécutifs à des instances subsidiaires (Collèges épiscopaux, instituts de laïcs, nouveau diaconat, reconnaissance de la présence et de l’action des femmes). La pratique ancestrale des Synodes assure un fonctionnement très décentralisé pour toutes les Eglises orthodoxes. Il en va de même, avec des nuances différentes, dans les Eglises issues de la Réforme. Les premiers pas dans l’Histoire contemporaine de notre Eglise nous montrent clairement que le pape François a retenu la leçon de Vatican II. Espérance, tu es là, soleil levant sur nos ténèbres set nos brouillards !

Cette réflexion autour de l’Eglise des pauvres sera l’objet du prochain livre du Père Alain de La Morandais.

Sirandanes J.M.G & Jémia Le Clézio

4e de couverture

Bayonet par dernier ?– Mus zonn.Une baïonnette par-derrière ?– La guêpe.Tambur divan, paviyon dernier ?– Lisyin : so labus zapé, so laké dibut.Tambour par-devant, drapeau par-derrière ?– Le chien : sa bouche aboie, sa queue se lève.Gran zorey, ti lizié, lapo verni ?– Sursuri.De grandes oreilles, de petits yeux, la peau vernie ?– La chauve-souris.Qu’est-ce que les sirandanes?Ce sont des devinettes, empreintes de malice et de tendresse, qui relèvent d’une lointaine tradition le clézioorale et portent sur la vie quotidienne à l’île Maurice. Si tous les peuples ont leurs devinettes, «le peuple mauricien a su pousser cet art jusqu’à la perfection, jusqu’à la poésie même». L’originalité de cet ouvrage réside dans la présentation des sirandanes, reproduites en créole à partir de l’alphabet phonétique simplifié, et traduites en français. Ces devinettes poétiques sont précédées d’une préface de Le Clézio et suivies de deux textes très éclairants: un «petit lexique de la langue créole et des oiseaux» conçu par l’auteur et une postface, «Des devinettes pour comprendre le monde», rédigée par Danièle Henky, spécialiste de littérature enfantine.

Petite histoire mauricienne pour les amoureux…

Les contes du boulboul

 Le chasseur et son chien

UnknownTigoupil, chasseur émérite devant l’Eternel, le dieu de Mohamed, et tous les dieux des Indes, partit, un beau matin,  à la chasse aux canards avec son chien. Levé bien tôt, aux aurores d’opale qui rendent le coin de Mire transparent et miroitant comme un diamant, maître Goupil se posta, entre les grandes racines d’un multipliant, devant l’étang grisant et s’enveloppa de bure et de patience.

Au bout d’une heure, comme le soleil commençait à étendre ses bras rayonnants, soudain, vif comme un poisson volant, l’oiseau s’élança vers les cieux…

– Pan ! Pan ! Pan ! fit par trois fois le chasseur, fusil bien dans la mire.

Et son chien s’élança, courant sur les eaux

– Berlue de ma vie ! S’écria Maître Goupil, renversé non pas tant par ses trois coups que par celui de son chien courant sur l’étang.

Le chien s’approcha, reniflant, flairant la caresse, gibier entre les dents. Ses yeux roucoulaient  comme les petites tourterelles de l’aube, quémandant le merci et peut-être même l’encouragement.

Son maître, pourtant ni enivré ni shooté, le considéra quasiment comme l’annonce d’un miracle  dont il ne savait encore s’il annonçait le meilleur ou le pire…

Le meilleur, dans son esprit, c’eut été qu’il y ait un volatile. Et le pire, ce fut que sa femme l’eut pris encore pour un ivrogne.

Mais une deuxième proie plumée surgit des brouillards de l’étang et notre chasseur, qui n’avait ni fumé, ni bu, retrouva tout soudain ses bons réflexes scélérats … pardon ! De célérité.

– Pan ! Pan ! Pan !

Dans la foulée même,    un troisième sauvage volatile fut ramené par le chien savant qui courait toujours sur les eaux.

– Nom d’un chien courant et savant ! S’écria le Goupil éclaté par l’écarlate de la surprise et de l‘imagination flamboyante.

–   Ce chien courant et rayonnant, que je voyais banal et sinuant, court à présent pour ma gloire !

En vérité, maître Goupil, enfournant dans sa besace ces trois canards aux becs de sang, cherchait le calme dans la déraison et se précipita vers son village, où il savait  bien retrouver au bistrot du coin son compère, Grégoire.

Essoufflé, haletant et suant, Goupil d’abord se jeta sur le verre de gros rouge que lui tendit son compagnon de toutes les fortunes.

 – Avales ça d’abord et tu causes ensuite !

 Goupil tremblait et dut boire au moins par trois fois.

– Alors, racontes ? fit enfin Grégoire.

– Tu ne me croiras jamais ?

– Bon, ça va ! Tu commences toujours comme ça !

– Ecoute moi, ce coup ci, c’est pas comme les autres : je cherche pas à t’épater !

– Eh bien ! Vas y : lâches-toi !

Et Goupil, entre l’effarement et la fierté, narra dans le menu son aventure du matin même. Grégoire n’osa pas  ricaner et se contenta de lui proposer :

– Demain, je viens avec toi ?

 – Assurément et verra bien qui ment !

– Se vanter et mentir, tu fais la différence ?

Le chasseur au grand miracle se renfrogna et bougonna en silence.

– A demain ! Départ cinq heures ! Lança-t-il au compère, sans même serrer sa pogne.

Le matin suivant, entre les lianes du banian et ses racines impérieuses,  deux ombres immobiles guettèrent longuement mais en vain. Soudain le chien assis se releva lentement et frémit. Froissements dans les roseaux et la bête s’envola. Grégoire tira et manqua

– Tu le fais exprès ? Grogna Goupil. Le prochain, c’est pour moi.

 – Tu veux dire pour ton chien miraculeux ?

 – Chut ! C’est reparti …

Goupil tira et l’oiseau s’abattit en plein milieu de l’étang. Le chien courut sur les flots plats et laiteux et s’en revint déposer la petite victime aux pieds de son maître.

 – Ca alors ! C’est pourtant ben vrai, ton chien court sur la flotte. C’est donc qui sait pas nager ?

La morale de cette histoire c’est que, lorsque vous êtes amoureux, la personne aimée, désirée, est parée de tous les ramages – ou mirages – jusqu’à courir et voler sur les eaux. Alors, apprenez-lui donc à nager.

Révolutions de J.M.G Le Clézio

A toute personne qui a été à l’Ile Maurice, qui en revient ou qui rêve d’y aller, ne pas manquer de lire “Révolutions” !

révolutions le clézio

Quatrième de couverture :

«Ce n’est pas le paradis qui est perdu, c’est le temps avec ses révolutions. Nice, dans les années cinquante et soixante, était l’endroit rêvé où rendre un culte intérieur et un peu désespéré à l’île Maurice de mes ancêtres. La réalité semblait ne cesser de s’y transformer, des populations très pauvres, venues de tous les coins de l’Europe et de l’Asie, des Russes, des Italiens, des Grecs, des émigrés africains, et les premiers rapatriés fuyant la guerre d’Algérie, s’y croisaient chaque jour, et quelque chose de la fabrication de la pensée classique, c’est-à-dire de la philosophie, y était encore perceptible. Peut-être, à un degré différent et sur un autre mode, ce qu’était Alger ou Beyrouth à la même époque.L’exil, la recherche d’une terre, font partie de ce qui m’a été donné premièrement. Il m’a toujours semblé, comme l’a dit Flannery O’Connor, qu’un romancier doit être porté à écrire sur les premières années de sa vie, où le principal lui a été donné.» 

Révolutions, J.M.G. Le Clézio, Gallimard Folio, 2004

Fête du Christ-Roi

imagesDans l’ancien Orient, l’institution royale se reliait toujours intimement à la conception de la royauté divine, commune aux diverses civilisations de ce temps-là. C’était une institution sacrée qui, à divers degrés, appartenait à la sphère du divin.

Chef civil et militaire, le Roi était aussi le Grand Prêtre de la Cité. Cette fonction faisait de son titulaire le médiateur-né entre les dieux et les hommes : il assurait aux hommes la justice, la victoire et la paix, et c’est par lui aussi que venaient les bénédictions divines sous la forme de la fertilité de la terre et de la fécondité humaine et animale.

Tel est l’arrière-plan sur lequel se détache, originale, la révélation biblique. Originale par rapport à l’environnement culturel ? Oui. Dès l’origine, en Israël, la royauté comme institution temporelle se détache de la sphère du divin. La royauté n’appartient pas aux institutions fondamentales du peuple de Dieu : c’est Yahwe-Dieu qui règne sur Israël, en vertu de l’Alliance, mais aucun roi humain n’incarne sa présence au milieu de son peuple.

Personnage sacré, dont il faut respecter l’onction, le roi reste soumis autant que les autres hommes aux exigences de la Loi et de l’Alliance, comme les prophètes ne manquent pas de lui rappeler.

Longtemps après la gloire du roi David, soutenu par les prophètes et loué par les historiens, et celle plus équivoque de Salomon, plusieurs prophètes jugeront désastreuse l’expérience royale d’un point de vue purement religieux. Osée en annonçait la fin, Jérémie envisageait l’abaissement de la dynastie de David.

Au temps où Jésus naquit et vécut sa vie publique, certes l’attente du Roi de la fin des temps est ardente dans le peuple juif mais elle revêt un caractère complètement ambigu par son côté politique très accentué : on attend du Roi Messie qu’il libère Israël de l’oppression étrangère.

Le message de Jésus se dépouillera radicalement de ces résonances politiques, au désespoir de ses propres amis. Jésus était-il roi ? Pas dans le sens humain, trop humain, où son entourage aurait voulu l’entendre. Il n’a cessé de chasser ce malentendu désastreux.

Durant son ministère public, Jésus ne cède jamais à l’enthousiasme messianique des foules, trop mêlé d’espoirs temporels. Il ne s’oppose ni à l’autorité de Hérode, qui soupçonne pourtant en lui un concurrent, ni à celle de l’empereur romain, à qui le tribut est dû : sa mission est d’un autre ordre !

Lorsque après la multiplication des pains la foule veut venir l’enlever pour le faire roi, il s’esquive. Pourtant … pourtant, une fois, une seule, il se prêtera à une manifestation publique lors de son entrée triomphale à Jérusalem : se montrant dans un humble appareil, chevauchant un ânon, selon l’oracle de Zacharie, il se laisse acclamer comme roi d’Israël. Pourquoi ?

Parce qu’il sait que ce succès même hâtera l’heure de sa Passion.

Durant son procès religieux, l’interrogatoire porte sur sa qualité de Messie et de Fils de Dieu, mais dans son procès civil devant Pilate, c’est sa royauté qui est en cause.

«  – Es-tu le roi des Juifs ? » demande Pilate.

Jésus ne renie pas ce titre mais il précise tout de suite que « son Royaume n’est pas de ce monde », de telle sorte qu’il n’est pas le rival de César. Et Pilate semble bien avoir compris que cet homme-là n’était pas un concurrent, un politique. Mais les autorités juives, dans l’aveuglement de leur incroyance, et dans la menace qu’elles ressentent bien, elles, contre leur pouvoir religieux, en vinrent à reconnaître à César un pouvoir politique exclusif.

« Tous les gouvernements s’étaient mis d’accord contre lui.

Le gouvernement des Juifs et le gouvernement des Romains.

Le gouvernement des Juges et le gouvernement des prêtres.

Le gouvernement des soldats et le gouvernement des curés.

Tout le monde était contre lui …

Un jour, les amis, les amis l’avaient trouvé trop grand

Un jour, les citoyens l’avaient trouvé trop grand

Et il n’avait pas été prophète en son pays. » (Péguy)

L’ Eglise des pauvres

              L’ « Eglise des pauvres » et la « collégialité » , les deux lignes conciliaires chères au pape François, ,c’est d’abord un état d’esprit inspiré par la phrase de Jésus « Je ne suis pas venu pour être servi mais pour servir. » (Mt. XV, 30)

            Après le règne autocratique, magnétique et étincelant du pape Pie XII, la bonhommie débonnaire et joviale du bon pape Jean,  inspira, par quelques gestes concrets – l’abandon de la sedia gestatoria et des flammelli à l’égyptienne pharaonique, sa toute première sortie du Vatican pour rencontrer malades et prisonniers – réveilla chez  des évêques, des prêtres et des laïcs, engagés ou non, un esprit de service.

         D’une certaine manière, dans le monde catholique mondial, on se contentait de satisfaire au rite liturgique du vendredi saint où depuis le Pontife romain , sous les yeux des cameras, jusqu’ au plus obscur curé de campagne, le président célébrant de la communauté se ceignait les reins pour, à genoux, laver les pieds nus de quelques personnes sélectionnées. Est-ce que ce geste symbolique et public renvoyait à une action caritative ou sociale suivie d’effets concrets ? Pas toujours et pourtant, pour nombre de serviteurs connus, reconnus ou invisibles aux medias,  bien des chrétiennes et des chrétiens se mettaient silencieusement, patiemment, humblement au service des pauvres. Pour un abbé Pierre, une sœur Teresa, une sœur Emmanuelle, un Mgr. Rodhain, fondateur du Secours catholique, un père Pedro à Madagascar , un Père Joseph de ATD Quart Monde etc …que de centaines et de milliers d’anonymes au service de Caritas, de l’Ordre de Malte et de tant et tant de services d’entraide et de solidarité, arrivaient même à travailler avec des athées, des comiques ou ignorés indignés ! Le service des pauvres peut non seulement faire bouger les institutions, qui ont toujours tendance à se crisper dans des règlements indispensables, des habitudes, des soliloques, des ghettos de bénévoles, qui peuvent conduire à la stérilité, à la suffisance des « dames d’œuvre » ; qui peuvent subtilement et insidieusement métamorphoser des serviteurs zélés et avisés en fonctionnaires passifs et satisfaits, obéissant davantage à l’horloge qu’au désir d’inventer de développer

           Le Vatican d’avant Vatican II était super centralisé sur un monarque unique et souverain, accoudé à une Curie omnipotente, filtrant l’accès au Pape. – une monarchie absolue dont les pouvoirs n’étaient ni contrôlés, ni régulés clairement par quelques contre-pouvoirs, tels que les parlements locaux ou des Conseils qui devraient participer aux pouvoirs de décision et d’exécution. Jean XXIII, conscient des limites du système, lança au Concile la « collégialité », c’est à dire la décentralisation du pouvoir, en déléguant aux Collèges des évêques davantage d’ouverture aux consultations mais surtout, par les votes conciliaires, en appliquant le principe de subsidiarité – c’est à dire la délégation de pouvoirs décisionnaires-et-exécutifs à des instances subsidiaires (Collèges épiscopaux, instituts de laïcs, nouveau diaconat, reconnaissance de la présence et de l’action des femmes). La pratique ancestrale des Synodes assure un fonctionnement très décentralisé pour toutes les Eglises orthodoxes. Il en va de même, avec des nuances différentes,  dans les Eglises issues de la Réforme.

           Les premiers pas dans l’Histoire contemporaine de notre Eglise nous montrent clairement que le pape François a retenu la leçon de Vatican II.

          Espérance, tu es là, soleil levant sur nos ténèbres et nos brouillards !

Le Temple de Jérusalem

 

      jeru1  Quand on sait à quel point du zénith et de gloire avait atteint le Temple pour un Juifs depuis l’époque royale de Salomon jusqu’à Jésus, on ne trouve pas d’image qui soutienne la comparaison dans notre civilisation. Et pourtant les Hébreux de l’époque des patriarches ne connaissaient pas de temple, bien qu’ils eussent quelques lieux sacrés, où « ils invoquaient le nom de Yahwe. » Avec le Mont Sinaï, la localisation de la « manifestation de Dieu » prend forme et figure géographique jusqu’à ce que, pour accompagner l’errance de ce peuple, le sanctuaire devienne portatif avec l’Arche d’ Alliance. La « tente du témoignage », comme elle était nommée,  abrite l’arche et devient le signe de la Présence de Dieu, présence à la fois sensible et cachée.

               David, après avoir libéré l’arche des mains des Philistins, installe sa capitale politique à Jérusalem, en en faisant le centre religieux du peuple de Yahwe, construisant son propre palais et rêvant d’édifier le Temple, ce qui le conduit à se heurter à des oppositions. En effet, pour le peuple de l’ Alliance, le sanctuaire idéal demeure le tabernacle du passé qui rappelle explicitement le séjour au désert. En outre, le culte authentique du Dieu unique s’accommode mal d’une copie servile des cultes païens dont les temples présentent une sorte de main mise sur la divinité.

               Salomon réalisera le rêve de David sans qu’aucune opposition prophétique ne se manifeste. Fastueux et royal, le Temple de Jérusalem sera comme une réplique du Palais céleste, sachant bien que même si Yahwe signifie visiblement qu’Il agrée ce Temple comme demeure où Il fait habiter son Nom, Il ne saurait être lié Lui-même à ce signe sensible de sa présence : les cieux et le cosmos entiers ne pouvant Le contenir, à plus forte raison une demeure terrestre !

                 A l’époque royale, tout en jouant un rôle essentiel dans le culte d’Israël, le signe du Temple n’est cependant pas dénué d’ ambiguïté. Pour des hommes au sens religieux superficiel, les cérémonies qui s’y déroulent tendent à devenir des gestes vides. L’attachement qu’ils ont envers lui risque de tourner à la confiance superstitieuse. Comme toujours, dès qu’une religion s’installe, la perversion la guette : on devient plus vite attaché aux rites, à la forme qu’à l’esprit. Et c’est pourquoi les prophètes deviendront vite très nuancés à l’égard du Temple. Isaïe, Jérémie et Ezekiel dénonceront le caractère superficiel du culte qui s’y déroule, voire même des pratiques idolâtriques qui s’y introduisent. L’abandon par Yahwe de cette demeure est envisagée et annoncée : le Temple sera détruit ! Les menaces de Jérémie puis la destruction de l’édifice et surtout l’expérience de l’exil vont contribuer, par la suite, à mettre en évidence la nécessité d’un culte plus spirituel, correspondant aux exigences de la religion du coeur. En terre d’exil, on réalise mieux que Dieu est présent partout où Il règne, comme si le culte spirituel repris par Dieu – celui des pauvres et des coeurs contrits – s’accommodait mieux d’une présence spirituelle de Dieu, détachée des signes sensibles.

                Jésus, comme les prophètes, professe pour le Temple ancien le plus profond respect. Il y est présent par Marie. Il s’y rend pour les solennités et semble en approuver les pratiques cultuelles, tout en condamnant le formalisme qui risque de les vicier : « Vas d’abord te réconcilier avec  ton frère ! » Le Temple est pour lui la Maison de Dieu, une maison de prière, la maison de son Père et il s’indigne qu’on en fasse un lieu de trafic : d’où le geste prophétique décrit par saint Jean. Et pourtant il annonce, lui aussi, la ruine du splendide édifice dont il ne restera pas pierre sur pierre. Cela lui sera vivement reproché durant son procès à tel point que l’on peut penser que cet épisode a été le déclic religieux et politique de son arrestation.

               Au moment du râle ultime, sur le gibet, le déchirement du voile du Saint des Saints montre que l’ancien sanctuaire perd son caractère sacré : le Temple a fini de remplir ses fonctions de signe de la présence divine. En effet, cette fonction est désormais remplie par un autre signe qui est le Corps même du Fils de l’Homme. L’évangile de Jean place dans le contexte de la purification du Temple la phrase mystérieuse sur le sanctuaire détruit et rebâti en trois jours mais il ajoute : « Il parlait du sanctuaire de son corps. » Et ses disciples, après la Résurrection, le comprirent.

               Voici donc le temple nouveau et définitif, qui n’est pas fait de main d’homme mais qui épouse radicalement et complètement la condition humaine, celui où le Verbe de Dieu établit sa demeure parmi les hommes. Cependant, pour que le temple de pierre soit déchu, il faut que Jésus Lui-même meurt et ressuscite : le Temple de son corps sera détruit et rebâti.

         Après sa Résurrection, ce corps, signe de la Présence divine, connaîtra un nouvel état transfiguré qui lui permettra de se rendre Présent en tous les lieux et à toutes les assemblées, et dans tous les siècles des siècles, de trois manières :

–       l’ ecclesia, ou assemblée des croyants réunis en son Nom;

–       le signe eucharistique du Pain et du Vin;

–       la présence des pauvres auxquels Jésus s’est radicalement identifié.

          L’ ecclesia, l’assemblée, l’église est Temple de Dieu : les premières communautés chrétiennes prennent rapidement conscience, après la rupture avec le Temple de Jérusalem et le judaïsme, qu’ils constituent eux-mêmes le nouveau temple, le temple spirituel, en prolongement du corps du Christ. D’où l’enseignement de Paul : l’église est le temple de Dieu, édifiée sur le Christ, fondement et pierre angulaire. Voilà pour l’aspect communautaire. Et, individuellement, chacun des membres de cette église est pareillement temple de Dieu, temple de l’ Esprit, membre du Corps du Christ. Les deux choses sont liées : puisque le corps ressuscité du Christ, en qui habite corporellement la divinité, est le temple de Dieu par excellence, ainsi les chrétiens membres de ce Corps sont avec Lui le temple spirituel.