Cartier : Le style et l’histoire

Le Père de La Morandais est invité au vernissage de l’exposition Cartier : Le style et l’histoire, le mardi 3 décembre.

cartier_expoL’exposition : Éclipsée peut-être par la célébrité du nom et l’éclat des diamants, l’histoire complexe et foisonnante de la grande maison de joaillerie demeure trop peu connue. Cartier a pourtant joué un rôle très important dans l’histoire des arts décoratifs. Ses créations, du classicisme du « joaillier des rois » aux inventions radicales du style moderne, entre géométrie et exotisme, offrent un témoignage passionnant sur l’évolution du goût et des codes sociaux. Joaillerie, horlogerie, objets aussi pratiques que raffinés : Cartier a séduit les personnalités les plus élégantes du XXe siècle. Exposition organisée par la Réunion des musées nationaux – Grand Palais.

Cartier : Le style et l’histoire

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L’ Eglise des pauvres

Les-mots-du-pape-Francois-Ses-verbes-pour-croire-et-vivre_article_popinL’ « Eglise des pauvres » et la « collégialité » , les deux lignes conciliaires chères au pape François, ,c’est d’abord un état d’esprit inspiré par la phrase de Jésus « Je ne suis pas venu pour être servi mais pour servir. » (Mt. XV, 30) Après le règne autocratique, magnétique et étincelant du pape Pie XII, la bonhommie débonnaire et joviale du bon pape Jean, inspira, par quelques gestes concrets – l’abandon de la sedia gestatoria et des flammelli à l’égyptienne pharaonique, sa toute première sortie du Vatican pour rencontrer malades et prisonniers – réveilla chez des évêques, des prêtres et des laïcs, engagés ou non, un esprit de service. D’une certaine manière, dans le monde catholique mondial, on se contentait de satisfaire au rite liturgique du vendredi saint où depuis le Pontife romain , sous les yeux des cameras, jusqu’au plus obscur curé de campagne, le président célébrant de la communauté se ceignait les reins pour, à genoux, laver les pieds nus de quelques personnes sélectionnées. Est-ce que ce geste symbolique et public renvoyait à une action caritative ou sociale suivie d’effets concrets ? Pas toujours et pourtant, pour nombre de serviteurs connus, reconnus ou invisibles aux médias, bien des chrétiennes et des chrétiens se mettaient silencieusement, patiemment, humblement au service des pauvres. Pour un abbé Pierre, une sœur Teresa, une sœur Emmanuelle, un Mgr. Rodhain, fondateur du Secours catholique, un père Pedro à Madagascar , un Père Joseph de ATD Quart Monde etc …que de centaines et de milliers d’anonymes au service de Caritas, de l’Ordre de Malte et de tant et tant de services d’entraide et de solidarité, arrivaient même à travailler avec des athées, des comiques ou ignorés indignés ! Le service des pauvres peut non seulement faire bouger les institutions, qui ont toujours tendance à se crisper dans des règlements indispensables, des habitudes, des soliloques, des ghettos de bénévoles, qui peuvent conduire à la stérilité, à la suffisance des « dames d’œuvre » ; qui peuvent subtilement et insidieusement métamorphoser des serviteurs zélés et avisés enfonctionnaires passifs et satisfaits, obéissant davantage à l’horloge qu’au désir d’inventer de développer Le Vatican d’avant Vatican II était super centralisé sur un monarque unique et souverain, accoudé à une Curie omnipotente, filtrant l’accès au Pape. – une monarchie absolue dont les pouvoirs n’étaient ni contrôlés, ni régulés clairement par quelques contre-pouvoirs, tels que les parlements locaux ou des Conseils qui devraient participer aux pouvoirs de décision et d’exécution. Jean XXIII, conscient des limites du système, lança auConcile la « collégialité », c’est à dire la décentralisation du pouvoir, en déléguant aux Collèges des évêques davantage d’ouverture aux consultations mais surtout, par les votes conciliaires, en appliquant le principe de subsidiarité – c’est à dire la délégation de pouvoirs décisionnaires-et-exécutifs à des instances subsidiaires (Collèges épiscopaux, instituts de laïcs, nouveau diaconat, reconnaissance de la présence et de l’action des femmes). La pratique ancestrale des Synodes assure un fonctionnement très décentralisé pour toutes les Eglises orthodoxes. Il en va de même, avec des nuances différentes, dans les Eglises issues de la Réforme. Les premiers pas dans l’Histoire contemporaine de notre Eglise nous montrent clairement que le pape François a retenu la leçon de Vatican II. Espérance, tu es là, soleil levant sur nos ténèbres set nos brouillards !

Cette réflexion autour de l’Eglise des pauvres sera l’objet du prochain livre du Père Alain de La Morandais.

Sirandanes J.M.G & Jémia Le Clézio

4e de couverture

Bayonet par dernier ?– Mus zonn.Une baïonnette par-derrière ?– La guêpe.Tambur divan, paviyon dernier ?– Lisyin : so labus zapé, so laké dibut.Tambour par-devant, drapeau par-derrière ?– Le chien : sa bouche aboie, sa queue se lève.Gran zorey, ti lizié, lapo verni ?– Sursuri.De grandes oreilles, de petits yeux, la peau vernie ?– La chauve-souris.Qu’est-ce que les sirandanes?Ce sont des devinettes, empreintes de malice et de tendresse, qui relèvent d’une lointaine tradition le clézioorale et portent sur la vie quotidienne à l’île Maurice. Si tous les peuples ont leurs devinettes, «le peuple mauricien a su pousser cet art jusqu’à la perfection, jusqu’à la poésie même». L’originalité de cet ouvrage réside dans la présentation des sirandanes, reproduites en créole à partir de l’alphabet phonétique simplifié, et traduites en français. Ces devinettes poétiques sont précédées d’une préface de Le Clézio et suivies de deux textes très éclairants: un «petit lexique de la langue créole et des oiseaux» conçu par l’auteur et une postface, «Des devinettes pour comprendre le monde», rédigée par Danièle Henky, spécialiste de littérature enfantine.

Petite histoire mauricienne pour les amoureux…

Les contes du boulboul

 Le chasseur et son chien

UnknownTigoupil, chasseur émérite devant l’Eternel, le dieu de Mohamed, et tous les dieux des Indes, partit, un beau matin,  à la chasse aux canards avec son chien. Levé bien tôt, aux aurores d’opale qui rendent le coin de Mire transparent et miroitant comme un diamant, maître Goupil se posta, entre les grandes racines d’un multipliant, devant l’étang grisant et s’enveloppa de bure et de patience.

Au bout d’une heure, comme le soleil commençait à étendre ses bras rayonnants, soudain, vif comme un poisson volant, l’oiseau s’élança vers les cieux…

– Pan ! Pan ! Pan ! fit par trois fois le chasseur, fusil bien dans la mire.

Et son chien s’élança, courant sur les eaux

– Berlue de ma vie ! S’écria Maître Goupil, renversé non pas tant par ses trois coups que par celui de son chien courant sur l’étang.

Le chien s’approcha, reniflant, flairant la caresse, gibier entre les dents. Ses yeux roucoulaient  comme les petites tourterelles de l’aube, quémandant le merci et peut-être même l’encouragement.

Son maître, pourtant ni enivré ni shooté, le considéra quasiment comme l’annonce d’un miracle  dont il ne savait encore s’il annonçait le meilleur ou le pire…

Le meilleur, dans son esprit, c’eut été qu’il y ait un volatile. Et le pire, ce fut que sa femme l’eut pris encore pour un ivrogne.

Mais une deuxième proie plumée surgit des brouillards de l’étang et notre chasseur, qui n’avait ni fumé, ni bu, retrouva tout soudain ses bons réflexes scélérats … pardon ! De célérité.

– Pan ! Pan ! Pan !

Dans la foulée même,    un troisième sauvage volatile fut ramené par le chien savant qui courait toujours sur les eaux.

– Nom d’un chien courant et savant ! S’écria le Goupil éclaté par l’écarlate de la surprise et de l‘imagination flamboyante.

–   Ce chien courant et rayonnant, que je voyais banal et sinuant, court à présent pour ma gloire !

En vérité, maître Goupil, enfournant dans sa besace ces trois canards aux becs de sang, cherchait le calme dans la déraison et se précipita vers son village, où il savait  bien retrouver au bistrot du coin son compère, Grégoire.

Essoufflé, haletant et suant, Goupil d’abord se jeta sur le verre de gros rouge que lui tendit son compagnon de toutes les fortunes.

 – Avales ça d’abord et tu causes ensuite !

 Goupil tremblait et dut boire au moins par trois fois.

– Alors, racontes ? fit enfin Grégoire.

– Tu ne me croiras jamais ?

– Bon, ça va ! Tu commences toujours comme ça !

– Ecoute moi, ce coup ci, c’est pas comme les autres : je cherche pas à t’épater !

– Eh bien ! Vas y : lâches-toi !

Et Goupil, entre l’effarement et la fierté, narra dans le menu son aventure du matin même. Grégoire n’osa pas  ricaner et se contenta de lui proposer :

– Demain, je viens avec toi ?

 – Assurément et verra bien qui ment !

– Se vanter et mentir, tu fais la différence ?

Le chasseur au grand miracle se renfrogna et bougonna en silence.

– A demain ! Départ cinq heures ! Lança-t-il au compère, sans même serrer sa pogne.

Le matin suivant, entre les lianes du banian et ses racines impérieuses,  deux ombres immobiles guettèrent longuement mais en vain. Soudain le chien assis se releva lentement et frémit. Froissements dans les roseaux et la bête s’envola. Grégoire tira et manqua

– Tu le fais exprès ? Grogna Goupil. Le prochain, c’est pour moi.

 – Tu veux dire pour ton chien miraculeux ?

 – Chut ! C’est reparti …

Goupil tira et l’oiseau s’abattit en plein milieu de l’étang. Le chien courut sur les flots plats et laiteux et s’en revint déposer la petite victime aux pieds de son maître.

 – Ca alors ! C’est pourtant ben vrai, ton chien court sur la flotte. C’est donc qui sait pas nager ?

La morale de cette histoire c’est que, lorsque vous êtes amoureux, la personne aimée, désirée, est parée de tous les ramages – ou mirages – jusqu’à courir et voler sur les eaux. Alors, apprenez-lui donc à nager.

Révolutions de J.M.G Le Clézio

A toute personne qui a été à l’Ile Maurice, qui en revient ou qui rêve d’y aller, ne pas manquer de lire “Révolutions” !

révolutions le clézio

Quatrième de couverture :

«Ce n’est pas le paradis qui est perdu, c’est le temps avec ses révolutions. Nice, dans les années cinquante et soixante, était l’endroit rêvé où rendre un culte intérieur et un peu désespéré à l’île Maurice de mes ancêtres. La réalité semblait ne cesser de s’y transformer, des populations très pauvres, venues de tous les coins de l’Europe et de l’Asie, des Russes, des Italiens, des Grecs, des émigrés africains, et les premiers rapatriés fuyant la guerre d’Algérie, s’y croisaient chaque jour, et quelque chose de la fabrication de la pensée classique, c’est-à-dire de la philosophie, y était encore perceptible. Peut-être, à un degré différent et sur un autre mode, ce qu’était Alger ou Beyrouth à la même époque.L’exil, la recherche d’une terre, font partie de ce qui m’a été donné premièrement. Il m’a toujours semblé, comme l’a dit Flannery O’Connor, qu’un romancier doit être porté à écrire sur les premières années de sa vie, où le principal lui a été donné.» 

Révolutions, J.M.G. Le Clézio, Gallimard Folio, 2004