La prière du pharisien et du publicain Luc 18,9-14

La reconnaissance de Dieu peut s’épanouir dans notre vie : à ceci nous la reconnaissons, à ce qu’elle suscite en nous la gratitude.

Percevoir notre vie comme un don précieux, reçu d’une Source pour laquelle nous avons un total respect, peut donner à chaque moment de notre existence un poids, une densité, une richesse, une gravité allègre incomparable : cela peut transfigurer ce qui, sans cette reconnaissance, aurait pu paraître banal, monotone, habituel, quotidien.

Trop souvent, en effet, nous sommes comme le pharisien : si remplis de nous mêmes et de nos soucis ou de nos vanités que nous ne voyons plus rien : nous passons à côté de la joie ou de la souffrance, de l’appel ou du message exprimés dans un visage, dans un regard, dans une parole, dans une intonation de voix ….Celui que nous côtoyons reste pour nous un collaborateur, un camarade de travail ou de sport ; il n’est pas perçu comme un autre, riche de toute son originalité et de tout son mystère.

Mais nous pouvons aussi, en nous désencombrant de nous mêmes, revivre dans la Prière tous ces moments que nous avions mal vécus, réentendre ce que nous avions mal entendu, revoir ce que nous avions mal vu. Alors, tel visage s’éclaire, telle parole prend son poids, tel regard commence à briller, tel sourire nous réconforte. Autrui laisse percer son mystère et fait grandir en nous le respect et la vénération pour notre commune origine.

Ainsi peut grandir en nous le goût des choses, des êtres, de la vie, et ainsi se développe notre goût de Dieu; ainsi va pouvoir sourdre notre gratitude. Parvenir jusqu’au goût de Dieu, voilà à quoi n’atteint pas la prière, lorsque nous sommes trop imbus de nous, trop « pharisiens ».

Parvenir au goût de Dieu par le goût des êtres et des choses, en appréciant la saveur de notre propre vie …

Plus encore que notre intelligence, c’est la saveur, c’est le goût qui peuvent nous ouvrir à la révélation de Dieu.

       La prière du pauvre de coeur, la prière en humilité est celle de celui qui sait savourer la vie, de celui qui voit croître en lui le goût des êtres et des choses avec un coeur rempli de gratitude.

       Comment pourrions nous participer, chaque dimanche, à l’Eucharistie – c’est à dire au sens strict « rendre grâces » -, si notre coeur n’est pas rempli de gratitude ?

Et comment cette gratitude serait-elle réelle, si elle ne jaillit pas d’un goût profond de la vie qui nous est donnée ? Comment ? En faisant taire le bavardage intérieur de l’   « ego » pour entrer dans la prière silencieuse : rompre l’engrenage, prendre le temps de passer hors du temps, là où, loin des bruits extérieurs, nous sommes d’abord confrontés à un autre engrenage, intérieur celui-là, celui de la rumeur intense qui nous habite, avec laquelle il va nous falloir aussi rompre.

Rompre avec tout ce qui « bruit » par trop en nous, condition pour entrer dans la prière silencieuse qui fera bruire seulement, doucement, le « merci » rendu ….

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