Serviteurs inutiles

Luc XVII, 5-10

 Trois éléments de la Parole de Dieu, choisis dans chacun des textes bibliques de ce dimanche, peuvent devenir le fil conducteur de notre réflexion, dans ces temps troublés par les évènements  et qui donnent une responsabilité particulière aux hommes politiques.Les voici :  « je guetterai » ( Habacuc), « ce n’est pas un esprit de peur » (Paul à Timothée) et « serviteurs ordinaires » (Luc).

L’image du « guetteur », appliquée à la fonction prophétique, nous la trouvons aussi chez Ezekiel qui fait dire à Yahwe-Dieu s’adressant à lui : « Fils d’homme, je fais de toi un guetteur pour la maison d’Israël », ce que saint Grégoire a commenté ainsi :

« Le Seigneur désigne comme un guetteur celui qu’il envoie porter la Parole. Le guetteur se tient toujours sur la hauteur pour voir de loin tout ce qui va venir. Et tout homme qui reçoit le poste de guetteur doit se tenir sur la hauteur par sa vie, afin de pouvoir rendre service par sa vigilance. »

Ce qui d’abord, et avant tout, nourrit la qualité du pasteur qui doit être veilleur, c’est la prière car c’est bien elle qui permet de prendre de la distance, de relativiser le caractère trop émotionnel et évènementiel de ce que nous avons à vivre au jour le jour par la capacité de discernement, et de prendre de la hauteur : quelque soit notre mission, ici, dans une modeste chapelle, ou dans les medias, le désir de réussir n’a qu’un seul et vrai paramètre : celui de l’éternité.« Ce n’est pas un esprit de peur que Dieu nous a donné, mais un esprit de force, d’amour et de raison », dit l’Apôtre Paul.

Le monde politique n’est pas, assurément, un monde paisible, sans rancunes ni embuscades, sans adversaires ouverts ou masqués, sans récupérateurs ou contempteurs sournois, sans imprécations, rumeurs ou clameurs, mais quoi ? Il est à l’image du « monde », grossi par un effet de loupe médiatique.

« L’esprit de force, d’amour et de raison … », dit l’Apôtre.Il est vrai que le monde politique a besoin de plus en plus de force morale. Il lui faut recouvrer l’estime, la confiance du peuple des électeurs. Et nous avons, nous, chrétiens, une responsabilité morale spirituelle particulière à l’égard du monde politique parce que l’homme politique a un noble métier, nécessaire à la Nation, et qu’il nous revient, à nous aussi, de l’aider à exercer sa mission. Force et courage sont les vertus qui sont singulièrement nécessaires aux hommes politiques, en sachant distinguer, pour oeuvrer en faveur du Bien commun, les intérêts particuliers de l’intérêt général, mais elles n’en sont pas moins des repères moraux indispensables à nos conduites personnelles.

La force et l’amour. De quel amour s’agit-il dans ce contexte ? De l’amour de la vérité, cher à Paul de Tarse. C’est parce que « nous avons été touchés par l’amour contagieux de la vérité » que « nous sommes dépositaires d’une force bien plus forte que nos faiblesses. » « Quelle courageuse fidélité à la vérité et à l’amour ne vous faut-il pas pour admettre que les enjeux véritables de la vie des hommes reposent sur des droits imprescriptibles ! Car le fondement de ces droits ne réside pas dans la qualification légale que leur attribuent ceux qui les défendent ou ceux qui les combattent. Il n’y a pas un bien « de droite » ou un bien « de gauche ».Il y a un droit, un bien, une vérité, même si les hommes sont infirmes à le reconnaitre, hésitants à les formuler.Vous devez avoir le courage de vous unir dans « la vérité, quoi qu’il en coûte », sans agressivité, sans ressentiment, sachant que la seule chose que nous devrions craindre de perdre, c’est notre honneur et notre salut. » (cardinal Lustiger aux parlementaires)

Reste la raison : chez Paul, elle est le travail de l’intelligence d’une conscience éclairée par l’Esprit, ce qui fait que, pour une conscience chrétienne, « la raison d’Etat ne peut être la raison souveraine de l’action, supérieure à la loi morale et divine » et que « aucune raison d’Etat ne permet un crime contre l’homme, contre Dieu. »La raison, livrée à sa seule enivrante liberté, ne peut que finir par se blesser contre sa sa propre et dure pureté.

Pour conclure Luc nous assure qu’une fois tout le travail accompli, nous ne sommes que des « serviteurs inutiles ». Est-ce décourageant ? Pas du tout car l’évangéliste avait écrit précédemment:  « Bienheureux le serviteur que le Maître, en arrivant, trouvera en train de faire son travail ! » Il nous revient de faire ce que Dieu nous donne à faire mais nous ne sommes pas juges de la tâche ni de son achèvement.

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