Ce soir le père de La Morandais sur Public Sénat dans « Le 22h »

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Grands entretiens, débats, confrontations, « le 22h » de Public Sénat informe, engage et prolonge le temps de la réflexion. « Le 22h » analyse aussi les faits politiques et économiques avec l’éclairage des chroniqueurs de renom : Arlette Chabot, Matthieu Croissandeau, Jean-Louis Gombeau, Gilles Leclerc, Olivier Picard et Guillaume Tabard.

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Philocalie : Beauté sacrée par le Père de La Morandais

images              En Occident, bien avant le christianisme, on a dit de l’art, considéré en soi, qu’il était, par essence, immoral ou, à l’inverse, qu’il était la forme la plus haute de la moralité, ou encore, qu’il ignorait la morale, jouissant d’une superbe autonomie.
Pour le croyant, le regard doit se tourner vers le divin, tant lui seul vaut d’être contemplé. Le représenter, en conséquence, est vain, voire inconcevable. Platon se persuadait du caractère maléfique de l’art, repris en cela par certains chrétiens comme saint Bernard, Bossuet ou Tolstoï. A l’inverse, dans une ligne, elle, aristotélicienne, le travail de l’artiste est tenu pour s’insérer dans un cadre cosmique et participer à une certaine dignité divine, voire au reflet du divin.
Pour les premiers chrétiens, qui étudiaient l’Ancien Testament, deux thèmes contradictoires apparaissaient. L’interdiction absolue des images; l’affirmation qu’il existe des images de Dieu. La religion chrétienne hérite des affirmations bibliques touchant à l’invisibilité de la nature divine, mais aussi que l’homme a été créé à l’image de Dieu. Cette dernière deviendra centrale, parce que le Christ, qui est Dieu, est un homme visible et déclare :  » Celui qui m’a vu a vu le Père. » Avec la conversion de Constantin, l’image chrétienne va se multiplier, l’empereur ayant consenti à renverser toutes les images païennes, sauf une, l’image impériale. Chez saint Paul, le Christ, seul, est l’image de Dieu, infiniment supérieur aux anges et à tous les intermédiaires entre Dieu et l’homme. Le Fils n’est pas la copie diminuée du Père. Il est « l’image du Dieu invisible », titre lié à sa qualité de premier-né.
« De même que nous avons porté l’image du terrestre, portons aussi l’image du céleste. »(I Cor. XV, 49) Il s’agit des deux Adam. Le premier, l’Adam terrestre, est le modèle de notre condition corporelle en ce monde. Le second,- le céleste, c’est à dire le  Christ -, est celui de notre condition future de ressuscités. Il ne s’agit pas de sortir du monde sensible en direction de l’intelligible ni de l’abandon du corps et de l’univers matériel mais de la rédemption de la création.
Cela ouvre pour l’art une nouvelle perspective. Il existe un rapport de ressemblance entre l’image terrestre et l’image céleste, un rapport temporel entre « maintenant » et « demain » grâce à la foi et surtout à l’espérance. L’artiste peut s’imaginer que son oeuvre offre des arrhes de la résurrection future, où tout sera réparé et réintégré. Il place son travail artistique comme son propre corps dans l’espérance de la résurrection glorieuse.
L’artiste peut-il entrer dans l’intimité du mystère divin ?
La représentation religieuse de l’image va créer une querelle redoutable, celle des iconoclastes, au VIII ème siècle, en Orient. Les iconoclastes affirmaient que peindre une icône du Christ signifiait vouloir circonscrire – enfermer – l’insaisissable divinité du Christ. L’image de Dieu dans l’homme est comme une plaque photographique impressionnée mais non développée, que l’Incarnation du Verbe va « révéler ». Le Christ-Fils est le visible du Père, comme le Père est l’invisible du Fils. Mais ce qui est ainsi révélé immédiatement, c’est l’image et non la ressemblance.

Le « grand abîme » ou le Jugement

Luc XVI,19-31

 UnknownLa parabole de Lazare et du mauvais riche nous engage à réfléchir sur le « grand abîme » c’est à dire ce Jugement de la fin des temps, auquel il nous faut penser de temps à autre, sous peine d’abuser de la miséricorde divine (présomption).Pour essayer de comprendre ce que signifie le Jugement, ce terme de l’Histoire, cette fin des  temps, il nous faut d’abord tenter de saisir de quoi est faite notre existence terrestre, c’est à dire l’histoire que nous vivons; car pour savoir ce qu’est la fin d’une chose, il convient de savoir auparavant ce qu’elle est dans son existence propre.

Avant tout, la notion de temps, d’histoire, évoque ce que toute notre existence peut avoir de caché à la lumière, d’impossible à scruter pour les yeux des hommes et souvent même pour nos propres regards : il y a tout ce réseau embrouillé de causes et d’effets, qui nous a fait agir et qui ne peut s’offrir comme une vision d’ensemble. D’innombrables conditions préalables convergent dans chacune de nos actions et nous ne pouvons les connaître nous mêmes. Comprendre vraiment un évènement n’est possible qu’en le situant dans son contexte et celui-ci s’étend si loin qu’il finit par échapper à une vue d’ensemble : un évènement ne peut être totalement intelligible qu’en le saisissant jusqu’à ses racines et là, nous devons bien avouer nos limites, car la majeure partie de lui-même échappe à nos prises. Qui parmi nous pourrait se flatter de ce regard perçant qui connaît l’évènement dans son étendue complète, avec tous ses tenants et ses aboutissants ? Qui prétend saisir la Vérité totale de l’évènement, du temps et de l’Histoire ? Qui peut connaître assez parmi nous pour se permettre de juger ? Et qui, en même temps, n’aspire pas à cette Vérité, tout en en redoutant la manifestation ? Dans le même mouvement, toute notre vie – si nous sommes croyants ! –   manifeste aussi que la volonté humaine est libre, Libre ! Libre même à l’égard de ce qui décide du sens ultime de l’existence. L’homme est soumis à l’appel du Bien et la réponse de l’  homme  doit sortir de sa liberté. Cela présuppose qu’il peut aussi omettre de faire le bien – comme le mauvais riche ! –   , et même aller contre ce bien, lutter contre lui. Toute l’histoire des hommes est remplie de ces appels du Bien et de ces fidélités ou de ces refus de l’homme : la liberté de l’homme éclate dans toutes les pages de son Histoire, où l’on voit cet état dans lequel l’homme peut vouloir le mal, qui nous apparaît le plus souvent plutôt comme vouloir ce que nous croyons être pour nous un bien, en nous abusant nous mêmes.

L’  histoire de Lazare comme celle du mauvais riche est confiée à la liberté et livrée ainsi au risque et Dieu joue franc jeu avec la liberté de la créature, puisqu ’Il accepte que pour un temps sa volonté soit mise en échec : Il permet que l’ivraie pousse au milieu du blé, qu’un riche côtoie un misérable sans même l’apercevoir. La réponse de Dieu c’est l’histoire – les signes n’ont pas manqué au mauvais riche: « Ils ont Moïse et les prophètes ! » – , notre histoire livrée au risque sublime de la liberté. Une liberté qui n’est que provisoire et bien imparfaite, mais une liberté qui devait exister pour que puisse être conquise la Liberté authentique et parfaite en laquelle l’esprit perçoit si lucidement le Bien qu’il n’est plus capable de vouloir autre chose que le Bien.

Recherche avide et haletante, angoissante de la Vérité – et – de -l a -Liberté ! : telles sont les deux données qui déterminent essentiellement le temps et l’Histoire. L’homme exige que tout ce qui est mensonge, que tout ce qui est ténèbres soit éclairé : ce désir de la Lumière est une nécessité pour le vivant ! L’homme exige que la possibilité de faire le mal se transforme en liberté authentique, que le Bien devienne de l’ordre du réel et que le Mal se manifeste pour ce qu’il est réellement : destruction et néant ! L’homme aspire au Jugement : en lui, tout ce qui existe sera à découvert. Le mensonge disparaît devant la manifestation triomphale de la Vérité dont l’apparition suffit pour que tout ce qu’il y a  de plus  caché,  bon ou mauvais, soit révélé.  Le  Jugement ? Mais ce sera tout simplement la révélation du secret de tous les coeurs humains. Finies les apparences, les opacités, les ténèbres : chaque vivant est projeté dans la Vérité, y verra clairement son visage, sans fard, sans masque ni déguisement. Redoutable face à face avec la Vérité ! « Vous connaîtrez la Vérité, disait Jésus, et la Vérité vous fera libres ! »

Les annonces de la Seine : « Jacques Vergès nous a quittés »

5 mars 1924 – 15 août 2013

D.R.

Ce mardi 20 août 2013, il y avait foule dans l’église Saint Thomas d’Aquin de Paris pour assister aux obsèques de Jacques Vergès, Monseigneur Alain de La Morandais, assisté de trois prêtres, a célébré une messe particulièrement émouvante en raison de l’exceptionnelle personnalité du défunt et de son extraordinaire carrière professionnelle d’avocat.

Madame le Bâtonnier de Paris, Christiane Féral-Schuhl, a salué en premier la mémoire de Jacques Vergès, son discours est publié page 32. C’est ensuite Thierry Lévy qui a rendu un vibrant hommage à son confrère souvent surnommé « l’avocat du diable ». Il a brossé avec une infinie justesse les traits de la personnalité de Jacques Vergès qui avait « l’art de s’engouffrer dans la brèche de l’accusateur avec arrogance et une insupportable vanité ; au-delà de l’enceinte judiciaire, elle cessait d’irriter car elle devenait joyeuse en prenant la forme d’un renouveau du savoir ». Il a conclu ses propos en le comparant à « un Prince de la Renaissance qui ne s’était pas trompé en choisissant le rituel de l’Eglise pour demander à ses amis de le regarder partir en souriant ».

Parmi les personnalités et amis, on a pu relever la présence de deux intimes du défunt : Roland Dumas et Jean-Gaston
Moore mais aussi celle de Christian Charrière-Bournazel.

Avant la bénédiction, la Marquise Marie-Christine de Solages a prononcé l’éloge de celui qu’elle aimait en termes
particulièrement choisis :

– Pour les uns, il fut l’avocat du diable, sinon le diable lui-même, Lucifer incarné.

– Pour les autres, il fut la face humaine du droit du condamné à ne pas être lynché. Pour ses détracteurs, ceux pour qui n’est défendable que le convenable, il fut le défenseur de l’indéfendable.

Pour ses disciples, il fut une recherche, une question, un excavateur surhumain de l’humain dans son humanité, un bulldozer avec une pelk en ivoire creusant le mal à la recherche de fleurs insensées, un navigateur de l’insondable, un aventurier de la tolérance sous les décombres de l’intolérable, un amoureux de l’amour, un troubadour baroudeur chevauchant le fer du droit dans les tréfonds de l’abject, un Rimbaud dans le banc des accusés, un Artaud plastiquant la mondanité, un dandy larguant une bombe atomique sur le prêt-à-penser, un Céline en toge pourfendant les écervelés, un Gide à la poursuite de la justice terrestre, un avocat défiant en duel les lyncheurs attitrés, une étoile matinale se détachant des ténèbres du CAC qui sert de ciel au béton des argentiers, un poète-démolisseur canardant de son verbe les brailleurs de la bonne conscience creuse comme une ornière, un chevalier des lendemains nietzschéens assiégeant le supermarché des eunuques de la pensée, oracle de la justice des vaincus, présage d’une raison, écrin d’amour mise au service de la beauté. Pour les uns et pour les autres, ilfut Maître Vergès.

– Pour moi, il fut une lumière qui s’est éteinte avec le soleil couchant de lAssomption, une chaleur qui s’est envolée aux confins de l’espace sidéral là où les soleils régnent par milliards, là où Hugo chante le Crépuscule et invite à aimer avant que ne tombe la nuit; là où Baudelaire peut dire que tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté; là où l’Ulysse de Joachim du Bellay se plaît dans le séjour qu’ont bâti ses aïeux ; là où Rimbaud, poète blanc de la pensée rouge, embarqué dans son Bateau ivre, tiré par des haleurs, descend les Fleuves Impassibles ; là où Isidore Ducasse guide le lecteur enhardi et momentanément féroce à travers les marécages désolés de ses Chants de Maldoror; là où la Marquise prendra Corneille pour avocat et, armée de sa répartie, répliquera à l’envoûtant et espiègle bridé, ornant des volutes de son cigare, souvenir du Che, la clarté tamisée du salon Voltaire, que si mon visage a quelques traits un peu vieux, souvenezvous, avocat endiablé, qu’à mon âge, vous ne valiez guère mieux !
Je t’ai aimé Jacques et je t’aimerai à jamais.

Repose en paix mon amour, maintenant que tu côtoies l’Andromède et la Voix Lactée. Repose en paix Jacques. Humour est acquitté. La séance est levée.

Avec la disparition de Jacques Vergès, les avocats de France se trouvent privés d’un bel esprit dont l’érudition peu commune l’amenait à considérer que défendre était un art de vivre. Son autorité et sa culture en « imposaient », fidèle à sa patrie il a écrit une page de l’histoire de la vie judiciaire française et marqué son époque tout en suscitant des vocations. Faire résonner bien au-delà de nos frontières les droits de la défense et porter haut les couleurs du droit français était un devoir qu’il s’imposait.

Ayant plaidé des causes désespérées, il était un maître pour « retourner les cartes du destin et confronter les crimes les plus abominables aux culpabilités rampantes des sociétés policées » ; dans son dernier ouvrage intitulé : « De mon propre aveu » il écrivait : « loin d’être morne, le soir de ma vie sera un grand soir où l’amour rejoindra l’évocation d’ombres innombrables et bouleversantes » (Les Annonces de la Seine du 28 février 2013 page 11).

Il tenait, de sa culture juridique encyclopédique, une idée très élevée de « la cérémonie judiciaire et de la littérature qui avaient une parenté formelle » (Les Annonces de la Seine du 14 juin 2007 page 2).

Doué d’un sens critique rare et fécond, ce travailleur infatigable portait ses convictions avec fierté et sincérité ; il a su incarner, tout au long de ses combats, des valeurs de justice et de progrès.

Nous adressons aux membres de sa famille nos condoléances attristées et nous associons à leur douleur.
La perte de Jacques Vergès endeuille la famille judiciaire qui conservera très longtemps sa mémoire et continuera de faire vivre son espérance pragmatique et son volontarisme : il a tracé un chemin contre la résignation et pour la liberté.

Jean-René Tancrède

Jacques Vergès aime mettre en lumière, Jacques Vergès est Maître en lumières…

par Christiane Féral-Schuhl

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, chers Confrères, Jacques Vergès aime mettre en lumière, Jacques Vergès est
Maître en lumières… et Jacques Vergès est un récidiviste heureux : il se soustrait à nouveau à nos regards, conservant intacte sa part d’ombre !

Thierry Lévy, notre confrère, va dans un instant prononcer son éloge.

En ma qualité de Bâtonnier de Paris, je veux simplement exprimer mes condoléances à sa famille et signifier l’hommage que lui doivent les avocats de son Barreau.

Je l’ai vu quand il a donné une pièce qui témoignait de sa trajectoire.

C’est dans sa neuvième décennie qu’il avait choisi d’évoquer sa vie en sept jours. Après Serial plaideur, analyse de trois grands procès, 7 jours 7 vies, promenade dans ses souvenirs : chaque jour conçoit une évocation et voit un souvenir apparaître. Il était bon de l’écouter, se laisser porter, le laisser nous emmener dans son for intérieur et rieur. C’était émouvant, intéressant et joyeux, car beaucoup d’événements et de figures connus ou non étaient convoqués. Et à travers les êtres ou les moments décrits on relisait l’histoire de France de l’après- guerre à nos jours. L’histoire des idées aussi. L’histoire d’un engagement surtout. Celui d’un avocat acteur engagé dans l’histoire du XXe siècle en marche. Jacques Vergès ou le mystère du cœur des hommes et de ses éclipses.

Ils’agissaitdoncaussi de la chronique d’une vision du monde pétrie d’une distance élégante et souriante.

Notreconfrèreneboudaitjamaisleplaisirdeprendre un moraliste à son propre jeu et le renvoyer à ses contradictions.

N’attendez pas de lui qu’il moque la morale… elle appartient à un monde qu’il connaissait, et ce qu’il en connaissait ne le convainquait pas. Le recours à la vis comica devenait alors stratégie quand la situation devenait farce.

Ce n’étaient pas tant la vie ou l’histoire qui animaient cette vue mais les comportements des personnes, des institutions ou des Etats.

Jacques Vergès n’était pas avare de son talent pour ses confrères : quand une soirée du Barreau fut consacrée à Romain de Sèze, avocat de Louis XVI, il vint évoquer longuement le rôle de l’avocat dans les crises politiques, avec sa maestria et son érudition peu communes.

Cet épicurien exigeant était doué de beaucoup de talent et de rigueur personnelle : défendre est un art de vivre.

Dans La Bandera, Mac Orlan dresse un portrait transposable à Jacques Vergès : « il glissait entre les doigts les mieux fermés comme un poisson farceur ». Ne cherchons pas à le saisir, laissons-le encore nous charmer.

D.R.

D.R.

L’homme de la plaidoirie de rupture

par Pierre-Olivier Sur

Avez-vous déjà refusé une cause ? – Oui une fois…

L’assassin d’un avocat, ancien bâtonnier de Tours. J’ai alors demandé à Benoît Chabert, qui était premier secrétaire de la Conférence (1990), de prendre le dossier à ma place. »

Jacques Vergès ne respectait rien, ni personne, sauf les avocats. Impossible pour lui de défendre l’assassin d’un avocat !

Il respectait aussi la jeunesse, c’est-à-dire la liberté. Donc, le souvenir de son père devant renoncer à la carrière de haut fonctionnaire parce qu’il épousait au bout du monde une jeune vietnamienne rencontrée en mission.

La culture classique, les vers, le théâtre… et la posture iconoclaste, avec beaucoup de génie et de talent.

« La fumée du cigare, disait-il à Carbon de Sèze sur son lit d’hôpital, n’a pas pour seule vertu de faire fuir les moustiques, elle écarte aussi de moi les humanistes ! »

Il était l’homme de la plaidoirie de rupture. Non qu’il l’ait inventée – on n’ invente pas le procès de Socrate, le procès du Christ ou le procès de Julien Sorel – mais c’est lui qui l’a théorisée. Ainsi a-t-il été reconnu dans le monde entier. Il n’a pas obtenu la liberté d’Omar Raddad à la barre, mais par une formule assénée dans la salle des pas perdus : « Il y a cent ans, on condamnait un officier car il avait le tort d’être juif, aujourd’hui on condamne un jardinier car il a le tort d’être maghrébin»!

A cet instant précis la presse bascule en faveur d’Omar, puis lA’ cadémie, et même la Présidence de la République … Alors Omar sera libéré !

La justice, elle, se ridiculisera en faisant à Vergès un procès à contre-temps pour sa défense en creux, ce qui lui donnera l’occasion de désigner une cinquantaine d’avocats aux côtés de Luc Brossollet et Grégoire Lafarge. Il restera de sa première comparution un procès-verbal d’anthologie (cf. Légicom, Les renouvellements de la liberté d’expression, mars 2013).

Ceux qui aujourd’hui saluent le talent de Vergès, mais regrettent qu’il ait été « trop souvent du mauvais côté », ne comprennent pas son métier car pour un avocat il n’y a pas de bon ou de mauvais côté. Ils dénoncent toutefois à juste titre, certains propos outrageants et impardonnables dans la défense de Barbie.

Alors que restera- il ? Lui qui a déjà disparu dans les années 70, sans jamais dire où il est allé, ne nous en dira pas davantage cette fois…

Relisons « La stratégie judiciaire », « Beauté du crime », « Le salaud lumineux », et revoyons-le, photographié par Paris-Match dans sa baignoire entre mousse et cigare, ou à genoux dans le confessionnal du Père de La Morandais, pour rechercher ni la vérité, ni les causes du crime, mais ce qui l’attirait plus encore : une certaine idée de la justice en tant qu’expérience esthétique.

Ou revoyons-le une dernière fois dans son hôtel particulier de la rue de Vintimille, vous recevant dans un immense bureau dont les rideaux sont déjà tirés. Au mur la tapisserie d’Aubusson, et les bibliothèques avec des livres qui débordent. Face à lui ses derniers clients, venus du bout du monde. Ils sont assis devant lui en arc de cercle. Il ne les écoute pas. Il ne leur parle pas. Juste pour vous, il offre en rythme haletant d’une voix métallique les répliques de sa pièce de théâtre, puis il se lève et va, jusqu’au somptueux échiquier qui est au bout de la pièce, pour jouer. Un dernier coup, contre personne. Il n’a plus d’adversaire. Alors dans un geste très lent et d’une élégance de félin, il tire sur son cigare et soulève la pièce la plus proche du roi : le fou …

Adieu Jacques Vergès

par Jean-Luc Forget

Jacques Vergès était déjà un personnage qui, au-delà des sentiments de sympathie ou de détestation, interpellait au point de faire naître une véritable fascination. Mais, Jacques Vergès, c’était aussi un avocat. Un avocat qui assurait son indépendance jusqu’à la provocation. Un avocat courageux capable de se réfugier dans les secrets et silences.

J’ai le souvenir d’avoir plaidé à ses côtés il y a près de 20 ans devant les assises du Tarn. Mais je ne le connaissais pas. Et d’ailleurs qui pourrait se targuer de connaître Jacques Vergès ?

Il s’était attaché à construire un personnage hors du commun, un « salaud lumineux » comme il se désignait lui-même dans l’un de ses ouvrages au titre éponyme.

Et lorsque l’une de ces personnalités disparaît, on a un sentiment de vide car de tels esprits qui s’évertuent à poser des questions que l’on ne veut pas entendre ou à défendre des causes que l’on aimerait imaginer ne jamais avoir à défendre sont indispensables à l’exercice judiciaire et à la vie démocratique.

Jacques Vergès manque déjà.

Dans « le monde » : Beauté capitale

imagesLe père de La Morandais à contribué à cet ouvrage : Philocalie

Comment parler de la beauté ? Et même, comment oser le faire, tant le mot est tabou, dit l’architecte Christian de Portzamparc ? Passéiste, déplacé, peu présent dans la bouche des artistes eux-mêmes. Une revue belle et étrange, insérée dans un coffret, donc chère également, tente l’exercice. Et rien que pour cela, c’est prometteur. Valérie Solvit, chef d’orchestre du projet, a demandé à 76 personnalités ce que la beauté leur inspirait. Le tout est rassemblé sous le titrePhilocalie (« amour du beau en grec »). En préambule, Valérie Solvit prend position :« J’aime le monde moderne, et je le voudrais beau. Plus beau. » Ce qu’elle fait avec ce numéro soutenu par L’Oréal.

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 Le Monde « Culture & idées » va plus loin avec cinq personnalités présentes dansPhilocalie. Nous aurions pu opter pour des écrivains, des historiens ou des spécialistes de l’esthétique. Nous avons préféré demander à des praticiens quelle place ils assignent à la beauté dans leur métier. Leurs propos résonnent avec ceux de l’architecte Oscar Niemeyer, qui a donné son dernier entretien – trois jours avant sa mort – à Philocalie. Avec ceux de Jacques Cooper, le concepteur du TGV, qui explique comment il a conçu « une oeuvre d’art qui ne soit pas une cage à poules ». Ou du chirurgien esthétique Ivo Pitanguy, qui regrette que la beauté soit devenue « globale » et « commercialisée », ou du restaurateur et hôtelier Jean-Louis Costes, qui conclut son texte par : « Le commerce du beau fait le beau commerce. »

Ou encore avec ceux qui interrogent leur propre beauté. Charlotte Gainsbourg, par exemple, qui révèle dans un entretien émouvant que son père la qualifiait d’« orchidée déguisée en ortie ». Elle commente : « Non, je ne me trouve pas belle, et ça m’emmerde. Mes détails m’attristent. » Alain Delon a moins de doutes, au point de devenir grincheux : « Des millions de femmes et d’hommes m’aimaient parce que j’incarnais, pendant deux heures, ce qu’ils auraient voulu être. Cette magie agonise. Maintenant, il n’y a que des comédiens qui se donnent un mal fou pour ressembler à n’importe qui. »

Ce qui frappe, dans cette revue, comme dans cette double page, c’est que la beauté se définit avec ou contre d’autres mots – le laid, l’utile, l’harmonie, l’argent, l’épure, le bon, la politesse, l’idéal…

La beauté, question de regard donc.

25 septembre : « Journée nationale d’hommage aux harkis et autres membres des formations supplétives »

allocution-de-kader-arif-le-25-septembre-2012_article_demi_colonneInstituée par le décret du 31 mars 2003, cette journée donne lieu chaque année, à Paris, à une cérémonie officielle, dans la cour d’honneur des InvalidesLa cérémonie du 25 septembre 2012 était présidée par Kader Arif, ministre délégué auprès du ministre de la Défense, chargé des Anciens combattants qui a prononcé à cette occasion un message du Président de la République.

Le père de La Morandais et le Général Meyer sont invités à cette journée.