Vous avez été appelés à la liberté. ?

imagesGa.V, 1.13-18

 Couramment, on voudrait nous définir la liberté comme une capacité de choix, basée sur une indifférence à l’égard des valeurs proposées.

En fait, si le choix est l’occasion par excellence où nous pouvons éprouver la sensation de liberté, il ne définit en rien la nature même de la liberté.D’abord, si la liberté résidait dans un choix, elle disparaitrait dans l’acte de la volonté qui choisit. Car dès que je veux, je choisis en me déterminant. Affirmer, par exemple, que Dieu nous a créé libres parce qu’Il nous a laissé la liberté de choisir, et spécialement la liberté de mal faire, est une conception un peu triste de la liberté.Et surtout une bien pauvre idée de Dieu.

La vraie liberté, dans le sens évangélique, ne serait-elle pas plutôt la possibilité d’adhérer de tout notre élan, de toute notre conscience éclairée, de tout notre vrai ? moi ?, à un Bien qui suscite et libère nos plus profondes ressources ?

Dans ce cas, je n’ai nul besoin de comparer ce bien à d’autres, de peser les mérites respectifs des différents biens. Enfin je suis affranchi de cette pénurie de vouloi, de cet embarras du choix ! Ce qui nous emprisonne, nous aliène, ce qui fait tous nos balancements intérieurs, nos doutes, nos inquiétudes, voire nos remords, c’est la condition misérable du choix.

Oui, vivement que nous ayions perdu la foi ! Eh oui ! Dans la vision béatifique, devant l’évidence enfin totalement révélée de Dieu – sans miroir ! – , nous n’aurons plus besoin de croire. Nous ne serons plus ? libres ? de croire.Quelle libération !

Là où il n’y a plus de possibilités de choix, ni de refus, là s’exprime enfin la totalité de notre capacité d’amour. Car la mesure de notre capacité à aimer est la vraie mesure de notre liberté.

Dans l’éternité, nous serons enfin libres d’aimer infiniment !

Et ce Dieu, cet Etre Absolu qui nous dépasse sans nous écraser – à la fois éminemment transcendant et immanent – , nous rend, par la Rencontre, plus vivants, plus nous-mêmes que nous ne l’avions jamais été sans Lui : Lui seul, parce qu’Il EST l’Amour peut nous libérer de nos rétrécissements, de nos tatonnemenst et de nos erreurs.

Lui seul peut déployer toute notre personnalité, en faisant appel à toutes nos ressources, en nous apprenant à fuir toutes les formes de fusion.Lui seul est accordé infiniment à la spontanéité de notre ardeur et Lui seul peut aiguiser encore et toujours notre passion d’infini.

Notre liberté consiste dans cette orientation foncière, cet élan vers Dieu, vers le Bien absolu, qui est à la fois Beauté et Vérité, Unité et Bonté. Mais ce Bien absolu, cette Beauté ineffable, cette Vérité indépassée, cette Unité qui crée l’harmonie intérieure et cette Bonté qui sait réconcilier eros et agapè, restent souvent cachés, secrets : ils ne se signifient à nous que par l’élan, la soif insatiable qui est dans nos profondeurs, et par ses traces, ses signes dans la beauté, la vérité, l’unité et la bonté que nous montrent les créatures.

Aussi notre condition humaine présente est-elle la condition misérable du choix, de celui qui ne peut jamais vouloir autant qu’il le désirerait, qui expérimente sans cesse ce manque, cette inadéquation entre notre aspiration et la réalité, cette désillusion entre ce qu’il attendait et ce qu’il obtient : ?  il y a là un affrontement qui vous empêche de faire ce que vous voudriez. ?(Galates V,18)

La liberté, c’est la possibilité de devenir soi-même : et c’est pourquoi Paul écrit aux Galates que nous sommes ? appelés ?. Ce n’est pas un état, acquis d’avance et une fois pour toutes.

La liberté, c’est la possibilité de se réaliser et de s’épanouir, en devenant soi-même la trace de la Beauté, de la Vérité, de l’Unité et de la Bonté; or l’homme ne s’achève et ne s’épanouit qu’en trouvant à se donner, et en recevant, ce qui l’appelle à donner plus encore.

Il n’est donc jamais plus libre que dans son plus grand amour.

Aimer, c’est dépendre aussi. Certes.

Mais qui voudrait être libéré de cette dépendance et qui préférerait cette horrible ? liberté ? de refuser d’aimer ?

Un tour du monde avec ou sans foi

LE MONDE | 21.06.2013 

Unknown

Cela ressemble à une blague. C’est l’histoire d’un chrétien, d’un musulman, d’un juif, d’un athée et d’un agnostique qui s’apprêtent à effectuer tous ensemble un tour du monde d’un nouveau genre.

Alors qu’ils se préparent à s’envoler, le 1er juillet, pour Israël et les territoires palestiniens, Samuel Grzybowski, Soufiane Torkmani, Rafaella Scheer, Victor Grezes et Josselin Rieth sont réunis autour d’un mot d’ordre commun : « Il ne s’agit pas de parvenir à un accord sur ce en quoi nous croyons, explique Samuel, mais plutôt de partager une même foi en la paix. »

Lire aussi les autres articles du supplément : Acteurs du changement

Ces cinq aventuriers sont membres de l’association française Coexister, créée par Samuel en janvier 2009, qui regroupe quelque 300 membres dans toute la France. Son slogan : « Diversité dans la foi, unité dans l’action ». Ce tour du monde interreligieux est son projet le plus ambitieux à ce jour.

PÈLERINS GLOBE-TROTTERS

Les cinq jeunes gens visiteront 48 pays au total, faisant étape pendant plusieurs mois dans cinq lieux hautement symboliques. Jérusalem d’abord, puis cap sur laTurquie, l’Inde, Singapour et la Malaisie. Le voyage s’achèvera aux Etats-Unis, nation pionnière en matière de dialogue interreligieux. Puis retour en France, où ces pèlerins globe-trotters organiseront leur « Tour de France » en mai et juin 2014. Ils prévoient de monter une exposition sur leur voyage à bord de l' »Interfaith bus » et d’organiser de nombreux débats.

Une fille, quatre garçons, trois religions, cinq personnalités. Ce pourrait être le casting d’une mission impossible, mais Rafaella, 18 ans, est convaincue que les voyageurs seront tous « comme des frères et soeurs » à leur retour, en juin 2014.

Rafaella, le bébé de cette « famille », sait de quoi elle parle. Les quatre garçons ont déjà uni leurs forces pour l’aider à convaincre ses parents de la laisser partir. Pour elle, juive pratiquante, « un tour du monde était un véritable rêve d’enfant, auquel nous avons ajouté cette dimension interreligieuse tout à fait unique ».

Soufiane, 27 ans, est le « grand frère ». Calme et discret, très engagé au sein de l’Organisation des musulmans de France, il reconnaît également écouter la station de radio catholique Radio Notre-Dame dans les embouteillages. Il dit vouloirobserver comment chacun «  réagira en étant en minorité » en termes de croyances, et comment cette expérience fera évoluer la « vision du monde » des uns et des autres.

« RESPECTER NOS DIFFÉRENCES »

Chrétien engagé et attaché à l’idée que « le seul moyen d’apprendre à vivreensemble est de respecter nos différences », Samuel, 21 ans seulement, a convaincu tous les autres de se lancer dans cette aventure unique. Il dirige l’organisation depuis septembre 2012.

Victor, 21 ans lui aussi, partage avec Samuel la conviction profonde que le dialogue interreligieux peut créer un monde meilleur. D’après lui, comprendre la foi permet d’appréhender (et donc de résoudre) les conflits. Mais, après des mois de débats, il est plus convaincu que jamais d’être athée.

Quant à Josselin, agnostique autoproclamé, il pense, comme Voltaire, qu’il existe un Dieu, mais un Dieu de raison plutôt qu’un Dieu de foi. Du haut de ses 21 ans, c’est le diplomate du groupe, un homme de consensus. Ce qui ne l’empêche pas de pratiquer le karaté.

Les cinq aventuriers sont bien conscients de partir vers l’inconnu. Mais après tout, pour citer Martin Luther King, « nous devons tous apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots ».

http://www.interfaithtour.com/

Sur KTO Mary Pierce et Grégory Turpin

Tout le monde garde en tête cette natte blonde et ces lunettes qu’elle remontait entre chaque point, comme un tic de toute jeune joueuse de tennis qu’elle était. Quelques années plus tard, c’est ce sourire inspiré par la sérénité qui a marqué les esprits lorsqu’elle remporte la Fed Cup sous l’égide de Yannick Noah en 1997, puis cette fabuleuse finale de Roland-Garros en 2000 qu’elle remporte au tie-break, contre la terrible Arantxa Sanchez. Mary Pierce fait partie des  » Légendes « . A son actif : deux tournois du Grand Chelem remportés, quatre fois finalistes pour d’autres éditions, et deux autres tournois du Grand Chelem remportés en double et même un autre en double mixte. Au total, elle a cumulé 500 victoires au cours de sa carrière. Lorsqu’elle évoque cette exceptionnelle récolte, elle lève les yeux au ciel et rend grâce au  » Seigneur  » et à sa rencontre avec Jésus qui a changé sa vie. Autre invité de VIP très porté par sa foi : Grégory Turpin, qui a néanmoins suivi un parcours moins linéaire. Suite à une conversion fulgurante à l’âge de 15 ans, il entre au Carmel quelques années plus tard, puis s’en éloigne et sombre dans l’univers de la nuit et ses excès. Après des années troubles, il retrouve ce lien très fort avec Dieu et comprend alors où il est appelé à exprimer ses talents. Après deux albums solos, le voici au coeur de l’actualité avec un livre auto-biographique et l’album Vivre d’Amour, ce disque initié et composé par le chanteur Grégoire, qui reprend les poèmes de Sainte Thérèse de Lisieux, et dans lequel il interprète deux titres.1017058_603921622965087_218233752_n

La croix et le sacrifice

Unknown-1Luc IX, 18-24

           Depuis le Concile Vatican II, des catholiques se voulant « modernes », ont cru pouvoir reléguer la dimension sacrificielle de la Messe au magasin des accessoires dépassés, archaïques, incompatibles avec les mentalités de la civilisation des nouvelles technologies. Il a fallu que des travaux récents d’ethnologie, ou ceux, tout proches, de René GIrard, viennent nous rappeler que nous aurions tort d’exclure trop vite le sacrifice du champ de notre réflexion, surtout s’il est vrai que le sacrifice fut le moyen par lequel les peuples ont voulu faire face à la violence, et que nul n’oserait prétendre que le problème de la violence ne demeure pas non seulement à l’ordre du jour mais de plus en plus croissant et angoissant.

           L’origine de la violence se situerait dans le refus de ce qui est semblable : je désire un objet quand un autre le désire. La fascination de l’autre qui m’est semblable conduit à l’éprouver comme un rival, un ennemi et à le détruire, de telle sorte que la mimétique serait à l’origine de la violence. Pas de société possible dans de telles conditions : pour vivre ensemble, les hommes doivent éliminer la violence et ils le feront en établissant des interdits par rapport à tout ce qui peut favoriser la mimétique; on instaurera ainsi des sociétés très hiérarchisées pour éviter l’égalitarisme et en fondant la vie sociale sur le sacrifice.

Le sacrifice conjurera la violence qui menace la vie en groupe, en l’anticipant, l’apprivoisant et la projetant sur la victime. Un seul portera les péchés de tous afin que le groupe vive : c’est le bouc émissaire.

            Déchargeant la violence de mani!re anticipée, le sacrifice apportera la paix et la victime sacrifiée, devenue signe de paix, sera « divinisée » et adorée par reconnaissance : porteuse des péchés de tous, elle est sacrifiée; source de paix et d’unité, elle est vénérée comme un « dieu ». Telle serait l’origine du « sacré ».

             On voit mieux maintenant qu’avec une telle perspective la notion de sacrifice peut prendre une autre dimension que  celle que nous avions dans nos esprits, et qui ne nous évoquait guère que la privation, le « moins », la perte, le pénible et le manque : le commerçant vantait des marchandises « sacrifiées », la propagande nationaliste des soldats qui ont fait le « sacrifice » de leurs vies, ou les familles pieuses des « petits sacrifices » imposé aux enfants pour les « petits Chinois ».

              Dans toutes les religions le sacrifice est présenté comme un acte positif, comme un « plus », comme un enrichissement : c’est un pacte, une alliance avec la divinité à qui est faite l’offrande par l’intermédiaire des substituts, tels que des animaux ou des produits de la terre. Si le sacrifice établit un échange, on peut ramener sa structure fondamentale à trois actions :

              – l’offrande ou mise à part;

              – le passage ou renoncement, don, dette d’expiation;

              – afin d’établir la communion : on reçoit un don qui symbolise la relation nouvelle née de l’échange.

            Et c’est ainsi que toute la vie de Jésus peut être interprétée comme un sacrifice :

             – offrande : Jésus a donné sa vie pour les hommes et Il l’a remise à Dieu, son Père;

             – passage : Dieu a accepté cette vie du Fils, qui a renoncé à la gloire divine initiale pour passer dans l’humanité, s’incarner et renaître ;

             – Il a reçu de Dieu la vie glorieuse qu’établit l’Homme Jésus dans une communion nouvelle avec Lui et avec les hommes.

           Toute la vie de Jésus ne peut être séparée de la Cène du Jeudi saint et du Golgotha. Le sacrifice ne commence pas sur la Croix.

            Notre réflexion sur le sacrifice doit se dégager de tout dolorisme, qui a longtemps pesé sur la sensibilité de la piété catholique. Lorsque nous célébrons la Messe, nous ne refaisons pas ce que le Fils de l’Homme a fait sur la croix, mais nous refaisons ce qu’Il a fait à la Cène. Ce qui veut dire que l’Eucharistie n’est sacrifice qu’en tant que la Cène avait elle -même un caractère sacrificiel. Ce caractère sacrificiel apparait de deux manières. D’abord parce que le dernier repas a lieu dans le contexte de la Pâque juive : les évangélistes, et surtout Jean, ont fortement souligné cette correspondance qui invitait à rapprocher la mort de Jésus de celle du sacrifice des agneaux de Pessah dans le Temple de Jérusalem. Ensuite parce que la Cène est une prophétie de la Croix : elle annonce, engage et ne quelque sorte déclenche la Passion. Autrement dit, l’Eucharistie est liée au sacrifice de la Croix dans la mesure où le Père est en relation à la Croix, et non pas directement.

           En résumé, à la Cène, Jésus rassemble dans un dernier repas toutes ses options radicales, tout le sens de sa vie. Ces options l’ont conduit à la mort, car elles ont rencontré  le refus de son peuple. Le don quotidien que Jésus fait de lui-même l’achemine vers le sacrifice suprême : l’ « heure » est venue de se donner  et d’aimer jusqu ‘ à l’extrême. Le sacrifice que Jésus fait de sa vie est exprimé dans le dernier repas. La Cène est donc un sacrifice dans la mesure où elle rend présent le sacrifice que le Christ fait de Lui-même, en entrant en toute souveraine liberté dans sa passion.

Un retour à la religion ?

Un « retour à la religion » en France et au Royaume-Uni

Anne Madelin, Sociovision | le 17.06.2013 à 09:11
Les débats actuels en France sur l’expression du fait religieux en entreprise interrogent les observateurs étrangers, en particulier lorsqu’ils viennent de pays lointains. L’importance du principe de laïcité dans les fondements de la vie républicaine française est une spécificité parfois difficile à comprendre, tant le rapport à la religion varie d’un pays à un autre.
L’International Observer de Sociovision, dont la dernière vague a été menée en 2012, permet d’illustrer les tendances à l’oeuvre dans onze pays occidentaux et émergents.
Entre 2007 et 2012, l’influence de la religion a légèrement augmenté chez les Français (+ 4 points) et chez les Britanniques (+ 8 points).

La religion influence la vie d’un quart des citoyens en France, en Allemagne, en Espagne et au Royaume-Uni, et d’un tiers en Italie
Les scores les plus faibles à l’idée selon laquelle « c’est dans la religion que je peux le mieux trouver les réponses aux questions importantes que je me pose » sont recueillis en France (22 %), en Allemagne (20 %), en Espagne (26 %) et au Royaume-Uni (23 %). Des pays européens dans lesquels les Eglises ont progressivement perdu de leur influence au cours des dernières décennies.
En Europe, seule l’Italie résiste à cette érosion avec plus d’un tiers (37 %) des habitants qui adhèrent à cette posture.
On note toutefois un frémissement à la hausse en France (+ 4 points entre 2007 et 2012) et au Royaume-Uni (+ 8 points). « Retour à la religion » également remarqué, dans notre Observatoire France, chez des populations plutôt jeunes et de culture non catholique (religion juive et musulmane principalement).

Une grande intégration de la religion à la vie quotidienne au Brésil et en Inde, mais un déclin rapide
La même question recueille des scores beaucoup plus élevés au Brésil (58 %) et en Inde (54 %) où la religion est beaucoup plus intégrée à la vie quotidienne.
Cependant, la dynamique récente est celle d’un déclin rapide depuis cinq ans : – 13 points au Brésil entre 2007 et 2012, et – 13 points en Inde. Ces pays connaissent à leur tour un processus de sécularisation qui conduit à une perte progressive de l’influence des religions.

Les Etats-Unis dans une position intermédiaire favorable à l’expression des religions
Les Etats-Unis (44 %) apparaissent beaucoup plus proches des postures observées au Brésil et en Inde qu’à celles des sociétés européennes.
L’expression de la religion au travail est beaucoup plus acceptée. Le Premier Amendement de la Constitution reconnaît le droit à la liberté individuelle de pratiquer sa religion. Et les salariés peuvent se retourner contre leur employeur s’ils ont le sentiment d’un comportement discriminatoire à l’encontre de leur conviction religieuse. Nul ne peut, par exemple, se voir reprocher la présence de signes à connotation religieuse (crucifix, voile…), ou l’organisation d’une prière au bureau.

En Chine, l’importance des mouvements philosophiques et spirituels, et la permanence de valeurs traditionnelles
Seuls 36 % des Chinois reconnaissent accorder une importance à la religion. Néanmoins, deux autres items permettent de mesurer la permanence dans ce pays des préceptes de Lao Tseu (66 %) et de Confucius (73 %) en tant que guides et grilles de lecture dans la vie quotidienne d’une grande partie de la population.
Comme les autres BRICK (Brésil, Russie, Inde, Chine et Corée du Sud ou Korea), la Chine développe un modèle de société où l’ouverture rapide à la mondialisation se double d’un maintien de valeurs traditionnelles qui permet de faire perdurer des liens collectifs prégnants. 92 % des Chinois, mais aussi 80 % des Indiens, 78 % des Russes, 72 % des Coréens, et 7 2% des Brésiliens estiment « nécessaire de respecter les rites et coutumes traditionnels afin de bien vivre ensemble ».

In fine, ces tendances à l’oeuvre dans les différents pays renforcent la spécificité franco-française du débat actuel sur le fait religieux en entreprise. Et interrogent la posture des multinationales françaises qui dialoguent ou souhaitent s’implanter dans les pays non-européens où la religion fait partie intégrante de la vie quotidienne des salariés.

Anne Madelin, directeur conseil, Sociovision

Fête des pères/mères : Jeannette Bougrab : « Je ressens ma fille comme ma chair et mon sang »

JeannetteFille de harkis, secrétaire d’Etat, auteure du livre « Ma République se meurt », profondément attachée à la laïcité, Jeannette Bougrab a choisi d’adopter une orpheline, pour « sauver une vie ». Elle raconte son enfance et son parcours de véritable « mère courage ».

Avez-vous des souvenirs d’enfance liés à la fête des Mères et à celle des Pères ?

Nos parents ne s’achetaient jamais rien. Ils se refusaient tout, pour tout nous donner. Pour une fois, en ce jour particulier, c’était à nous de penser à eux. Nous n’avions pas beaucoup d’argent. Avec mes frères, nous économisions pour acheter des fleurs à notre mère et du parfum au supermarché à notre père. C’était des cadeaux modestes. Mais avec nos petits moyens, nous essayions de faire le maximum pour nos parents que nous chérissions tant.

Quelles valeurs vos parents vous ont-ils transmises ?

Le travail, l’obstination. Leur générosité, alors qu’ils n’avaient rien. Tout le monde pouvait venir manger à notre table. Je ne serais pas ce que je suis aujourd’hui sans eux. Je leur dois tout. J’espère inculquer les mêmes valeurs à ma fille.

Pour quelles raisons avez-vous choisi d’adopter ?

J’avais un vrai désir d’enfant. Pour moi, il était très difficile de ne pas être mère. C’est venu un peu vers le tard, autour de l’âge de 30 ans. J’ai mis dix ans à le matérialiser. Pour pouvoir sortir de mon milieu social, j’ai fait beaucoup d’études, j’ai un doctorat en droit. Ensuite, j’étais professeur à l’université, puis maître des requêtes au Conseil d’Etat. J’ai repoussé la maternité jusqu’au moment où je me suis rendue compte que ce n’était plus possible. Je me suis battue pour être mère. Je le ressentais au plus profond de moi. C’était douloureux de ne pas l’être. C’est un parcours de très grande solitude quand on adopte.

Et depuis son arrivée, voyez-vous les choses différemment ?

Progressivement, on oublie les difficultés administratives, les moments de solitude. Les moments où j’ai pleuré parce que je pensais que ça n’arriverait jamais. C’est merveilleux d’avoir un enfant. J’ai aussi des moments difficiles, car comme je suis seule, quand elle pleure la nuit c’est moi qui me lève. Le matin au réveil, je dois être en pleine forme. Je travaille douze heures par jour. Mais je suis une privilégiée : quand je rentre le soir, elle se jette dans mes bras en criant « Maman ! ». Des moments qui me montrent que je ne suis plus seule et que je me bats aussi pour elle. Je suis la plus heureuse des mères. Je ressens ma fille comme ma chair et mon sang, et pourtant je l’ai adoptée. Elle a eu un début de vie difficile, ce qui ne l’empêche pas de rire tout le temps. Elle est très rigolote. Je suis émerveillée.

Quel genre de maman êtes-vous ?

Au début, dès qu’elle éternuait, je l’emmenais chez le pédiatre. J’essaie d’être comme mes parents. Moi qui les ai beaucoup contestés, je me rends compte que j’aimerais être comme eux. Lui inculquer les valeurs du travail, de l’obstination, de ne pas faire de compromis avec ce que l’on croit. J’aimerais lui donner le goût de la lecture, qu’elle s’épanouisse. J’aimerais lui apporter ce que moi je n’ai pas eu, par exemple l’emmener au musée. Mais pour l’essentiel, je ferai comme mes parents. Je ferai en sorte qu’elle ait ce que je n’ai pas eu tout en ayant ce que j’ai eu.

Comment arrivez-vous à concilier vie de famille et vie professionnelle ?

C’est toute une organisation. Ma fille va à la crèche et a une nounou. J’essaie d’être là avant qu’elle s’endorme. Mais à partir du vendredi soir, plus rien n’existe à part ma fille jusqu’au lundi matin.

Comment avez-vous vécu les démarches d’adoption, combien de temps cela a-t-il pris ?

Trois ou quatre ans. Un agrément est valable cinq ans, donc il faut aller vite, sinon il faut recommencer les démarches administratives qui durent neuf mois. Il faut voir un psychiatre, un médecin généraliste et il y a des visites régulières d’une assistante sociale qui pose des questions sur la vie privée, comme « Pourquoi vous adoptez ? ». Cette intrusion est très difficile et elle se poursuit encore six mois après l’arrivée de l’enfant. Ensuite, il y a le jugement du tribunal d’instance pour l’adoption plénière. Ma fille est devenue véritablement ma fille au regard du droit français le 26 septembre dernier. Elle est arrivée en décembre 2011.

Pourquoi vouliez-vous une fille ?

Quand on est du sexe féminin, dans beaucoup de pays, quels que soient le continent et la culture, c’est considéré comme une sorte de malédiction. Je voulais sauver la vie d’une fille, au moins celle-ci ne subira pas de mauvais traitements. Elle n’aurait pas pu accéder à l’école, ni aux soins.

Elle vient du Laos. J’y suis allée plusieurs fois, avec un nœud à l’estomac, sans savoir si j’allais rencontrer un enfant. Le parcours d’adoption est très éprouvant. J’ai vu ma fille le dernier jour de mon séjour. C’est un rêve tellement effleuré qu’il faut du temps pour réaliser les choses.