Les 7 péchés capitaux : L’avarice

imagesDepuis plusieurs mois c’était son rêve, partagé par un grand nombre de ses semblables qui, tous, œuvraient clandestinement pour qu’arrive enfin ce jour où la finance mondiale s’effondrerait. Chaque fois qu’il allait se coucher après une journée de plans fiévreusement échafaudés, il se demandait si l’aube serait ce grand jour où le système entier serait broyé sous le poids de sa propre cupidité. Certes, la vallée humaine serait encore un peu plus larmoyante, des millions de personnes périraient dans les remous titanesques à venir. Qu’importe ! Soigne-t-on les cancers différemment ? En outre, l’idée d’être l’un des maîtres-sapeurs de l’effondrement et futur bénéficiaire du désordre instillait en lui un sentiment vertigineusement délicieux de maîtrise. Sans doute celui qu’éprouvaient Guevara ou tout autre révolutionnaire sur le point de faire déferler les ondes de la liberté sur un pays que la corruption avait rendu prêt à tomber…

Aurions-nous affaire à un jeune anarchiste issu de l’aile active du vaste mouvement des Indignés ? À un altermondialiste infiltré dans l’élite mondialisée qui ourdit la révolution de l’intérieur ? À un pirate informatique extrêmement sophistiqué capable de paralyser les transactions financières ? Nullement, aussi étonnant que cela puisse paraître, cet état d’esprit est désormais celui de nombreux traders ou autres ténors de la finance mondiale ! Leur motivation est liée à une cupidité bien ordonnée, qui sait d’expérience que les périodes de crise économique majeure sont toujours, pour les initiés, une opportunité superbe de réaliser des profits colossaux. C’est ce qu’a révélé avec gourmandise un jeune trader lors d’une intervention sur la BBC en octobre 2011, au pinacle de la tension sur les dettes souveraines en Europe, où il confessait partager la vision du monde décrite plus haut. Cette déclaration fut l’une des seules à rompre le discours rassurant diffusé par les gardiens de la chose publique et par les médias spécialisés, elle a donc été un coup de tonnerre qui est parvenu jusqu’à moi.

Si l’on contemple, en extrapolant, le visage lisse de ce jeune financier, on aperçoit le désir insurmontable de posséder tout l’univers, la frénésie du coup de poker qu’il s’apprête à opposer à la « fin du monde » que tous craignent afin d’amasser des trésors arrachés brutalement à l’appauvrissement général. Depuis plusieurs années, ce jeune trader spécule habilement à la baisse sur les dettes des États en difficulté, malgré les interdictions qu’il contourne en créant des produits financiers dérivés à l’extrême. La banque qui l’emploie a contribué en 2008 à faire disparaître des milliers de milliards de dollars de richesse après avoir sciemment vendu des milliers de prêts immobiliers toxiques à des retraités et des municipalités. Elle a contribué à porter le prix de l’essence jusqu’à des niveaux asphyxiants et provoqué la faim de cent millions de personnes dans le monde tout en mettant cyniquement la main sur des dizaines de milliards de dollars appartenant aux contribuables grâce à une série de renflouements… Voici certainement le visage moderne de l’avarice qui – ce n’est guère nouveau – domine le monde.

Je m’étais toujours, par ignorance, désintéressé du débat économique et je me figurais simplement une mécanique tutélaire œuvrant tant bien que mal au bien commun, toujours équilibrée par l’addition des intérêts particuliers. Il s’agissait pour moi d’un ordre distinct de mes préoccupations et quelques rudiments de la théorie néoclassique – la seule enseignée dans ma jeunesse – suffisaient à alimenter ma compréhension du monde. Par ailleurs, la nature de ma mission dans l’Église et ma formation en théologie morale me rendaient assez absconse cette science totalisatrice qui fait fi de la responsabilité personnelle pour s’attacher uniquement à de grands agrégats ou l’individualité ne compte pour rien. Le Christ lui-même a pris soin, dans l’Évangile, de décorréler l’ordre économique – qui est laissé au César du moment – des affaires de Son père. L’argent en lui-même n’est-il pas un simple support au service de l’échange entre les hommes, inévitable de surcroît ? Il ne contient rien en lui-même, qui incline au péché… Bien au contraire, il relie entre eux les hommes et permet de partager le fruit de leur travail ; sans lui, pas de progrès matériel, si bien que l’homme resterait esclave de la pénurie qui bien souvent empêche de s’élever spirituellement. Notre nature, marquée par le péché, peut naturellement pervertir notre relation à l’argent, mais la beauté de l’économie selon l’acceptation classique est justement que celle-ci resterait immuablement équilibrée même si son carburant est la cupidité qui pousse individuellement à tous les dérèglements moraux. Pourtant, l’économie mondiale a profondément changé depuis la première édition de cet ouvrage, et il m’a semblé ne plus pouvoir me satisfaire de cette première vision. Tous les signes montrent que l’environnement économique, dont nous souffrons collectivement, porte profondément enraciné en lui les méfaits de l’avarice. Nous ne goûtons plus les fruits de la corne d’abondance qui s’était ouverte après la Seconde Guerre mondiale jusqu’au début de ce siècle, nous communions tous désormais à la même pomme empoisonnée par la cupidité. Cette situation, qui n’est pas inédite mais n’a jamais été aussi grave, peut nous pousser à renouveler notre compréhension de ce qu’est réellement l’avarice. Il s’agit d’une réflexion trop rarement entreprise qui est néanmoins vitale pour nos sociétés à l’heure du doute. C’est pourquoi j’ai choisi de m’appuyer souvent sur des réalités très actuelles.

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Le Désir du Fils

images Jean XIII,31-35

« Comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres… Vous êtes mes amis, je vous appelle mes amis. »

A entendre ces versets pour la énième fois, soit nous sommes tentés de tomber dans la somnolence de la rengaine, soit – pour une fois ! – nous avons envie de nous insurger : « – Quoi ? A ne retenir que ces paroles suaves et bénignes, ne risque-t-on pas de présenter les Evangiles comme une « pastorale » – ouvrage littéraire bucolique conventionnel ! – , sucrée et dont la mièvrerie des sentiments cacherait l’âpreté des passions qui agitent le coeur de l’homme, sitôt qu’il est question d’amour ? Donc de désir. »

A quelques jours du départ de son fondateur, n’y aurait-il pas quelque involontaire imposture à présenter la petite Eglise primitive comme un groupuscule idéalisé où tout baigne dans les bons sentiments ? Le Christ nous appelle ses « amis ». Soit. Nous ne doutons pas de la qualité souveraine du Désir éminent et pur qui Le porte vers nous.Hier et aujourd’hui. Maintenant et toujours.

Aime-t-Il davantage celle-ci ou celui-là que moi ? Cette question nous reste plutôt étrangère, non pas parce que le remugle de l’envie ne pourrait pas brouiller la pureté de nos intentions affectives, mais parce que – Dieu merci ! – il n’y a que la certitude du salut pour tel ou telle, hypothétiquement plus proche que nous du coeur de Dieu, qui pourrait nous donner la réponse. Et que cela demeure le secret de Dieu.

Le Christ, nous appelant ses « amis », manifeste un état de fait réel – celui de son Désir à notre endroit, et il ne dépend pas de nous qu’Il ne nous aime quand même, si pervers que nous soyions – mais Il manifeste aussi un Désir optatif : celui que nous nous aimions les uns les autres. Et là, cela dépend aussi de nous.

Tant que nous n’aurions qu’à jouir de l’Amour divin comme on prend un bain de soleil, chacune et chacun, isolés sur son carré de sable au bord béat de l’azur infini, tout irait bien, car tout le Soleil qui me réchauffe le corps est tel qu’il est tout et uniquement pour moi, de telle sorte que ce que j’en reçois n’enlève rien à mon voisin qui en reçoit tout autant. Mais les choses se gâtent si nous comprenons mieux les paroles du Fils: «  Je vous aime mais il ne suffit pas que vous receviez mon amitié pour devenir mes « amis »,

il vous faut partager mon amitié pour vous avec les autres, oui, avec vos frères humains, vos semblables … »

Las ! L’amour de Dieu n’est pas qu’un bain de soleil !

Ses exigences nous poussent sur le terrain piégé des sentiments, c’est à dire là où nous allons tout naturellement nous heurter aux rivalités, aux jalousies, aux passions vives du coeur humain.

Rappelons nous simplement l’épisode d’après la Résurrection, au bord de la mer de Tibériade, lorsque le Ressuscité demande à Pierre s’il l’aime « plus » que les autres.Fort de la réponse positive, chaleureuse et douloureuse à la fois du disciple, qui a trahi, le Fils de Dieu lui confère la primauté, la responsabilité première de son Eglise, tout en lui annonçant son martyre. Et que fait Pierre, qui marche là, devant, seul avec le Maître ? Il se retourne vers celui qui les suit, Jean : « – Et lui, Seigneur ? » Imaginons Pierre : le voici réassuré de la confiance redonnée publiquement par le Maître, fier peut-être des responsabilités reçues, troublé par la prophétie d’un avenir violent, et que manifeste-t-il pour le tiers, pour celui que Jésus « aime » ? … Est-ce le rival écarté ? Est-ce l’ami dont le futur peut devenir aussi menacé que le sien ?

Pierre a tort de s’inquiéter : les conflits qui éclateront dans l’Eglise ne viendront pas de Jean, mais le chemin affectif de Pierre passe, comme le nôtre, par celui du champ miné des passions du coeur humain.

Répondre à l’injonction pressante du Fils de nous aimer à moins de fonctionner comme un automate, sans pulsions, ni désirs, ni passions ! – ne relève pas de la bleuette ou de la romance rose, où tout voguerait délicieusement dans les bons sentiments.

Si nous avons pris l’Evangile pour une aimable pastorale – une sorte de Soft Story , – , changeons de chaîne : il y a toujours ailleurs encore des marchands d’illusions ! L’amour n’est pas un confort.

Pour aimer jusqu’au bout, le Christ ne nous a pas promis la paix du pot-au-feu mitonné, chacun pour soi et Lui pour tous, mais des conflits, des rivaux, des ennemis même, de la solitude et des larmes et du sang.

En un mot : la Croix ! Et ce n’est pas toujours une décoration.

Dans VSD par Paul Wermus : ‘‘Borloo casse les codes, même si ça part dans tous les sens’’

pw1854

De la succession de Benoît XVI à la qualité de nos programmes de télévision, en passant par Hollande, Ségolène et la bataille de Paris, nos hôtes brassent un large éventail de sujets…A la Closerie des Lilas : Françoise Laborde, un sage du CSA ; Alain de La Morandais, un abbé très médiatique ; et Chantal Jouanno, sénatrice UD I de Paris.

Françoise Laborde, l’ex-présentatrice du JT de 20 heures de France 2, publie Muette. « Alors que ma mère perdait la tête à cause d’Alzheimer, je commençais à perdre ma voix. Elle devenait folle et je devenais muette. Je présentais les journaux sous médicaments. »
Chantal Jouanno, ancienne ministre des Sports, affirme : « Je ne serai pas candidate à la Mairie de Paris. Je suis prête à soutenir NKM, une femme moderne, écolo, diplomate. Nous ferons forcément alliance avec l’UMP. Certains bafouent le principe même de l’existence du Sénat, qui se fait bien maltraiter. La politique est souvent synonyme de violence. Quand cela devient trop brutal, je pars avec mon mari marcher dans le désert. J’ai rencontré récemment Nicolas Sarkozy, il m’a demandé pourquoi j’avais quitté l’UMP. Plutôt que de passer pour un vilain petit canard dissident, il valait mieux que j’adhère à un parti, l’UDI, qui colle à mes idées, même si ma parole aujourd’hui rencontre moins d’écho. Jean-Louis Borloo est un créatif qui casse les codes, même si ça part dans tous les sens. Il n’est jamais là où on l’attend. »

Françoise Laborde fait preuve d’une certaine indulgence.  « On est exagérément critiques à l’égard de France Télévisions. Ce qui me désole, c’est qu’on est incapables d’avoir de grandes séries françaises. Nous sommes nourris de feuilletons américains. Quel dommage ! Non seulement on sait faire, mais en plus le feuilleton est une invention française. » L’abbé de La Morandais, qui habituellement a la dent dure, n’est guère critique à l’égard de Benoît XVI. « Il a nettoyé les écuries d’Augias, il a eu le courage de s’attaquer aux prêtres pédophiles et aux légionnaires du Christ, une secte qui brassait des milliards. Qui lui succédera ? L’archevêque de Paris, Mgr André Vingt-Trois, n’a aucune chance. À ce jour, une dizaine de noms circulent. Si le prochain pape est européen, alors je vois très bien Mgr Schönborn, archevêque de Vienne. » L’abbé joue volontiers les rebelles : « Je suis pour le mariage des prêtres, mais il ne faut pas le dire ! À titre personnel, je suis pour le mariage pour tous, mais officiellement, comme curé, je suis contre car solidaire de mon Église. En revanche, je suis partisan de l’ordination des hommes mariés. Quant à des femmes prêtres, chaque chose en son temps. » Pas de doute, l’abbé est aussi solidaire de Ségolène. « Comment voulez-vous que je fasse confiance à François Hollande, un homme qui a planté la mère de ses quatre enfants ? » L’abbé n’apprécie guère Jean-François Copé, « opportuniste et démago ». En revanche, il aurait un petit faible pour François Fillon. « Sobre, crédible mais manquant de charisme. » Sa préférée, c’est Christine Lagarde. « Je l’imagine très bien présidente de la République. »

Françoise Laborde reprend la parole : « Non seulement la parité à la télé n’existe pas, mais en plus la part des femmes y est en régression. » Chantal Jouanno confirme : « Au Sénat, c’est pire : 27 % de femmes, c’est dérisoire. » Françoise Laborde d’adoucir ses propos. « Alessandra Sublet est une des plus belles découvertes de France Télévisions. On sent qu’elle n’a pas été formatée. » On peut s’étonner qu’Alain de La Morandais, 77 ans, abbé à la retraite, docteur en théologie, n’ait pas fait carrière : « Je me suis battu pour les harkis. À l’époque, ça n’était pas tendance. Je n’ai jamais été fait pour porter la pourpre cardinalice. Il faut savoir fermer sa gueule, mais l’Évangile ne dit-il pas : “La vérité vous fera libre ?” » À notre tour de confesser l’abbé et de lui demander de pratiquer, en toute bonne foi, son autocritique. « Je suis un peu vaniteux [la vanité n’est-elle pas l’orgueil des imbéciles ?], un rien séducteur, jaloux, mais ça se soigne en vieilllisant. À mon âge, je n’ai plus de paroisse. J’ai une retraite de 900 euros. Il est vrai que je suis logé par l’Église, et que je suis invité partout. »

La vice-présidente de l’UDI planche sur des dossiers très chauds, comme la prostitution, les transsexuels. Chantal Jouanno dit souvent ce qu’elle pense : « On a chez nous de vrais talents, mais tout fonctionne par réseaux. Notre pays est de moins en moins républicain. » L’abbé pense à l’avenir. « Pas d’épitaphe, je veux que l’on disperse mes cendres au large du Croisic, mon pays natal. Mais, d’ici là, j’ai tant de choses à faire. Un livre de recettes avec Le Divellec, La Table du Bon Dieu. J’ai cette certitude que Dieu existe. Il ne manquerait plus que je doute. Je ne me vois pas démissionner à mon âge sans indemnités ! Je vais vous livrer trois secrets : à 4 ans, je célébrais déjà des enterrements. J’enterrais mes poupées avec un certain faste. Savez-vous que j’ai une soeur qui a été religieuse ? Mais, après vingt ans, elle a claqué la porte du couvent. Enfin, et pour conclure, je devrais monter sur les planches, à Mogador, dans Sister Act. J’incarnerai un monseigneur. » Une évidence : ça ne sera pas un rôle de composition.

06/03/2013 21:13

Le vrai Pasteur

imagesJean X, 27-30

L’image du berger, du pasteur, dans cette parabole de saint Jean, puise ses racines profondes et vivantes dans tout l’Ancien Testament, depuis le livre de la Genèse jusqu’aux Psaumes et aux prophètes.

Peuple nomade, ayant vécu si longtemps au sein d’une civilisation pastorale, l’image du pasteur revient couramment et parle clair au coeur et à l’esprit de l’auditoire du Nazaréen.

Sans que le titre de Pasteur soit donné explicitement à Yahwe – il parait toujours réservé à Celui qui doit venir ! – , il n’en est pas moins vrai que les rapports du peuple élu avec son Dieu est sans cesse dépeint sous la figure du bon berger avec son troupeau.

C’est Yahwe qui conduit son peuple, qui le fait paître, qui recueille dans ses bras les agneaux, qui le pousse vers les eaux bouillonnantes et rassemble les brebis dispersées. C’est l’image même de l’autorité et de l’amour plein de bienveillance et de sollicitude.

Le Seigneur confie les brebis de son pâturage à ses serviteurs, mais les rois d’Israël ne reçoivent jamais explicitement le titre de « pasteur », même s’ils en assument les charges.  « Tous ces pasteurs, le vent les enverra paître ! » Yahwe s’irrite par la bouche de son prophète Jérémie contre ces pasteurs d’Israël qui se montrent infidèles à leur mission, ne s’occupant pas du troupeau et laissant les brebis se disperser et se perdre.

Yahwe Dieu va reprendre en mains son troupeau abandonné et la bouche d’Ezekiel annonce qu’il n’y aura qu’un seul pasteur, nouveau David et Messie : :
« Je susciterai un pasteur qui les fera paître, mon serviteur David … et vous, mes brebis, vous êtes le troupeau que je fais paître, et moi je suis votre Dieu. » (Ezech. 34,23-31)

Zacharie précisera, lui, le sort du pasteur à venir : il sera transpercé mais sa mort sera salutaire. Ce pasteur s’identifie concrètement au « Serviteur souffrant » d’Isaïe qui, « tel une brebis muette », doit par son sacrifice justifier et sauver les brebis dispersées.

On voit donc mieux comment le Christ, en affirmant « Je suis le bon pasteur », revendique très clairement un titre messianique : il veut dire ainsi qu’Il est le seul Pasteur, le vrai, le seul digne de ce Nom, c’est à dire celui qui était annoncé et attendu, et pas un autre.

La mission du Christ pasteur, accomplissant ainsi la prophétie de Jérémie, est de constituer le peuple de la Nouvelle Alliance, l’Eglise, peuple de Dieu. Cette mission de pasteur, le Christ ressuscité la confie à Pierre et au collège des Douze, à leurs successeurs, les évêques et les prêtres, vos pasteurs. Or cette mission, qui est la nôtre, à nous, vos prêtres, a deux exigences majeures dans la parabole de saint Jean :

« Je connais mes brebis et mes brebis me connaissent ». Donc, le pasteur doit connaître son peuple et celui-ci doit le connaître. Première exigence. Deuxième : «  Je donne ma vie pour mes brebis ». Le vrai pasteur doit se libérer lui-même et libérer son peuple de ses péchés, du péché : le sauver en donnant sa vie pour lui.

C’est toute la fonction sacrificielle du prêtre, qui est ici mise en exergue, celle du « serviteur souffrant ».Sacrificateur et sacrifié, le prêtre l’est par la célébration du Sacrifice eucharistique. Il l’est aussi par sa responsabilité particulière de prière et de silence offert. Enfin, dans la tradition occidentale catholique, il l’est aussi par la promesse de célibat, gage d’une liberté pastorale peut-être plus grande, et par la libre et mystérieuse vertu – qui ne peut être qu’une grâce ! – de la chasteté.

 

Mensonge d’Etat et argent (suite)

imagesQuel temps prenons-nous pour découvrir les vrais trésors, c’est à dire les « choses cachées », comme il est écrit en Matthieu : « Ma bouche prononcera des paraboles, elle clamera des choses cachées depuis la fondation du monde. » (Mt. XIII, 35) Dans la tradition des Livres sapientiaux, la sagesse est le trésor qui dépasse tous les autres :

« La sagesse est pour les hommes un trésor inépuisable, ceux qui l’acquièrent s’attirent l’amitié de Dieu. » (Sag. VII, 14)
« Dans les trésors de la sagesse sont les énigmes de la science. »( Eccl. I, 25)
 » Moi, la Sagesse, chez moi sont la richesse et la gloire, les biens solides et la justice. Mon fruit est meilleur que l’or, que l’or fin, mes produits meilleurs que le pur argent. Je marche dans le chemin de la justice, dans les sentiers du droit, pour procurer du bien à ceux qui m’aiment, et remplir leurs trésors. » (Prov. VIII, 12)

Ces « choses cachées », qui peuvent bous être révélées, si nous nous donnes la peine de creuser, sont recélées dans le grand  trésor de la Parole : la voie d’accès se fait par l’intériorité, la méditation, le silence. L’aboutissement de la réflexion biblique sur le « trésor », nous le trouvons chez saint Paul dans sa Lettre aux Colossiens, qui se bat pour eux afin qu’ils « parviennent au plein épanouissement de l’intelligence qui leur fera pénétrer le mystère de Dieu, Père du Christ, dans lequel se trouvent, cachés, tous les trésors de la sagesse et de la connaissance. » (Coloss. II,3) La voie biblique nous ouvre alors à la prière sous la forme d’un certain travail de méditation par lequel, en creusant, nous pourrions réaliser une oeuvre d’évaluation : sur nos petits trésors d’économie, quelle part faisons-nous au pauvre, selon l’exigence évangélique, si bien rappelée à présent par le pape François , Cette question suppose, bien sûr, préalablement que l’on soit bien au clair quant à nos devoirs de justice (famille, profession, Eglise, associations …).
Nous conseillons la méditation pour ce travail d’évaluation, d’une part pour ne pas réagir uniquement en fonction de notre sensibilité aux coups de coeur, et parce que c’est seulement sous le regard de Dieu, qui, une fois la porte fermée, nous apporte le repos, la douceur et l’humilité, qu’on peut devenir à l’égard de l’argent plus sage et plus fou. Le coup de coeur dans la générosité a un côté sympathique, mobilisateur, mais de même que la vie de prière ne se bâtit pas sur les frissonnements de nos impressions et émotions pieuses mais dans la constance, ainsi en devrait-il aller aussi pour la « part du pauvre » à laquelle nous consentons régulièrement dans notre budget. Sans présumer de nos forces. L’élan et la fougue portent à la présomption, ainsi qu’il est raconté dans la petite parabole :
« Qui de vous, en effet, s’il veut bâtir une tour, ne commence pas par s’asseoir pour calculer la dépense et voir s’il a de quoi aller jusqu’au bout ? De peur que, s’il pose les fondations et se trouve ensuite incapable d’achever … » (Luc XVI, 28)
Cette exigence est nécessaire pour soi, eu égard aux autres responsabilités financières qui sont les nôtres, et elle l’est aussi pour les organismes que nous aidons, afin que leur propre gestion puisse s’établir de façon prévisionnelle, c’est à dire dans la transparence et la rigueur. Nous sommes là dans le domaine de la sagesse : ne pas pécher par présomption est une forme d’humilité, de laquelle émane aussi le principe selon lequel la main droite ignore ce que fait la main gauche : autrement dit, la discrétion de notre générosité n’est pas sponsorisation familiale ou publique de notre image de marque !
Sagesse légitime aussi que de se demander quel organisme l’on va aider, car le développement du « charity business » a posé quelques questions qui sont les nôtres :

– Est-il bon d’aider de grosses associations qui consacrent une part trop forte de leur budget à leur propre fonctionnement ou à la célébration publicitaire de leur action ?

– Ont-elles partie liée avec des enjeux politiques partisans ?
– Entretiennent-elles dans le Tiers Monde des professionnels aux salaires prohibitifs ?
Même des associations caritatives ou humanitaires, originellement fidèles aux intentions des fondateurs, peuvent avoir dérivé et présenter alors une image de marque de venue faussée par l’usage. Sous prétexte de générosité et de foucades affectives, il ne nous est pas permis de couvrir toute action sociale ou d’apparence caritative par naïveté, et donc sans discernement.