De la prière (III)

imagesQue fera Dieu dans l’oraison ?

Sur la part de Dieu dans une telle rencontre, nous avons quelques lumières par ses révélations dans la Bible, d’où on peut déduire ce qu’Il aime et ce qu’Il fait. Une autre connaissance nous vient de la longue Tradition des spirituels qui ont décrit leur oraison.

Nous ne pouvons pas nous placer du côté de Dieu et dire en détail : « Dieu va faire ceci ou cela ! » Il est DIEU, Il est suprême liberté, et son action nous déconcertera toujours par son ampleur ou par sa discrétion, et par l’humour de ses déclarations : « Vos voies, décidément ne sont pas mes voies ! »

Nous sommes donc obligés de parler davantage de notre part dans l’oraison que de celle de Dieu, ce qui risque de fausser la vérité même de l’oraison, car plus la part de Dieu y est grande, plus elle est oraison.

Comme c’est Dieu l’initiateur, l’acteur principal, Celui qui a l’initiative, il nous faut un certain courage – oui, du courage ! – car, à chaque fois, nous allons vers l’inconnu. L’inconnu d’un rendez-vous d’amour. Dans tous les amours, il y a les moments du courage, de l’effort de volonté, mais plus encore lorsqu’il s’agit de cette si mystérieuse relation qui se noue avec Dieu, un amour sans les yeux ni la voix, dans l’invisible, où les heures de sécheresse aride succèdent aux élans chaleureux.

Pour ne pas être inconstante, trop liée aux humeurs, l’oraison a souvent besoin d’être courageuse, très volontaire : « Je veux cette oraison ! »Notre courage ? Se décider, puis tout faire pour se mettre « en état d’oraison », réaliser la rupture à la verticale, devenir attente et accueil d’une action de Dieu. La chose qui est la plus en notre pouvoir, c’est bien de commencer. Bien sûr, il faudra aussi d’autres courages, dans le cours de l’oraison, mais assez différents ; par exemple, dans des combats humiliants, lutter contre la somnolence, ou contre la nervosité, supporter le harcèlement des distractions.

Le démarrage, même parfois laborieux, a des couleurs plus triomphantes : « j’ai envie de faire oraison, ou en tout cas, je le veux fortement, je suis en éveil, encore vierge de distractions, je peux jouer ma partie à fond ! C’est une chose qui vaut la peine d’être bien vue pour que, justement, mon début d’oraison soit une belle plénitude …Il est mon offrande, mon pain d’offertoire : que le Seigneur le transforme en véritable oraison ! »

Le commencement, si important et qui dépend tellement de moi, c’est, selon une expression traditionnelle significative, la « mise en présence de Dieu ». Elle peut se décomposer en trois actes :

                    – décision de faire oraison;

                    – cérémonial de rupture ;

                    – acte de foi en Dieu-Présent.

1 – Je me décide à faire oraison.

    C’est évidemment un acte inutile quand tout va bien, quand on éprouve une telle faim de Dieu qu’on a hâte d’être au rendez-vous .Mais il faut parfois renouveler vigoureusement cette décision. Un dégoût, une lassitude, un horaire surchargé, et nous ne sommes qu’à demi disposés, avec le danger de mal vivre une oraison mal commencée. Hâtons nous alors de nous reprendre à temps par une décision très nette : « Je veux faire oraison ! Je vais chercher Ta présence, je suis là pour cela et pas pour autre chose. Seigneur, des deux mains, je Te donne ce temps. Prends-le … à Toi de le transformer, de le transsubstantier ! »

2 – J’accomplis un cérémonial de rupture.

    Ce deuxième acte, toujours nécessaire – croyons nous -, se présente comme une sorte de cérémonial de rupture matérielle, corporelle , avec la chose que nous étions en train de faire juste avant . Ne pas se « jeter » dans l’oraison, ni mollement ni par pure nervosité ou – le pire ! – quasi machinalement .C’est là que, non seulement l’oraison mais toutes les prières sont tuées avant de naître. On ne sera pas avec Dieu, on restera avec soi-même, empêtré dans des pensées et des soucis, parce qu’on n’a pas pratiqué la rupture.

Il s’agit de créer le climat d’un rendez-vous, d’un rendez-vous amoureux avec Dieu. Cela demande de la paix, de la noblesse d’attitude et de coeur. Le sans-gêne avec Dieu n’exprime pas l’amour mais l’inconscience. Notre effort pour lui plaire, l’Evangile nous le rappelle : « Bienheureux les purs car ils verront Dieu. »Dépouillement de tout ce qui ferait écran entre Lui et nous, particulièrement de quelque chose d’anti-fraternel ou d’un souci qui, pour nous et à ce moment là, serait plus grand que Dieu. Ce sont des choses qui arrivent, et en réaction un bref élan pénitentiel n’est pas déplacé, bien au contraire.

Alors, le plus posément possible, nous effectuons des ruptures : se retirer du balcon, se dégager de la vie extérieure et de notre tumulte intérieur. Descendre en soi, ou plutôt, retour au centre dépouillé de notre « moi » obsessionnel, retour au coeur. Pour ce voyage intérieur, inviter le corps à participer au cérémonial de rupture : entrée en noblesse du corps, trouver les gestes lents et très conscients qui peuvent dissoudre notre nervosité, créer un climat de paix et d’éveil dans un très singulier silence d’attente.

Des prières mentales courtes, lentes, répétées, peuvent aider : « Si tu savais le don de Dieu, tu boirais à sa source. » Boire à la source ! C’est dans cet état de coeur et de corps que nous choisirons l’attitude que nous garderons pendant l’oraison : à genoux, assis en tailleur … peu importe, pourvu que ce soit noble, net, sans laisser aller, expressif. Surtout ne pas confondre oraison et mortification : la vigilance mentale sera suffisamment mortifiante !

3 – Après le cérémonial de rupture, faisons un acte de FOI en Dieu Présent : c’est l’acte essentiel d’entrée en oraison. Et là, les tempéraments diffèrent beaucoup. Ainsi, si l’on est plutôt visuel, on sera aidé par les « visions de Dieu », telles que peuvent nous les livrer les Ecritures : vision d’Isaïe (Is.VI,1-8) , vision de Moïse au buisson ardent ( Exode III, 1-6) , ou la brise légère d’Elie (I Rois XIX, 8-13) , ou bien le retour de l’enfant prodigue (Luc XV, 17-20) avec la vision du Père si aimant . Ou bien encore des textes tels que la bouleversante promesse de Jésus : « Si quelqu’un m’aime, il observera ma Parole et mon Père l’aimera ; nous viendrons à lui et nous établirons en lui notre demeure. »(Jean XIV, 23) .

Ou l’Apocalypse (III, 20) : « Je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai, je souperai avec lui et lui avec moi. »

On peut aussi composer soi-même sa « prière pour entrer en oraison », en n’hésitant pas à la modifier, la réécrire, l’allonger ou la raccourcir. Dans cette prière, il est souhaitable de multiplier les actes de foi et les efforts d’union. Et, comme nous ne sommes jamais avec Dieu sans nos frères , si un différent ,une désunion pouvaient nous troubler intérieurement , les dispositions intérieures de réconciliation fraternelle seront nécessaires.

A nous de construire peu à peu notre propre prière, en cherchant  ce qui nous met en présence de Dieu. Il est toujours là. Tout ce qui peut nous faire prendre conscience de cette Présence est bon. En fait, l’oraison, c’est cela : par la Foi, chercher la Présence.

Il ne s’agit pas de vouloir « ressentir » la présence de Dieu. Au-delà des grâces sensibles des débutants, l’oraison est normalement un exercice de foi pure, et nue. C’est au-delà du ressentir et du raisonné. Nous savons que Dieu est là, sans rien sentir. Nous aimons, sans que le coeur se mette à battre à grands coups, sans frémissements ni gémissements. Nous ne désirons qu’une chose : vivre un moment avec Dieu, comme Lui le voudra. Que nous soyons froids ou chauds, secs ou palpitants de pensées et de sentiments.

Peut-être passerons nous tout notre temps d’oraison à essayer de nous mettre en présence de Dieu, à nous apaiser, à nous ennoblir d’attitude et d’esprit, à éveiller difficilement notre foi. Si nous sommes « saisis » plus vite, l’oraison consistera à rester au soleil de la Présence … et surtout à ne rien chercher d’autre (lecture spirituelle, méditation, examen…)

L’oraison est un rendez-vous d’amour avec Dieu. Uniquement cela, mais intensément cela : être heureux de passer un moment avec Lui ! D’une manière si consciente que c’est cet effort d’être très présent à Lui, qui est l’oraison : être heureux d’être ensemble ! « Etre ensemble », rien que cela mais tout cela, définit n’importe quel rendez-vous d’amour.

Ne pas se perdre en considérations sur nous mêmes ou même sur Dieu, mais rester un moment dans son soleil, dans son amour, en lui offrant modestement le nôtre, et en accueillant ce qu’Il voudra bien nous donner , à ce moment là , en lumières, en forces , ou simplement en dons de Paix , fruit typique de l’oraison. Quatre choses peuvent alors nous changer profondément :

– nos actes fraternels ;

– notre tâche humaine;

– les sacrements ;

– l’oraison.

Ce qui est sûr, c’est que, si nous nous tenons présents à la Présence, Dieu va agir en nous. Et ce qui est non moins sûr, c’est que, de notre côté, nous avons besoin d’agir. Savoir faire oraison se tient là, dans le juste apport de mon action, à la fois discrète et intense. Elle n’a d’autre mission que de me disposer à l’action de Dieu : agir pour ne pas agir, agir pour que Dieu agisse.

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