De la prière (II)

images-1Rompre avec la rumeur interne, avec tout ce qui « bruit » en nous. Le premier ennemi du silence intérieur, c’est notre « moi » et la première difficulté de la mise en silence, c’est le repli sur le « moi ». Si bien que la première condition à la visée vers l’oraison silencieuse, c’est de se mettre en présence de Dieu, en se mettant sous son regard et sous son seul regard qui, seul, est simple, c’est à dire sans repli sur Lui-même.

Le danger du recueillement serait de nous replier sur nous-mêmes, de nous incurver sur nous-mêmes : c’est le piège du miroir. La tentation du miroir est subtile : il est facile de se projeter hors de soi et d’appeler « Dieu » cette image à portée des yeux. On s’adresse à elle comme si elle était un « autre » et l’on dialogue interminablement, et sans risques, avec son alter ego ; on croit se mettre sous le regard de Dieu, mais on ne fait que se regarder soi-même. On croit se soumettre au jugement divin, mais on fait nous mêmes les demandes et les réponses.

Sortir de soi, condition préalable pour nous déplier sous le regard divin, par les trois puissances de l’âme :

– la mémoire ;

– l’entendement ;

– la volonté.

Nous y reviendrons.

Le mouvement de l’intelligence, ou le travail de la raison. C’est ici qu’il faut bien distinguer l’oraison de la méditation, en sachant toutefois qu’il faut le plus souvent passer par celle-ci avant d’atteindre la première.

Le nom de « méditation » est réservé à cette forme de prière mentale où domine la considération ou le raisonnement et qui, pour cette raison, s’appelle « méditation discursive ». L’appellation d’ « oraison » revient à cette forme de prière mentale où dominent les élans du coeur, le regard amoureux sur la perfection divine contemplée.

Dans la méditation nous sommes plutôt actifs, développant le côté intellectuel de l’acte de foi. Dans l’oraison, nous sommes comme saisis par la puissance amoureuse de Dieu sur nous, et nous nous laissons faire, nous nous laissons conduire par cette puissance étrange.

La méditation discursive contient déjà des états affectifs, et l’oraison affective est généralement précédée ou accompagnée de quelques considérations où l’intelligence joue son rôle par le raisonnement (on cherche à comprendre !), sauf quand l’âme est saisie directement par la lumière de la contemplation.

Le genre d’oraison qui convient généralement aux débutants est celui de l’oraison discursive. Commençons donc par examiner la méditation discursive : il y a plusieurs méthodes, mais avec Ignace de Loyola, nous parlerons de celle des trois puissances.

Les trois puissances de l’âme sont la mémoire, l’entendement  et la volonté.

En prélude à l’usage des trois puissances, Ignace de Loyola conseille ce qu’il appelle la « composition du lieu », exercice intérieur qui a pour but de fixer l’imagination et l’esprit sur le sujet de la méditation afin d’écarter plus facilement les distractions.

Ainsi, si l’objet est sensible, comme le verset de Marc : « Bien avant l’aube, Il se leva, Il sortit et alla dans un endroit désert et là il priait. » On se le représente , c’est à dire qu’on le rend présent à son imaginaire , aussi vivement que possible et non pas comme un fait accompli depuis longtemps : comme si on était soi-même témoin des faits , comme si on y prenait part , ce qui est évidemment de nature à saisir davantage.

Si l’objet est invisible, comme la jalousie ou la possessivité dans notre façon d’aimer, on considère les effets de ce trouble auquel nous sommes sujets, pour en concevoir déjà le dégoût et s’en éloigner, le combattre en nous.

Passé ce prélude, le corps de la méditation va consister à appliquer les trois puissances de l’âme – mémoire, entendement et volonté – aux points de l’oraison.

On applique successivement chacune des puissances à chacun des points, à moins qu’il ne suffise d’un seul point pour fournir une matière suffisante à toute la méditation.

– L’exercice de la mémoire se fait en rappelant le premier point à méditer (qui sera peut-être le seul !), non pas en détail mais dans son ensemble;

– L’exercice de l’entendement consiste à réfléchir plus en détail sur le même sujet. Il s’agit de faire des réflexions sur les vérités que la mémoire a proposées, de les appliquer à l’âme et à ses besoins, d’en considérer les conséquences pratiques, de considérer comment jusqu’ici nous avons conformé notre conduite aux vérités que nous méditons, et comment nous devons le faire dans la suite.

– L’exercice de la volonté se remplit de deux manières :

– en provoquant en soi et en savourant l’élan amoureux;

– en se déterminant à des décisions personnelles.

Le sentiment amoureux doit sans doute être répandu dans toute la méditation : au moins, il doit être très fréquent puisque c’est lui qui fait de la méditation une vraie prière. On ne doit pas se mettre en peine de la manière de l’exprimer : le plus simple est le meilleur, puisque le moins replié sur soi.

Ce sentiment est celui de se sentir aimé de Dieu : cette certitude provoque une joie profonde, une allégresse qui peut aller jusqu’à faire pleurer, mais c’est une joie crucifiée : il s’y mêle une souffrance inséparable :

– celle d’aimer un peu, pas ou mal en retour Dieu et les autres;

– celle de percevoir un abîme entre soi et l’AMOUR ;

– celle de désirer, la peur au ventre, basculer dans le vertige de cet Amour infini, Absolu (désir de mourir).

Cette jouissance d’être aimé est en même temps une épreuve : plus l’objet aimé m’attire, plus je m’en éloigne ! Plus je vais tenter de m’unir à Lui, plus la distance se fait grande !

C’est une souffrance noble mais très douloureuse que de constater que nous sommes impuissants à aimer vraiment.

Enfin se déterminer à des décisions personnelles – ce qu’on appelait « prendre des résolutions » – : elles seront pratiques , propres à perfectionner notre vie , donc particulières , appropriées à notre état présent , susceptibles d’être mises à exécution le jour même , fondées sur des motifs solides, humbles , sans présumer de nos forces .

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s