Luc ferry dns le Figaro

Image

Luc Ferry

Publicités

« Le vin et le désir d’infini » article rédigé pour l’ouvrage collectif L’Amour du vin

6682-1549-CouvertureJ’ai rédigé un article intégré à l’ouvrage L’Amour du vin à la suite d’un colloque organisé par Jean-Robert Pitte.

Collection : CNRS Anthropologie
Parution : 24/01/2013
Auteur(s) : Sous la direction de Jean-Robert Pitte

Un sage chambertin qui évoque un sous-bois de feuillus un soir d’automne, un bandol qui nous fait sentir la garrigue chauffée par le soleil du Midi, un champagne qui nous rappelle un corps aimé. Il est peu de matières, d’aliments qui suscitent un tel émerveillement, une telle passion et qui sont aussi ancrés dans notre société.

Le vin fait partie de notre histoire, de notre civilisation et de notre culture. Face à la montée de la prohibition qui privilégie le principe de précaution plutôt que l’apprentissage d’une consommation responsable, il fallait revenir sur notre relation complexe et paradoxale au vin, sur ses origines, ses liens avec la religion, la santé, l’éducation, le politique… Et sur sa contribution éclatante au rayonnement de la France dans le monde.

L’oeil et l’oreille, la langue et la main

Luc I, 1-4

Luc, dans le début de son évangile, nous parle de « témoins oculaires », de « servants de la Parole » et d’écriture. Le lien entre ces trois données ne relève pas du hasard, ni du seul charme de la composition littéraire. Si vous avez des yeux pour voir et des oreilles pour entendre, oyez et voyez ce que nous donnons à voir et à entendre. Nous sommes servants de la Parole et Luc est maître en écriture et en enseignement.

Les témoins oculaires, c’est à dire ceux-là mêmes qui ont vu, dans sa chair d’homme, le Fils de l’Homme et le Fils de Dieu. Nous n’en sommes pas, mais nous sommes héritiers de leur témoignage. Beaucoup des contemporains qui ont vu, de leurs yeux vu, ce descendant de la famille royale de David ont vu comme s’ils ne voyaient pas, ainsi que le prophétisait le psaume : « Ils ont des yeux et ne voient pas… »

Il ne s’agit donc pas seulement de voir mais de regarder, c’est à dire d’appuyer son regard charnel et spirituel sur l’objet de notre attention, en nous libérant de tout ce qui peut entraver la chair de notre regard, c’est à dire l’excès de sensation ou de séduction. Nous sommes trop souvent prisonniers d’un regard pauvre parce que réducteur, enclosé dans l’étroitesse du champ de vision par les habitudes, la myopie spirituelle ou la presbytie. Question d’angle, de champ et de vivacité. On peut souffrir aussi d’être mal-voyant par manque de curiosité, faute d’acuité, exagération ou pauvreté de l’imaginaire. Il y a ceux qui voient le « cresson bleu » ou d’autres vert ! Vous le voyez, le regard est déjà interprétation.

Lire la suite

De la prière (III)

imagesQue fera Dieu dans l’oraison ?

Sur la part de Dieu dans une telle rencontre, nous avons quelques lumières par ses révélations dans la Bible, d’où on peut déduire ce qu’Il aime et ce qu’Il fait. Une autre connaissance nous vient de la longue Tradition des spirituels qui ont décrit leur oraison.

Nous ne pouvons pas nous placer du côté de Dieu et dire en détail : « Dieu va faire ceci ou cela ! » Il est DIEU, Il est suprême liberté, et son action nous déconcertera toujours par son ampleur ou par sa discrétion, et par l’humour de ses déclarations : « Vos voies, décidément ne sont pas mes voies ! »

Nous sommes donc obligés de parler davantage de notre part dans l’oraison que de celle de Dieu, ce qui risque de fausser la vérité même de l’oraison, car plus la part de Dieu y est grande, plus elle est oraison.

Comme c’est Dieu l’initiateur, l’acteur principal, Celui qui a l’initiative, il nous faut un certain courage – oui, du courage ! – car, à chaque fois, nous allons vers l’inconnu. L’inconnu d’un rendez-vous d’amour. Dans tous les amours, il y a les moments du courage, de l’effort de volonté, mais plus encore lorsqu’il s’agit de cette si mystérieuse relation qui se noue avec Dieu, un amour sans les yeux ni la voix, dans l’invisible, où les heures de sécheresse aride succèdent aux élans chaleureux.

Lire la suite