La sainte Famille

 images-1La fête liturgique de la sainte Famille est une fête moderne, puisqu’elle fut instituée par Léon XIII.

Dans les premiers siècles, la liturgie célébrait plutôt les grands évènements qui marquent les étapes de la Rédemption : Noël, Epiphanie, Pâques. Seule la curiosité populaire, qui s’exprimait dans les légendes des évangiles apocryphes, porta son attention sur la vie cachée de Jésus à Nazareth. La piété moderne a retrouvé d’instinct toutes les richesses de l’enseignement de cette vie cachée du Messie, à tel point qu’une nouvelle famille religieuse, les Petites Soeurs et les Petits Frères de Jésus, est née de l’héritage spirituel du Père de Foucauld et s’est donnée pour but d’imiter  « la vie de l’humble et pauvre ouvrier de Nazareth ».

Aucun de nous, bien sûr, n’a fait choix ni de sa famille, ni de sa race, ni de son milieu, ni de son éducation, ni même de la religion dans laquelle il a été éduqué. Cela est contenu dans le mystère de chacune de nos destinées et Dieu en est l’unique initiateur.

Mais voilà qu’au contraire pour Jésus, son état de vie a été l’objet d’un choix souverainement libre ! Ce fait est unique et l’on comprend de suite l’importance particulière qui y est attaché : Dieu a choisi pour son propre Fils sa famille, sa mère, son milieu social, son mode de subsistance, sa place dans une société humaine donnée. C’est donc qu’il y avait un amour de préférence de la part de Dieu pour cet état de vie choisi pour son Fils, et par son Fils, puisque leurs volontés étaient communes.

Il y a aussi, dans cette décision divine, une volonté de nous apprendre quelque chose par ce choix même. Et voici l’état de vie choisi par Dieu pour son Fils bien aimé : Jésus nait dans une famille modeste, mais d’origine noble, dans un village assez obscur. La famille de Nazareth n’est certes pas dans la pauvreté, qui n’est jamais un bien, mais elle vit dans une condition laborieuse. Le Fils de Dieu va disparaitre pendant trente ans parmi les hommes, en adoptant l’existence la plus commune, la plus éloignée des situations extrêmes qui auraient pû le faire remarquer.

Il n’est pas utile de chercher à imaginer ce que pouvait être ce niveau de vie par référence aux distinctions sociales et économiques actuelles. Les institutions et la mentalité israéliennes de cette époque étaient si foncièrement différentes de la nôtre que tout rapprochement ne pourrait être qu’artificiel et vain. Ce qui est certain c’est que l’état de vie choisi par Jésus, pour sa famille et lui-même, fut celui des gens modestes qui gagnent leur vire au jour le jour dans une entreprise artisanale par le travail manuel.Jésus était ouvrier artisan avec son père, et il n’échappe à aucune servitude de sa condition : fatigue du labeur physique, perception du salaire, exigences des clients, injustices sociales propres à son époque, journées sans travail et toutes ces difficultés quotidiennes qui sont le lot des travailleurs de tous les temps, de toutes les époques et de tous les pays.

Aux yeux des siens et de ses concitoyens, c’étaient les gestes et les peines les plus quotidiennes qui remplissaient son existence toute simple et tout ordinaire.Une vie toute banale, comme la nôtre ? Oui, dans son aspect extérieur.C’est un ensevelissement dans l’obscurité, mais non pas un retrait de la société et des hommes de son temps. Au contraire, une immersion dans la vie.Ce n’est pas en s’isolant des hommes que Jésus mena cette vie cachée, mais, tout au contraire, c’est en se mêlant le plus possible à eux, en se perdant au mileu d’eux comme levain dans la pâte, que Jésus cache sa véritable personnalité. Un homme bien présent au monde, à ce monde dont il vivait déja toutes les peurs, les inquiétudes et les angoisses. Tel est un des aspects essentiels de la vie de Jésus à Nazareth : vie humble, familiale et laborieuse.

« Il descendit avec eux et alla à Nazareth, et il leur était soumis. »

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Le Noël de Don Juan

 imagesDon Juan sortit de l’auberge illuminée où il avait chaudement savoureusement soupé. La servante, heureuse des pourboires et des œillades du beau voyageur, le suivit jusqu’à la porte, et malgré la nuit et le froid, de bout sur le seuil clair qui se découpait, rose, dans l’ombre, le regarda longuement s’éloigner dans la rue blanchie de neige. Il marchait lentement, et flânait comme s’il n’avait pas eu froid, vêtus de couleurs sombres et veloutées, et tout noir sur le décor blanc, il s’en allait, souple, vers ses aventures nouvelles, félin d’une espèce rare, laid ou beau, on ne savait pas, mais de telle sorte que les rêves des femmes et des filles s’accrochaient à lui invisiblement et le paraient de magie; il était le porteur des illusions, des folies, des sortilèges, des joies et des désastres, le « faiseur de souvenirs » comme il y a des faiseurs de tours. Et, de tous ces souvenirs passés et futurs il était paré, habillé, illuminé, à tous les yeux des amoureuses; il avait l’air innocent d’un chat qui s’étire au bord d’un toit nocturne, ou d’un enfant qui met le feu sans le savoir; et aussi à son aise sous tant d’amour que le ramoneur sous sa suie et sa fumée, étant un jeune homme nommé Don Juan, comme un autre peut s’appeler Pierre et ne sachant pas encore qu’il serait ce don Juan.

             Il suivait les rues éclairées par les boutiques et les fenêtres dont on n’avait pas poussé les volets. Car c’était fête et dans toutes les demeures on attendait les cloches et la Messe de minuit et on préparait le réveillon. Certains marchands avaient allumé des globes colorés et des  chandelles  à  leurs  étalages  pour offrir une suprême tentation aux acheteurs nocturnes par leurs friandises, leurs sucreries de toutes les couleurs et leurs jouets, leurs petits Jésus de cire rose souriant  dans des crèches, des bœufs et des a^nes de bois peints se pressaient près des poupées savoyardes. Les bijoutiers montraient leurs chaînes d’or, leurs montres, leurs colliers, leurs bagues modestes, et les pâtissiers, et les marchands de fromages et de charcuterie offraient des succulences variées.

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Et si c’était vrai Noël ?

 

imagesJe pose cette question dans cette Nuit de la Nativité, à celles et à ceux que nous avons la joie secrète d’accueillir une fois – ou deux ? – par an.

Je les admire ces femmes et ces hommes qui ne font pas partie du peuple visible des dimanches ordinaires parce qu’au moins une fois par an ils acceptent le risque de se laisser émouvoir dans leur scepticisme : le sourire de Dieu par les yeux d’un Enfant se pose sur leur regard.Discrètement, humblement. Et la question tressaille à nouveau, une nouvelle fois, une fois encore : «  si c’était vrai ? »

Si c’était vrai que le monde et l’humanité ne soient pas nés par hasard ?

       Qu’une Intelligence et une Liberté créatrice , un Coeur créateur aient voulu une humaine créature, participant à la Beauté de l’Intelligence, de la Liberté et de la puissance Amoureuse de Dieu ?

             Si c’était vrai que le Dieu transcendant, glorieux, plein de puissance et de magnificence, que chantent les chrétiens le dimanche, soit aussi, en même temps, au-delà des apparences, ce Nouveau Né si pauvre, si dépendant, si vulnérable, si humble, si petit que, selon toutes les lois de la raison et de la vraisemblance, nous n’aurions jamais du en entendre parler ?

       Le Fils de Dieu, ce petit bout d’homme ?

       Dieu ne nous regarde pas de haut, parce qu’on ne peut regarder de haut quelqu’un à qui l’on dit : « Je t’aime. »

      Noël, c’est l’aveu répété de Dieu, d’un Dieu toujours amoureux de l’homme qui, patiemment, à chacune et à chacun d’entre nous murmure sans s’imposer : « Oui, je t’aime … »

     On ne peut pas dire « je t’aime » et « je veux être indépendant de toi ». Ceci annule cela. Quand on aime, on accepte de dépendre. Noël, c’est le mystère de la dépendance de Dieu.

     Toute forme d’amour humain peut nous dire quelque chose de l’amour divin :

     « Si l’amour humain peut conduire à l’amour divin, c’est qu’il en est une manifestation, même s’il n’a guère encore conscience de sa noblesse et s’il ne sait pas qu’il devra être transfiguré. »

   C’est pourquoi il nous est permis, cette nuit, d’inviter l’amoureux, ou l’épouse ou l’époux, ou l’ami, à entendre comment bat le meilleur de son coeur : il entendra en écho le battement du coeur de Dieu.

Le secret de la Visitation

imagesHomélie du 4eme dimanche de l’Avent

Luc I,39-45

Zacharie, le mari d’Elizabeth, prêtre au Temple de Jérusalem, a été mis au secret par la puissance d’un envoyé de Dieu lui annonçant la naissance inespérée d’un fils.

Oui, Elizabeth, la stérile, avancée en âge, qui avait porté longuement et si lourdement le secret honteux de sa stérilité, allait enfanter ! Un défi de Dieu !Mais qui passait par le secret obligé du géniteur charnel.

Secret, silence, épreuve de Zacharie qui a douté.

Elizabeth, elle, se cache pendant cinq mois dès qu’elle connait le secret de la conception exceptionnelle qui est en elle.

Dans la scène de la visitation de Marie à sa cousine, Luc nous donne à contempler deux personnages visibles : Elizabeth et Marie. Deux autres personnages sont cachés, encore secrets, invisibles, dans leur béatitude intra-utérine : Jean et Jésus.

Mais trois autres PERSONNES sont là, présentes, secrètes et invisibles :

Celui qui engendre : Dieu !

Celui qui est engendré : Dieu !

Celui qui est la « semence du Christ, c’est à dire l’Esprit de Dieu » : Dieu Lui-même !Toujours Dieu !

C’est bien Lui, le Souffle du Père au Fils, l’Esprit qui inspire Marie et fait tressaillir Jean, tout petit, embryonnaire, invisible, caché mais qui entend les salutations de Marie à sa mère.

Celui qui engendre, Dieu et Père, est là comme Présence invisible en tant que puissance d’engendrement, initiateur et Créateur. Il est secret mais signifié : le signe de sa Présence est son embryion de Fils, mystérieusement enfoui dans les entrailles d’une Vierge. Le secret du Père, c’est son Fils.

Celui qui est engendré, Dieu et Fils, est là comme Présence invisible en tant que Verbe incarné, encore caché dans la lente germination de la gestation qui précède la parturition. Le secret de Marie, c’est la présence en elle de ce Fils, et c’est pourquoi elle vient enfin partager ce secret joyeux avec Elizabeth qui, seule, parmi les humaines personnes, peut recevoir et porter avec elle cet immense et glorieux secret. Le secret du Fils, c’est son Père, l’origine unique et divine.

Celui qui est le Souffle du Père et du Fils, l’Esprit Saint, inspire Marie, lui souffle les paroles de la salutation, fait tressaillir le petit Jean et remplit sa mère d’une onde de Joie qui éclate en action de grâces:

« Bienheureuse celle qui a cru à l’accomplissement de la Parole ! »

L’Esprit Saint est la communication amoureuse du Père et du Fils. L’Esprit est LE secret de Dieu, invisible et présent !

Le sursaut du secret divin passe par ces personnes saintes et inspirées ; il est déja la parturition prophétique : le tressaillement, signe de l’action de l’Esprit et de sa fécondité.

Le Fils

9782848981338Extrait du livre « A la rencontre de Jesus -Christ »

Ce qui m’impressionne dans la lecture du récit des pèlerins d’Emmaüs selon Luc, c’est sa manière de parler du Fils ressuscité : il le désigne en disant « lui-même » et en prenant trois initiatives. C’est Lui-même qui s’approche des pèlerins : bien que présent, il reste un absent pour ceux qui sont près de lui : les femmes ont dit que les anges ont dit de Lui-même «  – Il est vivant ! » mais les disciples ne l’ont pas vu, Lui-même. Résultat de cette première initiative : Il est là, Lui, mais n’est pas comme étant Lui.

                Deuxième initiative : Lui prend la parole pour expliquer que les Ecritures parlent de Lui. Troisième initiative : Lui-même veut aller plus loin, poursuivre son chemin mais Il répond à leur invitation en demeurant avec eux : Lui-même est à table et rompt le pain. Résultat global pour ces trois initiatives : Lui-même est enfin reconnu vraiment comme étant Lui. Et c’est ainsi que Lui-même est triplement connu : comme présent, comme Ecriture et Parole vivante, incarnée et comme Signe dans le geste du Pain rompu. Mais c’est lorsqu’Il devient Présent, présent de sa Présence à Lui, et enfin connu comme Lui, que Lui-même devient absent : impossessibilité de cette Présence ! Le récit de Luc veut insister sur ce fait, soulignant des initiatives du Fils ressuscité et leur non-réception, ou bien, au contraire, leur réception par ceux auxquels Il apparaît : tant que, de bien des manières, Il était présent sur leur chemin, Il restait pourtant absent et maintenant que ce qui les empêchait de Le reconnaître Lui, dan sa vérité divine et humaine vivante, a cessé, maintenant que Lui est là, Il est absent . Au moment où ils peuvent dire «  – C’est lui ! » , Lui n’est plus là. Autrement dit, tant qu’Il est présent, il reste absent, tout en faisant un bout de chemin d’une triple manière avec eux, tout en prenant ces trois initiatives qui opèrent une triple rencontre. Maintenant qu’Il est redevenu présent, non seulement sur leur route mais dans leur cœur, voici que présent dans leur vie, dans leurs personnes, Il est absent de leur route et qu’ils vont aller retrouver les autres pour rendre compte de ce nouveau mode de présence, plein d’initiatives, en se disant les aux autres : «  – Il est vraiment ressuscité ! »

              Luc veut conduire ses lecteurs à reconnaître que le Fils ressuscité est bien le Fils déjà connu des disciples avant sa mort, au cours de son ministère terrestre, et à découvrir que, s’Il est bien le même dans son identité, Il n ‘est plus le même dans sa réalité. Il est vraiment Lui-même parce qu’Il n’est plus le même : c’est bien Lui, parce qu’Il a changé, parce qu’Il est Autre. Il est maintenant devenu cet Autre qui était déjà annoncé par la Transfiguration, en soulignant : «  l’aspect de sa personne devint autre ». Le Fils n’est pleinement Lui-même qu’en faisant réaliser à ceux qui le voient qu’ Il est Autre : Il ne se donne pas seulement à voir à ses disciples, Il veut se montrer comme étant vraiment Lui-même, parce qu’Il est Autre, c’est à dire Dieu.

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