La veuve de Sarepta

Homélie 32 ème dimanche du temps ordinaire

La liturgie d’aujourd’hui nous invite à voir comme Dieu voit, à épouser le regard de Jésus, à vivre comme Jésus vit. Non pas dans un éblouissement devant un spectacle sublime ou une action d’éclat, mais, au-delà des apparences, dans le geste de deux veuves où Jésus reconnaît une préfiguration de l’accomplissement de sa mission et du salut qu’il nous annonce.

La veuve de Sarepta ne se replie pas dans son dénuement : elle donne à boire à Elie. Elle n’anticipe pas sur l’appel de Dieu. Elle répond humblement par la confiance  à la parole d’espérance du prophète : elle lui donne le peu qui lui reste pour manger une dernière fois, elle et son fils, et mourir ensuite de faim. Ayant été amenée de pauvreté en pauvreté à tout donner, son don devient inépuisable… Ce récit nous rappelle la promesse de Dieu à ceux qui lui obéissent sans réserve en lui faisant confiance. Nul doute que Jésus ait trouvé dans la méditation de cette humble et radicale confiance  en la Parole de Dieu une préfiguration de son obéissance au Père et des fruits de l’Esprit qui devait en découler pour son Eglise naissante : ‘jarre de farine point ne s’épuisera, vase d’huile point ne se videra’…

Jésus, après son entrée à Jérusalem le jour des Rameaux, se heurte de plus en plus aux responsables religieux. Il sait qu’ils ne l’accueilleront plus et que se profile l’heure de sa condamnation. Il s’assied face aux troncs, placés dans le parvis des femmes, où affluent les pèlerins de pâque soucieux d’apporter leur contribution pour achever de payer la toute neuve reconstruction du Temple. Il regarde les gens déposer de l’argent dans le tronc. Ce qui chez nous serait une indiscrétion inconvenante – car notre regard risque de chosifier un geste intime de générosité – devient pour le regard de Jésus une révélation de la qualité de la personne et de sa relation à Dieu. Car l’homme regarde l’apparence mais Dieu regarde le cœur. Certains se pavanent avec l’argent sale dévoré aux biens des veuves, mais de nombreux autres font l’humble offrande qui exprime leur foi en la présence de Dieu dans son Temple.

La veuve que Jésus regarde mettre en offrande pour le Temple tout ce qu’elle avait pour vivre exprime  la remise totale d’elle-même à Dieu. Jésus, qui se déclare le plus petit dans le Royaume de Dieu, souligne ce geste d’abandon à la volonté de Dieu dans lequel il se reconnaît : lui qui, selon l’épître aux Hébreux, ‘s’offrira une fois pour toutes’ jusqu’à la mort dans une totale confiance au Père pour enlever les péchés de la multitude.

Le regard de Jésus ne va pas à la quantité des dons de ceux qui affichent leur générosité mais à la qualité du don, souvent caché, qui seul nous conduit à la confiance qui obtient tout du Père.

Confiance en Dieu et don total s’appellent et se répondent. Chaque fois que nous lésinons sur le don de nous-mêmes à Dieu et aux autres c’est l’indice d’un tiédissement de notre confiance en Dieu et dans les autres. Bien sûr le don total signifie à vue humaine à la fois  mort et accomplissement. C’est le péché qui nous présente uniquement la face obscure de la mort. Et aucun d’entre nous ne désire mourir. Jésus ne nous pousse pas vers la mort. Il nous entraîne vers l’accomplissement de la vie dans la confiance.

Notre confiance est tâtonnante, semée d’obscurités et de questionnement, bien loin d’une certitude arrogante. Jésus le sait bien qui connaîtra l’angoisse à Gethsémani. Il espère et suscite notre confiance comme un acte de foi sans cesse renouvelé, une lumière renaissant sans cesse des ténèbres qui nous menacent. Peu à peu nous entrerons dans ‘ce don inépuisable des mains vides’ auquel le Seigneur nous appelle, que chanta Thérèse de Lisieux au milieu de ses ténèbres et que vivifie la Pâque du Christ. C’est pour cela que  Jésus se donne une fois pour toutes jusqu’à la mort : pour nous proposer de mourir avec lui dans la même confiance en Dieu ; pour passer avec lui dans le monde du don réciproque sans fin qu’est la Vie éternelle en la Trinité.

En Jésus Dieu s’est fait pauvre afin de nous enrichir… de  sa pauvreté : la désappropriation par amour, la vraie Vie à laquelle il nous appelle et dont nos actes d’amour présents sont l’apprentissage balbutiant.

Dans cette eucharistie nous communions au mystère pascal de Jésus, à sa mort et sa résurrection. Recevons ce viatique que nous donne l’humble Esprit d’Amour, dans  lequel nous nous donnons avec confiance, jour après jour, avec Jésus et tous les saints, à notre Père et à nos frères. Amen !

 

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