Fonds de dotation soeur Marguerite

Soeur Marguerite,

Jacques Séguéla, membres fondateurs,

le Père Alain de La Morandais, Président,

Jérémie de Lacharrière, vice-président,

Pierre Chausse, trésorier,

vous invitent à bloquer dans vos agendas 2013, le vendredi 8 février à 20hoo, pour une soirée de gala au profit du fonds de dotation soeur Marguerite à l’hôtel de la Chancellerie de la Légion d’Honneur.

 

« Amour », un film dont le message perfide est terrifiant : on peut tuer par amour !

L’histoire de ce couple de vieillards a d’abord des allures idéales puisque l’époux se présente comme un ange aux petits soins pour son épouse grabataire, condamnée à une humiliante dépendance par l’hémiplégie. Rien ne nous est épargné ni par la lenteur, ni par le prosaïque quotidien, jusqu’à deviner la moiteur et la puanteur supportée par ce garde-malade admirable, joué par un Trintignant exceptionnel, qui, finalement, comme il aurait fait l’amour avec sa conjointe, l’étouffe et la tue.

 Un film en faveur de l’euthanasie, qui se garde bien de nous faire découvrir l’existence des soins palliatifs, meilleur ennemi de la souffrance que la froide patience de l’époux.

Comme le débat public va probablement prendre le relais de celui sur le « mariage pour tous », il sera bon de rappeler déjà quelques éléments de réflexion. Actuellement le cadre législatif est le suivant : la loi Léonetti, votée en 2005, permet un accompagnement du patient en situation incurable. Elle proscrit l’acharnement thérapeutique, autorise l’arrêt des traitements quand le patient le demande et permet le soulagement de la douleur par des sédatifs, au risque d’entraîner la mort et instaure la possibilité de rédiger des directives anticipées.

Dans le programme de M. Hollande pour la campagne présidentielle, la proposition 21 précisait : « Je proposerai que toute personne majeure en phase avancée ou terminale d’une maladie incurable, provoquant une souffrance physique ou psychique insupportable, et qui ne peut être apaisée, puisse demander, dans des conditions précises et strictes, à bénéficier d’une assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité. »

« Clair obscur » de Grégory Turpin

« Il est courant de trouver des témoignages de convertis qui après une vie d’errance sont rejoints par l’amour de Dieu au point que cette révélation change définitivement leur vie. Goûter un jour cet amour fulgurant suffirait à placer durablement ceux qui en ont fait l’expérience sur le chemin de la sainteté. Pour Grégory Turpin, ce fut plus compliqué. C’est l’originalité de son récit qui témoigne de la brûlure que peut être la foi au cœur d’un jeune homme qui cherche sa vocation.

Né dans un milieu simple et déchristianisé de l’Ariège, Grégory est frappé par la foi au cours d’une célébration de vénération des reliques de sainte Thérèse à laquelle il participe par hasard. Le choc est si fort que, dès ses dix-huit ans atteints, il entre au Carmel pour assouvir la passion mystique qui l’anime malgré l’incompréhension des siens. Hélas, sa santé ne suit pas l’exaltation et, déchiré, il doit quitter le Carmel après un an de noviciat. Viennent alors le néant et la nuit de la foi. Gregory n’aura de cesse de rechercher l’intensité qui l’a quitté à travers les paradis artificiels : les sirènes de la vie nocturne dont il devient trop rapidement l’une des stars, la drogue dure, l’argent qui coule à flot. Le don musical qui lui servait à louer Dieu au fond du couvent devient l’instrument de sa perte – Seigneur, pourquoi m’as-Tu abandonné – jusqu’à la tentation du suicide.

Pourtant ce récit poignant du jeune artiste est un chant d’espoir et une chronique spirituelle très fine de notre époque qui meurt d’avoir perdu toute spiritualité. C’est au creux de sa nuit que le Seigneur a rejoint Grégory par l’intercession des saints du Carmel et que la véritable conversion a eu lieu. En acceptant la réalité simple de sa vie, le jeune chanteur, nous livre son quotidien fait d’oraison et d’action de grâce. Sa vie a reprise sens grâce à son apostolat auprès des jeunes et à sa musique qui transmet à tant d’inconnus le goût de croire. Grégory témoigne que « Dieu écrit droit avec des lignes courbes » et qu’il est toujours possible de retrouver la joie. »

Jean-René Higuenin : Une autre jeunesse

Résumé

L’ouvrage témoigne des combats menés, des prises de position de l’auteur sur le nouveau roman, la jeunesse, le cinéma ou encore la critique littéraire. Auteur remarqué d’un premier roman«La côte sauvage», il disparut accidentellement en 1962.

Quatrième de couverture

«Jeunes, nous détestons notre temps, nous brûlons de le transformer, sans prévoir qu’un jour, de nos yeux éblouis par le regret et prêts à se fermer, nous croirons enfin le voir tel que nous le rêvons.» Idéaliste, Jean-René Huguenin n’aura brûlé que le temps de sa flamboyante jeunesse, criant ses révoltes, ses enthousiasmes et ses refus à un monde désenchanté. Une vie faite de combats, dans un monde où la réalité matérielle est devenue la muse du Nouveau Roman, où la jeunesse est désabusée et le cinéma trop érotique. Ces écrits sont le dernier témoignage laissé par une sensibilité tragique, porte-drapeau de toute une jeunesse.

Christ-Roi

     Dans l’ancien Orient, l’institution royale se reliait toujours intimement à la conception de la royauté divine, commune aux diverses civilisations de ce temps là. C’était une institution sacrée qui, à divers degrés, appartenait à la sphère du divin.

         Chef militaire et civil, le Roi était aussi le Grand Prêtre de la Cité. Cette fonction faisait de son titulaire le médiateur né entre les dieux et les hommes : il assurait aux hommes la justice, la victoire et la paix, et c’est par lui que venaient aussi les bénédictions divines sous la forme de la fertilité de la terre et de la fécondité humaine et animale. Tel est l’arrière-plan sur le lequel se détache, originale, la révélation biblique.

          Original par rapport à l’environnement culturel ? Oui. Dès les origines, en Israël, la royauté comme institution temporelle se détache de la sphère du divin. La royauté n’appartient pas aux institutions les plus fondamentales du peuple de Dieu : c’est Yahwe-Dieu qui règne sur Israël, en vertu de l’ Alliance, mais aucun roi huma in n’incarne sa présence au milieu de son peuple. Personnage sacré, dont il faut respecter l’onction, le roi reste soumis autant que les autres hommes aux exigences de la Loi et de l’ Alliance, comme les prophètes ne manquent pas de lui rappeler. Longtemps après la gloire du roi David, soutenu par les prophètes et loué par les historiens, et celle plus équivoque de Salomon, plusieurs prophètes jugeront désastreuse l’expérience royale d’un point de vue purement religieux. Osée en annonce la fin et Jérémie envisageait l’abaissement de la dynastie de David.

           Au temps où Jésus naquit et vécut sa vie publique, certes l’attente du Roi de la fin des temps est ardente dans le peuple juif mais elle revêt un caractère très ambigu par son côté politique accentué : on attend du Roi messie qu’il libère Israël de l’oppression étrangère. Le message de Jésus se dépouillera radicalement de ses résonances politiques, au désespoir de ses propres amis. Jésus était-il roi ? Pas dans le sens humain, trop humain, où son entourage aurait voulu l’entendre. Il n’a cessé de chasser ce malentendu désastreux. Durant son ministère public, il ne cède jamais à l’enthousiasme messianique des foules; il ne s’oppose ni à l’autorité d’ Hérode, ni à celle de l’empereur romain, à qui le tribut est dû : sa mission est d’un autre ordre.

             Lorsqu’après la multiplication des pains la foule veut venir l’enlever pour le faire roi, il s’esquive. Pourtant …pourtant, une fois, une seule, il se prêtera à une manifestation publique lors de son entrée triomphale à Jérusalem : se montrant dans un humble appareil , chevauchant un ânon, selon l’oracle de Zacharie, il se laisse acclamer comme Roi d’Israël. Pourquoi ? Parce qu’il sait que ce succès même hâtera l’heure de sa Passion. Durant son procès religieux, l’interrogatoire porte sur sa qualité de Messie et de fils de Dieu. Mais dans son procès civil, devant Pilate, c’est sa « royauté » qui est en cause. «  – Es-tu le roi des Juifs ? », demande Pilate. Jésus ne renie pas ce titre mais il précise tout de suite que « son royaume n’est pas de ce monde », de telle sorte qu’il n’est pas le rival de César. Et Pilate semble bien avoir compris que cet homme-là n’était pas un concurrent, un politique.

             Les autorités juives, dans leur aveuglement, et face à la menace qu’elles ressentaient bien, elles, contre leur pouvoir religieux, en vinrent à reconnaître à César un pouvoir politique exclusif.                « Tout le monde l’avait trouvé trop grand

                                 Ca se voyait trop qu’il était le Fils de Dieu! »

                                 (Charles Péguy)

Christian Bobin : L’homme-joie

Résumé

Quinze récits tracent le portrait d’être aimés, parlent de rencontres, de figures emblématiques, de visions. De courts paragraphes, parfois écrits à la main, ainsi qu’une lettre à la femme aimée et perdue, viennent s’intercaler entre les textes.

Quatrième de couverture

J’ai rêvé d’un livre qu’on ouvrirait comme on pousse la grille d’un jardin abandonné

Les anges ou l’invisible

Homélie 33 ème dimanche du temps ordinaire

Nos yeux nous donnent à voir, c’est-à-dire percevoir, ce que nos cinq sens nous permettent de connaître par la vue, le toucher, le goût, l’odorat et l’ouïe.

La Bible nous révèle que Dieu, nul ne l’a jamais vu et que nul ne peut le voir sans mourir. Et pourtant toute la Révélation a pour but de nous donner à voir que, tout invisible qu’Il soit, Dieu s’est fait connaître. S’il est vrai que Dieu peut être connu par l’homme, en demeurant l’invisible, cela veut dire au moins que la connaissance sensible n’est pas la médiation appropriée pour connaître Dieu.

Au sens strict, croire ce n’est pas voir grâce aux médiations sensibles, charnelles. Si nous voyons un être de nos yeux de chair, nous n’avons pas besoin d’y croire puisque la vue semble nous suffire pour être convaincu d’une évidence, encore que l’expérience visuelle a souvent besoin d’être complétée par celle du toucher, ou celle du goût, de l’odorat et de l’oreille.

Jésus, après sa Résurrection, fait toucher son corps, mange avec ses amis, donne des preuves expérimentales pour dissiper ce qui risquerait fort d’être interprété comme une illusion d’optique ou auditive.

Venu de l’invisible par excellence, qui est le Père, le Christ est passé par la condition humaine totale – de l’amour à la mort ! – puis a traversé les frontières ténébreuses de la Mort pour reparaître dans une forme corporelle à la fois identique et différente, et finalement retourner définitivement à l’invisible. Itinéraire unique, complètement original, inimitable et exclusif, dans toute l’histoire de l’humanité.

Le Père, personne ne l’a vu hormis le Fils. L’ Esprit Saint, personne n’a jamais affirmé en avoir eu une apparition. Le Fils apparaît, se rend présent corporellement, sensiblement, soit officiellement, c’est-à-dire au collège des disciples pour fonder l’Eglise, soit de façon privée ; de manière subite, ou bien par lente découverte.

Nous, aujourd’hui, nous n’avons ni vu, ni touché le Ressuscité. Nous croyons sur le témoignage de celles et ceux qui ont vu, par la médiation historique d’une Eglise qui, deux mille ans après, dure toujours et continue de témoigner. Nous croyons grâce à ces signes de crédibilité. Christ et aujourd’hui pour toutes et pour tous de l’ordre de l’invisible : les chrétiens affirment croire en Lui. Il se rend présent par son Eglise et par ses saints, par sa Parole et par ses sacrements : visibilia. Par le visible à l’invisible.

Le Père, le Fils et l’Esprit sont-ils les seuls êtres invisibles de l’univers invisible ? Il semblerait que non puisque la Bible et la Tradition nous parlent des anges : le fait est là, que cela nous indiffère, nous gêne ou nous réjouisse.

« Ange » vient du mot grec angelos qui signifie « messager ». C’est un mot qui indique donc une fonction, et non pas  une nature. Le Credo – ou symbole de Nicée – ne propose pas directement les anges comme objets de notre foi, quoi qu’ils puissent être compris dans les invisibilia.

Si nous croyons au Père, au Fils et à l’Esprit, qui nous demeurent invisibles, dans la même suite logique, le fait de l’invisibilité des anges ne parait pas un argument suffisant pour nier leur existence, sinon il faut renoncer, dans le même mouvement intellectuel, à affirmer l’existence des Personnes de la Trinité.

Dans le langage de l’Ancien Testament, très tributaire des mythologies orientales, et notamment de la Perse, les anges sont les puissances qui veillent sur les hommes, qui présentent à Dieu leurs prières, qui président aux destinées des nations, voire qui expliquent aux prophètes leurs visions. Ce sont des médiateurs, des intermédiaires entre la souveraine et invisible majesté de Dieu et l’humanité.

Habitant une Lumière inaccessible, Dieu ne peut laisser voir sa face. Les hommes donc ne peuvent qu’en apercevoir un mystérieux reflet. Les anges sont le symbole de cette lumineuse et aveuglante réfraction divine. Plus proches des qualités divines que les hommes, les anges sont un mode de présence de Dieu dans sa création, partout, sous quelque forme que ce soit, où se manifeste la Bonté, l’Unité, la Vérité et la Beauté  participant à la perfection divine.

Prenant parfois apparence humaine pour transmettre le message divin, les anges ne sont pas soumis aux pesanteurs de nos lois physiques, et c’est pourquoi l’iconographie, s’inspirant des « victoires » du monde païen, les affuble d’ailes, manière d’indiquer une liberté supérieure à celle des humains.

Depuis sa naissance jusqu’à sa Résurrection, le Nouveau Testament entoure la vie terrestre du Christ de présences angéliques, ce qui est une façon de souligner sans contestation possible la nature éminente de sa transcendance divine.

Vous ne croyez pas aux anges ? Ils ne sont pas explicitement objets de foi dans le Credo. Rien ne nous dit, dans l’Ecriture, que vous serez jugés là-dessus. Vous sentez-vous les héritiers, sans bénéfice d’inventaire, les héritiers intégraux de la foi intégrale historique de l’Eglise ? Alors, il vous est nécessaire de savoir que le IV ème Concile du Latran (1215), dont l’enseignement a été repris par le Concile Vatican I, définit que les anges existent et qu’il affirme comme « vérité de foi » qu’ils sont des créatures de Dieu, envoyés pour secourir les hommes.

Ceci dit, pas plus que vos voisins plus sceptiques, vous ne serez jugés sur ce point.

Mais vous, qui réduisez le réel au visible, méfiez vous ! L’invisible vous jugera.

L’invisible ? C’est-à-dire la partie cachée, honteuse, peu aimable de ce que nous ne voulons pas voir. L’invisible peut être notre misère cachée, cela que nous occultons pour l’honneur de paraître.

L’ange est aussi la part invisible de nous-mêmes : ténébreuse ou lumineuse. Perverse ou sublime. Les tordus, les boiteux, les névrosés, les névropathes, les drogués, les chômeurs, les pédés, tous les exclus ont leur côté invisible, leur moitié angélique : celle que nous ne voulons pas voir, que nous fuyons. C’est elle qui nous jugera.

 

L’ermite , le chat noir et le goéland

                    Dans son pèlerinage breton, après St Pol de Léon, l’ermite fit halte sur l’île de Kalhot, dans une petite baraque de pêcheur, au bord d’une petite crique où dansait l’océan. Seul avec ce porteur d’infini qui avait bercé son enfance et dont le ressac des flots sur le sable lui laissait en souvenir comme une écume de nostalgie. Ce n’était pas les silences sifflants et soyeux des Cévennes mais celui, tonique et iodé, porté par le vent du large, tantôt berceur mais plus souvent hurlant et menaçant. Cet été là tout était en gloire solaire dans le grand bleu des cieux et la violence se nichait ailleurs.

                  L’ami prêteur du logement était un artiste peintre connu et reconnu, qui lui avait laissé provision de papiers et de fusains afin que son hôte s’exerça au dessin. Frère Grégoire, fasciné par la silhouette des mouettes qui volaient en rase motte  au-dessus de sa tête, scribouilla des mouvements d’ailes, puis des petits arcs de crânes et de becs et enfin des pattes, soit repliées pour le vol, soit desserrant leurs serres pour saisir au ras des flots. Frère Grégoire avait d’abord cru que cet oiseau se nourrissait exclusivement de poissons mais la patience de ses observations lui fit noter qu’il n’en était rien puisque le volatile, au cri perçant, n’hésitait pas à fouiller largement les poubelles. Encore un dictionnaire pris en faute :

              « Oiseau palmipède piscivore … »

mais livrant aussi un bout de vérité : « blanc, à plumage dorsal gris », puisqu’il l’avait pris pour une mouette qui, elle, est plus petite et entièrement blanche. Le goéland donc de Frère Grégoire, qui posait pour lui sans le savoir, avait l’habitude de se poser sur le conduit extérieur au-dessus du toit qu’il souillait de ses excréments blanchâtres, semés de pointes noires. Plutôt ému par son élégance originale, le goéland avait fini par irriter l’ermite par ses criaillements et surtout sa voracité de prédateur, ce qui n’empêchait pas l’apprenti de le traquer par le fusain, sur le papier et même dans ses songes marins. Sur le toit, pourtant il continuait son tapage malgré les jets de galets maladroits que le Frère essayait de lui jeter pour le dégoûter de son habitacle, tout en ayant la cruelle tentation de se fabriquer une fronde.

            Ce jour-là, le soleil était à peu près au zénith, lorsque Grégoire, assis sur l’herbe encore verte, dos à l’océan, observant l’oiseau piétinant l’embout de  la cheminée, fut saisi par une scène à la fois si réaliste et si symbolique. Le chat noir du voisin s’étant glissé à l’intérieur du conduit de la cheminée, venait de lâcher ses griffes blanches sur les pattes du goéland pour l’empêcher de s’envoler et s’agripper a son ventre blanc dont les plumes commençaient à voleter dans le vent. La bataille fit rage, le blanc s’emmêlant dans le noir et le noir dans le blanc. Grégoire pensa au combat de Jacob contre l’ange, tout en voyant bien que si Lumières et Ténèbres faisaient partie clairement de la figuration, ces animaux ne participaient pas pour autant au dualisme réducteur qui sépare les mondes en tout bons et tout méchants. N’ayant peut-être pas la tête assez philosophique ou théologique, l’ermite se rappela que l’éminent peintre, qui lui avait accordé son hospitalité sans souci aucun de religion, lui avait fait remarquer que ni le noir, ni le blanc n’étaient des couleurs :

                  – J’ai compris ce qui manque dans ce furieux combat, là-haut, si loin des cieux !

               Alors appuyant mieux son regard sur la bataille éprouvant le toit de son petit monde, il surprit enfin, au milieu du tourniquet des plumes blanches et des poils noirs arrachés au félin, sur le ventre du goéland, alors qu’il n’y avait encore ni vainqueur ni vaincu, le prix de l’empoignade et sans doute de la victoire annoncée : ce qui aurait manqué au tableau, quelques gouttes de sang.

La veuve de Sarepta

Homélie 32 ème dimanche du temps ordinaire

La liturgie d’aujourd’hui nous invite à voir comme Dieu voit, à épouser le regard de Jésus, à vivre comme Jésus vit. Non pas dans un éblouissement devant un spectacle sublime ou une action d’éclat, mais, au-delà des apparences, dans le geste de deux veuves où Jésus reconnaît une préfiguration de l’accomplissement de sa mission et du salut qu’il nous annonce.

La veuve de Sarepta ne se replie pas dans son dénuement : elle donne à boire à Elie. Elle n’anticipe pas sur l’appel de Dieu. Elle répond humblement par la confiance  à la parole d’espérance du prophète : elle lui donne le peu qui lui reste pour manger une dernière fois, elle et son fils, et mourir ensuite de faim. Ayant été amenée de pauvreté en pauvreté à tout donner, son don devient inépuisable… Ce récit nous rappelle la promesse de Dieu à ceux qui lui obéissent sans réserve en lui faisant confiance. Nul doute que Jésus ait trouvé dans la méditation de cette humble et radicale confiance  en la Parole de Dieu une préfiguration de son obéissance au Père et des fruits de l’Esprit qui devait en découler pour son Eglise naissante : ‘jarre de farine point ne s’épuisera, vase d’huile point ne se videra’…

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