Après Vatican II : sept signes cliniques de la crise dans les Eglises occidentales

Dès l’ouverture du Concile Vatican II, le 11 octobre 1962, étudiant séminariste à Rome, je voyais notre Séminaire Pontifical Français bruisser de la présence d’une cinquantaine d’évêques de France et nous écoutions avidement quelques grands ténors de la Théologie, tels que de Lubac, Congar, Chenu, Hans Kung, Rhaner ou des témoins « prophétiques » de l’ « Eglise des pauvres » comme Dom Helder Camara, Soeur Madeleine, fondatrice des Petites Soeurs de Charles de Foucauld ou le Père Voillaume. L’Espérance nous faisait palpiter et qu’en est-il cinquante plus tard ? L’Espérance est toujours là, humble veilleuse, mais nous voyons mieux, en analysant les signes cliniques  de la crise des Eglises occidentales, ce que ce Concile n’avait pu anticiper.
Premier signe : la  crise de l’engagement. Il n’est évidemment pas spécifique à l’Eglise mais à tous les niveaux de la société puisqu’on le retrouve dans le mariage, dont les délais de promesse sacramentelle ont reculé de dix ans et qui n’est plus consacrée par la chasteté pré-conjugale d’antan, dans la vie familiale trop souvent disloquée par les divorces, dans la militance politique, associative,humanitaire ou caritative où le « contrat » est de courte durée. La mobilité professionnelle ou des loisirs, l’internationalisation plus rapide des relations grâce aux nouvelles technologies de communication à la fois favorisent la durée et, paradoxalement, la raccourcissent du fait de leur démultiplication. Et surtout la durée de vie a doublé. Tous ces facteurs fragilisent la notion et l’exercice même de l’engagement. Le Concile ne s’est pas intéressé au statut du sacerdoce et à l’appel par la vocation à la vie religieuse ou à la prêtrise, comme si le recrutement allait continuer à aller de soi. Pas plus, non plus, au statut des laïcs engagés et encore moins à celui de la femme.
Deuxième signe : crise d’identité. Avec la montée de l’Islam, on voit mieux aujourd’hui, en Europe, comment un jeune musulman naît musulman, en ne distinguant pas l’identité culturelle de l’identité religieuse. Pour un jeune « chrétien », naissant dans un milieu chrétien et même baptisé et enseigné par une  catéchèse, on ne naît plus chrétien parce qu’on le devient : il faut se ré-approprier une identité religieuse, ce qui demande du temps et du courage.
Troisième signe : crise du sacrifice. Un jeune futur prêtre alors ne se posait guère de questions sur la sexualité ou sur l’argent : il acceptait le sacrifice au nom suprême du Fils Sacrifié pour la Rédemption, tout comme, dans un ordre moindre mais grave, le jeune appelé en France partait en « patriote » pour la guerre d’Algérie, ou comme le malade en agonie subissait la souffrance, toujours au nom de la rédemption. On osait encore, religieusement comme en toute laïcité, invoquer le sacrifice. La dernière guerre post-coloniale  ou de libération a gommé les effets qui auraient pu devenir positifs du sacrifice. Aujourd’hui, on ne sacrifie ni l’argent, ni le sexe.
Quatrième signe : crise de la reconnaissance sociale du « catholique ». Après la dernière guerre mondiale, nombre de cathos se sont engagés, au nom de leur credo, dans l’action sociale et politique, quitte à en perdre leurs âmes, et l’identité religieuse se dissolvait publiquement, dans le monde politique, associatif ou des medias … Le « catho » s’est retrouvé plus ou moins « honteux » en public; quant au statut sacerdotal, dans les campagnes comme un milieu urbain, il a connu une crise de reconnaissance sociale : de référent qu’il était – la trilogie rurale du Maire, de l’ instit’ et du curé ! – , il est devenu signe de nostalgie pour les uns ou même « bouc émissaire » pour d’autres.
Cinquième signe :  crise de la fonction du doute. Un jeune musulman naît musulman et ne remet pas en question son appartenance religieuse et culturelle par le doute qu’il considère comme dangereux. Le jeune chrétien qui se ré-approprie sa foi religieuse fait fonctionner le doute comme un dynamisme positif pour approfondir son adhésion spirituelle : c’est plus long, moins facile et rend parfois fragile. Le doute est, comme dans la démarche scientifique, positif.
Sixième signe : désacralisation. Le passage du latin à la langue vernaculaire, avec son manque de pédagogie, sa rapidité et sa banalisation – sans parler de la « misère » esthétique ! – a été vécu comme une sorte d’abandon de la reconnaissance de la Transcendance, une inconsciente dé-divinisation du Fils. Humain, trop humain.
Septième signe : crise de la communication. Après Pie XII, Vatican II a été la grande ouverture mondiale aux nouveaux medias, de telle sorte que l’image alors pouvait renvoyer heureusement à l’écrit. Après Jean-Paul II super-Pape, le nouveau Pontife est apparu comme mauvais communicant , parce que très intellectuel, âgé, frileux dans les dentelles, alors que c’est un homme de l’écrit et de grand courage. Les textes restent et sont d’ouverture mais l’image ne passe plus.

Père Alain de La Morandais, docteur en Théologie morale et en Histoire

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