Jésus et le petit enfant

 Mc. X, 12-16

Dans  l’Antiquité, au temps de Platon, en Grèce, comme au temps du Christ en Palestine, il faut se souvenir quand on parle des enfants, que ceux-ci sont littéralement des « sans droits », à tel point que le pater familias a droit de vie et de mort sur sa progéniture. « In-fans » signifie littéralement celui qui n’a pas droit à la parole.

Ceci explique la réaction vive et agressive des disciples qui,  à chaque épisode où la présence d’enfants est relatée, cherchent à les repousser vivement.

Lorsque le Christ se réfère à l’enfant, il nous faut également évacuer de notre esprit cette image mythique, inculquée par JJ Rousseau, selon laquelle l’enfant serait l’image même de l’innocence : seule la société serait coupable d’avoir corrompu l’enfant, né pur, immaculé, indemne de toute blessure originelle. Mais pour la pensée chrétienne l’enfant n’est pas « innocent » : il est marqué par le péché originel, comme tout membre de la race humaine.

En revanche, toute la force symbolique de l’enfant, dans la bouche du Christ, porte sur sa situation trop souvent victimaire, et c’est pourquoi, implicitement, dans les propos du Messie, l’enfant peut représenter l’image de sa destinée : Il sait qu’Il sera victime de la violence de son peuple et que par ce sacrifice, Il se destine à vouloir être la dernière victime, qui est comme un appel pathétique à refuser une fois pour toutes le système victimaire.

Jusqu’au Christ, la victime a toujours tort et la violence sacrificielle, qui l’a éliminé, triomphe. Avec le récit de la Passion, c’est un emballement persécuteur qui est dévoilé et dénoncé en tant que tel.

Maintenant que toutes les idéologies, ou presque, sont mortes dans le monde, il reste une différence considérable entre notre univers et ceux qui l’ont précédé : aujourd’hui, les victimes ont des droits ! C’est ce que le Christ annonçait en se comparant à l’enfant, symbole victimaire par excellence.

Les Evangiles ne prédisent pas du tout que l’humanité va choisir enfin le Règne de l’Amour, en renonçant à tous les mécanismes sacrificiels, qui fabriquent toujours et encore des victimes. A chacun des grands carrefours de l’ Histoire, l’humanité pourrait emprunter la voie droite qui comporterait de moins en moins de souffrances. Aujourd’hui, par exemple, on pourrait décider, selon les experts, de détruire toutes les bombes atomiques et de pouvoir nourrir tous les affamés de la terre. C’est, paraît-il pensable et faisable. Comme le dit René Girard, « il suffirait d’un bon amorçage pour que, par mimétisme, la réaction en chaine se déclenche et se propage. »

Mais il y a plus de chances pour que le mimétisme joue dans le mauvais sens et que la loi quotidienne de l’homme continue à être celle de la violence.

Cela veut-il dire que notre siècle est le pire, puisqu’il a fait plus de victimes que tous les précédents réunis ? Quantitativement, c’est vrai mais il y a plus d’hommes sur la terre qu’il n’y en a jamais eu. Et il est vrai aussi que notre univers protège et sauve plus de victimes qu’aucun autre.

Il y a plus de bien et il y a plus de mal qu’il n’y en a jamais eu … ce qui veut dire que, comme il y a autant de raisons de désespérer de l’homme – et donc de soi-même ! -, que d’en espérer, c’est peut-être le sourire de l’Enfant qui nous invite toujours et encore à l’ Espérance.

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