L’ermite, le rouge-gorge et le chat noir

          Premières lueurs sur l’océan, depuis le campement, sous le pin joli qui résiste aux vents, l’ermite jouit des aubes opalines, si recueilli qu’on le croirait sculpté dans le granite.

       Un gentil rouge-gorge vint se percher à trois bras de lui sur l’accoudoir d’un fauteuil vide. Au premier plan, Grégoire, au deuxième l’oiseau à la gorge rouge et dans le fond de la toile, les eaux vertes et les cieux oscillants entre la jade et les bleus gris. L’oiseau regarde l’ermite dont les yeux ont quitté les horizons presqu’infinis et dont l’oreille s’affûte pour guetter la chanson. Ce  que l’homme solitaire ne sait pas encore c’est que le petit chanteur ailé voudrait l’entendre chanter, lui, le cénobite étrange dont la réputation a été portée par toutes sortes d’oiseaux depuis les Cévennes jusqu’aux côtes bretonnes. La rumeur a été portée à grands coups l’ailes et de cris et de glossolalies :

                 – Grégoire chante tout seul là-haut dans la montagne ! Il fait ramage, il fait tapage pour la plus grande gloire de Dieu ! claquette la cigogne à laquelle répond le corbeau  :

               – Sont-ce des chansons ou de belles hymnes ?

              – Des Kyrie, des Gloria et des alléluia … C’est plus beau que tes croassements.

             – Je ne suis pas jaloux de ta craquette , oiseau trop long et mal embouché, je participe à la renommée de l’ermite dont on dit qu’il comprend même le langage de tous les oiseaux.

               – Alors, oui, chantons tous ensemble sa renommée.

       Et la nuit, le chat-huant hululait, tandis que l’hermine tambourinait sus les troncs d’arbre creux :

              – Grégoire chante la gloire du  Créateur ! Il chante et il danse ! Les créatures chantent et dansent avec lui !

         Evidemment l’ermite ignorait ces volages frou-frou dans les forêts, les halliers et les bosquets. Il devait même chanter sans le savoir tant il croyait ne savoir que le silence. Or c’est un silence pas ordinaire, un mystérieux silence qui alerta Grégoire, saisi par celui du rouge-gorge qui ne le regardait plus mais vrillait ses petits yeux brillants comme des boutons noirs de bottines derrière l’ermite, dans ce long silence menaçant qui lui tournait le dos.

        L’ombre chaude, féline et noire s’était avancée en rampant, se glissant entre les jambes du bon Frère, lorsque le rouge-gorge s’éleva en volant et chantant sur un petit air coquin et narquois.

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