Conte de l’ermite breton

L’ermite et le feu de cheminée

 Ce soir-là, Frère Grégoire n’arrivait pas à allumer son feu rituel, son feu dans la cheminée, et dépité, il remettait du genêt bien sec, lequel flamboyait ardemment sans parvenir à faire prendre les bûches qui fumaient lamentablement avant de s’éteindre en gémissant.

Dépité, pas découragé, l’ermite réfléchissait aux causes de son échec d’autant plus qu’il ne loupait jamais son démarrage de flambée :

            – Mon genêt est bien sec mais il s’épuise avant d’avoir réussi à incendier les rondins .. évidemment, entre les brindilles si inflammatoires et les bûches trop grosses, je n’oublie jamais l’intermédiaire, branches ou moignons de pins de préférence …

            Il savait bien, le petit Frère, toutes les conditions requises, depuis les qualités du bois jusqu’aux vents soufflants qui permettaient ou non l’heureuse inspiration nécessaire. Le mieux était de mélanger les essences d’arbres : un peu de pin pour l’odeur de résine et l’activation du flamboiement, du châtaignier pour faire de la braise et durer jusqu’au petit matin, et puis les résistants comme le chêne seigneurial ou l’orme ou le frêne. Il les reconnaissait presque « à l’aveugle » par leurs seules odeurs et peut-être même par les bruits, les craquements et les bruissements des combustions ancillaires.

            Il s’amusait souvent à dire à ses rares visiteurs qui s’inquiétaient de ses possibles ennuis :

           – En soirée, dans la nuit, c’est mieux qu’une télé : j’ai des fragrances et un bruitage sans répétitions ni altérations. Bon ! J’ai qu’une seule chaine donc forcément fidèle, puisque je ne peux zapper. En voilà un bon moyen d’apprendre la fidélité … Et la responsabilité !

         Et là, il se lançait dans son petit couplet pédagogique selon lequel sa responsabilité de boutte-en-feu commençait par la prévoyance puisqu’il fallait prévoir les coupes et le choix des bois et puis  de mettre si bien à l’abri des pluies et des humidités le bois coupé afin de ne pas risquer d’avoir des provisions ininflammables en découvrant des souches devenues éponges ou verts refuges de champignons. Toute une expérience !

          – Prévoir, consommer avec prudence et tirer des conclusions sur les provisions à venir. Avant, pendant et après ! Comme pour le mariage … ou tout espèce d’engagement, qui inclut la durée. Oui, l’amour durable comme le feu durable.

          Fini le refrain, il se réfugiait dans le silence, en murmurant doucement :

          – Ah ! Ce silence singulier devant le feu de cheminée ! Ce silence fait de craquèlements, de halètements, d’essoufflements, de souffles venteux aspirant ou refoulant. Le silence qui me rend éveillé, et donc encore plus responsable ! Que m’arrive-t-il, ce soir, dans cette première nuit de l’automne ? Que veut dire cet échec ? Quel sens ? Comment le réparer ? On n’est jamais quitte avec le feu … J’ai trouvé : c’est comme en amour !

        Qu’est-ce qui lui a fait trouver cette piste ?

        En fait, il s’était souvenu d’une petite phrase légendaire, du temps de son service militaire, lorsque les soldats faisaient leur bivouac pour la nuit, en allumant un feu. On disait au trouffion chargé de  l’opération :

         – Celui qui sait allumer un feu doit être poète ou amoureux.

          En ruminant cette parole de tradition, il dut s’en convaincre :

          – Triste vérité que la mienne : je ne suis pas assez amoureux de mon Bon Dieu !

 

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