Conte de l’ermite breton

Le « petit » ermite

      Un ermite n’est pas à l’abri des rumeurs. Tout au contraire. Sa solitude mystérieuse suscite les fantasmes, les extrapolations, les illusions. En tout cas, une rumeur revint aux oreilles de Frère Grégoire, selon laquelle on l’appelait « le petit ermite de la montagne ».

       – Ermite de la montagne ? Je veux bien, maugréa-t-il, ma mais pourquoi « petit » ?

       Il fut contraint de s’avouer une petite écorchure d’amour-propre, lorsque l’inspiration l’inonda, en lisant le verset suivant :

              « Je te bénis, Père, d’avoir caché cela aux sages et aux habiles et de l’avoir révélé aux tout petits. » (Mt. XI, 25-27)

        – Bon sang de bois mais c’est bien sûr ! Je suis un « petit » parce que Sa Parole m’a été révélé à moi, qui n’étais et ne suis ni sage, ni habile ! Le « petit » est celui qui reçoit et non celui qui donne. D’ailleurs je ne donne rien et à personne, si bien que beaucoup croient qu’un ermite est inutile …

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Pour préparer la rentrée débats sur l’euthanasie et le sens de la souffrance

Euthanasie et fin de vie : qui peut décider ?

LE MONDE |Editorial du 18.07.2012 

Manifestation en faveur de l'euthanasie, le 2 novembre 2011 devant la Tour Eiffel à Paris.

Il est des débats plus difficiles que d’autres. Celui sur l’euthanasie et la fin de vie, qui traverse depuis plusieurs années la société française, est de ceux qui paraissent impossibles à trancher tant les clivages sont vifs entre partisans et détracteurs du « droit à mourir ».

Pendant sa campagne, le candidat François Hollande avait semblé faire un pas vers les premiers en proposant, sous certaines conditions, une « assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité ». Le chef de l’Etat s’est montré moins catégorique, mardi 17 juillet, en mettant sur pied une mission de réflexion, confiée à l’ancien président du comité d’éthique, Didier Sicard, qui sera chargé de déterminer s’il faut modifier la législation actuelle.

Depuis 2005, la loi Leonetti sur la fin de vie permet de répondre à beaucoup des situations de fin de vie difficiles. Au nom du droit des malades, la loi proscrit tout acharnement thérapeutique et autorise les médecins à « laisser mourir » les patients, en stoppant tout traitement actif.

Cette forme d' »euthanasie passive », dont le cadre a été précisé et approfondi en 2009, est cependant mal connue des Français et des soignants eux-mêmes. Et elle ne répond pas à tous les cas complexes, notamment de certains malades graves et/ou chroniques qui réclament la mort par un geste actif de la part des soignants.

La mission du professeur Sicard devra s’interroger sur ces cas extrêmes, qui posent la question des limites de la médecine moderne. Elle devra dire si la France s’en tient au refus de l’euthanasie active, comme la plupart des pays européens pour l’instant, ou si elle autorise sous conditions le droit à mourir, comme le font les Pays-Bas ou la Belgique. En Suisse, le canton de Vaud s’est même doté par référendum d’une loi pour régir l’euthanasie quand le patient a une capacité de discernement, une volonté persistante de mourir et une maladie incurable.

Sur ce sujet, en France, aucun consensus politique n’a encore émergé : si les Verts sont favorables au droit de choisir sa mort, la droite y est fortement hostile et le PS plus divisé que sa ligne officielle ne veut bien le dire. Quant aux grandesreligions, elles réaffirment avec force leur opposition à toute volonté de donner la mort.

Au-delà des cas médicaux les plus extrêmes, c’est bien un débat éthique de fond qui est posé. La mission Sicard pourra ainsi difficilement faire l’économie d’une réflexion sur la demande sociétale qui s’exprime de plus en plus autour de l’euthanasie. Sous la double poussée du vieillissement et de l’individualisme contemporain, le désir de choisir le moment de sa mort devient une revendication toujours plus large dans les sociétés occidentales.

La mort est de moins en moins perçue comme ce moment ontologique qui échappe à l’individu. La société doit-elle organiser cette volonté de contrôler sa vie jusqu’au bout ? Ou doit-elle renvoyer l’individu à sa propre responsabilité ? Le débat sur la fin de vie interroge jusqu’au « vivre ensemble » : il faudra plus qu’une simple mission et qu’une réforme législative pour en venir à bout.

La souffrance et la dignité

LE FIGARO |Editorial du 18.07.2012 par Etienne de Montety

François Hollande a abordé hier le sujet de l’euthanasie, promesse de sa campagne. Enfin, si l’on peut dire : pas plus que dans la mesure 21 de son programme, le président de la République n’a utilisé une fois ce mot. « Euthanasie », « mort », François Hollande, comme les tenants de la légalisation de l’euthanasie, préfère parler de « terminer

 

sa vie dans la dignité », ou, comme il l’a fait encore à Notre-Dame du Lac, de « vivre di

gnement jusqu’au bout ». Qui serait contre ? Or que recouvrent ces termes : « vivre jusqu’au bout », « dignité » ? On sait, avec Camus, que mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde. Le discours du président, outre des périphrases, comportait bien des questions. Il en appelle d’autres. Est-ce l’état du malade qui fait sa « dignité » ? À partir de quel stade un homme perd-il la sienne ? Qui en décide ? Et qui décide des « cas exceptionnels » auxquels il a fait allusion ? Ces acrobaties de langage cachent une réalité, elle aussi taboue, de notre époque : la souffrance. C’est elle qui fait peur à tout un chacun : pour ses proches et pour soi. C’est elle qui a heurté l’opinion publique lors d’affaires médiatiques qui ont attisé le débat sur l’euthanasie (affaire Sébire)… La réponse à la souffrance existe largement : elle se nomme « soins palliatifs ». Le chef de l’État a d’ailleurs salué leurs mérites, demandant leur développement et l’accès élargi à ceux-ci, nonobstant leur coût. Ces soins ont fait depuis dix ans l’objet d’une politique volontariste. La loi Leonetti (2005) a légitimé leur bien-fondé et leur importance. En permettant d’accompagner en douceur le malade jusqu’à la mort, les soins palliatifs sont le véritable moyen de « mourir dans la dignité » auquel tout être a effectivement droit. Enfin, ils épargnent au médecin, au personnel soignant, à la société tout entière des cas de conscience trop lourds, face à ce qui est la noblesse infinie et la fragilité de toute vie : ses bornes

Conseils de lecture

Chateaubriand de Jean-Claude Berchet

Il est né sous Louis XV dans une Bretagne encore féodale ; il est mort en pleine révolution de 1848. Au cours de cette longue existence ont passé les régimes et les constitutions. Il a beaucoup vécu et beaucoup vu depuis Combourg : le Paris révolutionnaire, les Indiens de Niagara, les taudis de Londres, Rome par deux fois, les corneilles de l’Acropole, les murs de Jérusalem. Et au milieu de ces tribulations il a eu le temps de devenir le plus grand écrivain de sa génération. C’est aussi le premier « enfant du siècle » à être entré en politique sous la Restauration pour ne plus en sortir. Il en a épousé les vicissitudes sans jamais renoncer à son idéal de liberté aristocratique, qui conjugue la tradition et le progrès, la légitimité royale et la citoyenneté, le double héritage de l’Ancien Régime et de la Révolution. C’est dire que pour ses contemporains Chateaubriand fut souvent une énigme.

Jean-Claude Berchet reconstitue ce parcours complexe dans une biographie magistrale qui tisse des liens continus entre le génie littéraire, la vie amoureuse et les passions politiques du grand homme. Au fil des pages se dessine un portrait moral contrasté : le « bon garçon » de la famille et des intimes, ou le pair de France qui interpelle les rois ; le séducteur irrésistible et le fidèle adorateur de Juliette Récamier ; le poète de la mélancolie ou de la tendresse et le polémiste incisif de la Légitimité.

De ce destin singulier que Chateaubriand a voulu styliser dans ses Mémoires, ce livre restitue les aléas imprévisibles et méconnus – autant dire le charme secret.

La vie et le temps. Les nouveaux boucliers anti-âge du Dr F. Saldmann

Que contient la graine d’un palmier vieille de 2 000 ans pour réussir à renaître aujourd’hui ? Par quel secret le rat taupe nu atteint-il l’âge de 30 ans – soit l’équivalent de 600 ans chez l’homme – quand la souris se contente d’une espérance de vie de 3 ans ? Que recèlent certaines méduses pour rajeunir une fois arrivées à l’âge adulte ? Quelles leçons médicales tirer du rouget sébaste qui vit 200 ans, de la tortue qui atteint 175 ans ?… Et pourquoi, si la nature permet de telles durées de vie, l’homme ne pourrait-il en faire autant ?

De récentes avancées scientifiques montrent que vivre bien et beaucoup plus longtemps n’est en rien, pour nous, un rêve irréalisable. La prévention du vieillissement connaît une incroyable révolution. Aussi, à nous d’en tirer les leçons et de tout faire, au quotidien, pour profiter de ces avancées et gagner de précieuses années.

Parce que les techniques existent aujourd’hui pour booster son immunité ; parce qu’il est possible de retarder l’âge d’apparition de la ménopause ; parce qu’effectuer un check-up microbien permet d’éliminer les germes qui accélèrent le vieillissement ; parce que certains aliments jouent le rôle de boucliers anti-âge… apprenez, grâce à ce livre, les gestes pratiques et les réflexes à adopter pour prolonger son espérance de vie.

Conscient qu’il ne faut jamais que jeunesse se passe, le docteur Saldmann, dans cet ouvrage concret, fondé sur des données scientifiques nouvelles, livre une « ordonnance anti-âge » claire, efficace et ouvrant à tous un avenir inoxydable.

Too saumon de J. Le Divellec

Poisson familial par excellence, tout le monde l’aime ! Délicieux et facile à préparer, le saumon se décline en une multitude de recettes : fumé, cru, mariné, cuit… en croûte de sel, à l’unilatéral, poché, mariné, chaud, froid. Il accepte toutes les épices, tous les aromates, les sauces classiques et les nombreuses vinaigrettes.

40 recettes classiques et originales . Des pas à pas pour découper le saumon et le préparer au mieux (tartare, carpaccio, filet…) . Une vingtaine de sauces pour accompagner le saumon sous toutes ses formes Après avoir exercé son métier de cuisinier sur gibiers, viandes et volailles, Jacques Le Divellec, depuis toujours proche de la mer, s’est spécialisé dans la cuisine du poisson : un quart de siècle à La Rochelle, puis un autre à Paris, sur l’esplanade des Invalides, au restaurant qui porte son nom. Pourquoi le poisson ? Parce qu’il est, dit-il, plus délicat que la viande. Chaque espèce a son goût et son parfum, qu’il faut préserver. Pour un cuisinier, c’est le plus beau des exercices.

De l’amour. Une philosophie pour le XXIe siècle de L. Ferry

« Ce que j’appelle la  » révolution de l’amour « , c’est-à-dire la naissance de la famille moderne, enracinée dans le passage du mariage arrangé au mariage choisi par et pour l’amour, a transformé nos vies. Elle apporte un nouveau principe de sens, qui requiert une nouvelle philosophie. Elle ne bouleverse pas seulement nos existences privées, mais tout notre rapport au collectif.
C’est ce que j’appelle le  » deuxième humanisme  » ».

Le premier fut un humanisme de la Loi et de la raison. C’était celui des Lumières et des droits de l’homme, des républicains français et de Kant.

Le deuxième humanisme est un humanisme de la fraternité et de la sympathie. Ma conviction est qu’il est désormais la seule vision du monde portée par le souffle d’une utopie positive. Car l’idéal qu’elle vise à réaliser n’est plus celui des nationalismes ni de l’idée révolutionnaire. Il ne s’agit plus d’organiser de grands massacres au nom de principes mortifères qui se voulaient extérieurs et supérieurs à l’humanité, mais de préparer l’avenir de ceux que nous aimons le plus, c’est-à-dire des générations futures… » L. F.

Luc Ferry s’entretient ici avec Claude Capelier, agrégé de philosophie et conseiller scientifique du Conseil d’analyse de la société.

Dictionnaire amoureux de l’Algérie de M. Chebel

Des ruines romaines de Timgad aux noces du soleil et de la mer à Tipaza, du désert algérien cher à Eugène Fromentin à la conversion d’Isabelle Eberhardt, des tableaux de Delacroix aux femmes de Biskra d’Etienne Dinet, de la prise d’Alger en 1830 à l’indépendance du pays en juillet 1962, de l’émir Abd el-Kader à Bouteflika, Malek Chebel, en observateur averti du pays où il est né, où il a grandi, n’élude rien et aborde beaucoup de non-dits. Mais, ce dictionnaire est aussi un ouvrage ludique. Il nous parle d’une Algérie tour à tour romaine, musulmane, ottomane, espagnole, arabe et a fortiori algérienne, occupée mille fois et sans cesse réinventée. Au gré des entrées, nous découvrons avec bonheur son charme pittoresque, ses fragrances, ses espoirs et ses désillusions.

Les contes de l’ermite breton 

Depuis toujours passionné par l’écriture, le Père Alain de La Morandais, déjà auteur de récits et de romans, aime surprendre. Il est souvent là où on ne l’attend pas.
C’est ainsi qu’il livre 31 contes inédits qui nous entraînent dans un monde de féérie qui est l’autre nom de la connaissance du réel.
Le Père de La Morendais se définit avant tout comme un homme libre, qui agit au nom des valeurs de l’Évangile et qui ne se tait pas.
Ces nouveaux « Contes de l’ermite breton » participent à cette liberté d’écriture et de parole.

À la rencontre de … Jésus-Christ

Ce portrait du Christ que livre ici Alain de la Morandais sous la forme d’un récit intime et chaleureux a ceci d’original qu’il est chrétien. C’est une originalité bien étonnante et même paradoxale mais qui révèle sans doute l’oubli de notre temps. L’heure est en effet aux descriptions anthropologiques d’un Jésus plus ou moins historique et qui passent sous silence ce fait décisif que le Christ est avant tout une des plus originales méditations sur Dieu et sur le sens du Divin. Au lieu, comme c’est désormais toujours le cas, d’inventer un Jésus du passé ayant eu ou non des femmes, des frères, 33 ans ou 40 ans à sa mort… bref au lieu de spéculer et même de fantasmer une idole archaïque, l’auteur a voulu partager les façons dont la présence du Christ s’est manifestée dans sa vie. Nous découvrons ainsi avec lui comment cette présence ne se réduit jamais à l’idée qu’on s’en fait, mais qu’elle se décline, toujours nouvelle et nécessaire, à mesure que la vie nous adresse ses défis. Ce Jésus qui vient à la rencontre fut certes un jour homme de Judée, mais il demeure dans l’essentiel un visage insaisissable et pourtant omniprésent du Salut.

« Nul n’est prophète en son pays ! »

 Homélie 14 ème dimanche du temps ordinaire

Crypte de l’Eglise Notre-Dame d’Auteuil dimanche à 21h30

Mc.VI,1-6

L’histoire de jésus revenant dans son village est passée à l’état de proverbe.. Il est possible d’ailleurs qu’un dicton analogue ait déjà existé de son temps, fondé sur l’expérience de Jérémie ou d’un autre incompris de l’ancien testament. Jésus s’y réfère peut-être quand il dit : » Un prophète n’est déconsidéré que dans sa patrie, parmi ses parents et dans sa maison. »(verset 4)

Depuis qu’il s’est mis à prêcher, Jésus a déjà eu l’occasion d’expérimenter l’incompréhension de sa famille. Une délégation de ses proches avait fait le voyage de Capharnaüm pour tenter de récupérer l’inconscient qui prenait trop de risques. Maintenant c’est Lui qui rentre au bercail. Sa « patrie » désigne sans doute Nazareth, bien que Marc n’en donne pas ici le nom, Nazareth qu’il a quittée pour rencontrer Jean le Baptiste et dans laquelle il semble n’être pas revenu depuis. La bourgade est à une trentaine de kilomètres de Capharnaüm où Jésus s’est installé depuis le début de sa prédication.

Les premiers jours, l’accueil des villageois dût être plutôt bon. La preuve : lors de la prière synagogale du sabbat, c’est Lui qu’on invite à faire le commentaire après la lecture de la Loi et des Prophètes. Pourtant, on attendait apparemment un discours plus banal : sa sagesse s’impose mais dérange; on fait le lien avec ses miracles dont a entendu parler, et on se rebiffe. On le connaît trop bien; c’est un enfant du pays; il n’est pas passé par les écoles. Il n’a aucun titre à tenir les propos qu’Il tient.

Les habitants de Nazareth refusent de se laisser interroger par le comportement de Jésus. Ils se posent à son sujet un question fermée puisqu’ils en ont déjà la réponse : « D’où cela lui vient-il ? » Ils savent tout de son passé et de ses origines, y compris peut-être que Joseph n’est pas le vrai père de Jésus car, curieusement, ils l’appellent « le fils de Marie », alors qu’un juif est en général situé familialement par rapport à son père. Ils n’ont alors rien à apprendre sur lui, rien à découvrir. On est loin de la question que se posaient les disciples :

« Qui donc est-il celui-là ? » (Marc IV, 41)

Les compatriotes de Jésus n’ont pas les dispositions qui permettent d’accéder à la foi. Marc parle nettement de leur incrédulité, plus littéralement même, de leur absence de foi. La foi, dans l’ Evangile, ne consiste pas à croire que Dieu existe mais à avoir vis à vis de Jésus une attitude confiance ouverte, même si elle demeure chancelante ou peu assurée. L’incrédulité des gens de Nazareth est une sorte de blocage irréversible dont Jésus lui-même s’étonne. Aussi, bien qu’il opère sur place quelques guérisons que le texte ne classe d’ailleurs pas parmi les miracles, Jésus se révèle-t-il incapable d’accomplir pour eux des miracles proprement dits. Une telle incapacité étonne le lecteur chrétien, habitué à ce que Jésus puisse tout faire. Mais l’évangéliste fait comprendre que la foi du demandeur est la condition principale d’un miracle : l’histoire de Jaïre et de la femme malade d’hémorragies en a été l’illustration. Sans cette foi, Jésus est comme privé de pouvoir miraculeux : une relation ne peut s’établir entre deux pôles dont l’un la refuse. Jésus n’a alors plus rien à faire à Nazareth. C’est aux villages d’alentour qu’il décide de se consacrer.

Conte de l’ermite breton

Le vœu de Delphes

           Fuyant les bus, les abondants, les bandes et les bidoches, Grégoire quitta la Delphes vénale pour trois jours.

           La besace en bandoulière, contenant de frugales provisions et une couverture, la chemise légère dont les pans flottaient au vent, le pantalon serré aux hanches, le pied agile comme un chevreau, il grimpait ce sentier-là qui s’élève au-dessus du stade. Un petit vol d’abeilles le guidait vers le sommet des Phédriades, quand depuis le temple apollonien, l’œil scrutait la faille de Castalie, source de la Pythie.

        Dans l’élan originel, il franchit cent cinquante mètres de dénivelée abrupte, le menton caressé par les coquelicots purpurins, les bleuets lui recouvrant la tête lorsque, dans l’effort et la raideur de la pente, il devrait agripper un rameau ou une branche. Quand le vrombrissement des cars , dégueulant leurs touristes, devint assez ténu à l’oreille pour se mêler au chant des insectes, il s’assit et se retourna : le théâtre était gros comme une coquille saint Jacques, accrochée au manteau d’un pèlerin. Le Pleistos courait dans la vallée encaissée, sous les oliviers, mais sa trace semblait plus faite de sables que d’eaux courantes.

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