« Notre horizon européen » par Simon Buisson

De nos jours, il de bon ton de critiquer l’Europe. Mais quelle Europe ? Une Europe libérale, une Europe technocratique qui jugerait ses pays membres comme de vulgaires élèves… Bon point pour l’Allemagne, attention chère France, avertissement à la Grèce. Depuis le non du référendum de 2005, depuis le Traité de Lisbonne, les citoyens ne croient plus en l’Union entre ces pays d’un vieux continent à l’Histoire si complexe et divergente. Il suffit de voir le succès non négligeable lors des dernières présidentielles françaises de discours allant jusqu’à prôner une sortie de notre pays ou de dialoguer partout à France avec des jeunes et des moins jeunes pour s’en rendre compte. Tous veulent se défaire de Bruxelles, entendu comme une tutelle à notre souveraineté.

Pourtant aux côtés de critiques idéologiques, protectionnistes ou réformatrices, beaucoup oublient que l’Europe s’ancre dans notre quotidien. Pour des milliers de jeunes, l’abolition des frontières, le paiement en euro, les échanges universitaires à travers le programme Erasmus sont une réalité concrète. Oui, l’UE n’est pas qu’un mastodonte abscons. La construire est notre seul horizon dans un monde de plus en plus connecté où de nouvelles puissances bien plus vastes s’imposent progressivement. Notre grille de lecture autocentrée apparait dépassée. Si un encrage local demeure, une véritable réflexion sur le long terme doit s’imposer. Notre pays, notre région, notre département sont une part de notre identité culturelle, mais face aux enjeux du XXIe siècle, l’impératif européen peut et doit conduire le Politique. Le vivre ensemble, la démocratie continuera à s’épanouir grâce à l’Europe. Il ne reste guère de temps avant que cette utopie deviennent concrète. Il est donc impératif de se saisir de son destin. Nous sommes tous des citoyens européens. Il est anormal que les peuples s’écartent de ce projet et laissent se développer le risque de ce que Jurgen Habermas, dans son dernier ouvrage La constitution de l’Europe, appelle « la voie post-démocratique ».*

Longtemps, les pères fondateurs de l’UE ont défendu une unification progressive par l’économie, sur le modèle de l’unification allemande des années 1870 ou de la constitution de l’Etat italien par Cavour après 1861. Il est vrai que déjà au Moyen Age, la création d’un Etat passée par la mise en place de règles et d’une fiscalité commune. Aujourd’hui cela ne suffit plus. Le citoyen ne se reconnait pas, ne s’identifie plus dans un horizon européen qu’il estime néfaste à son pays. Drôle et tragique paradoxe quand on sait tout ce que les différents programmes européens ont fait pour nombres de pays comme l’Espagne ou plus récemment les anciens pays communistes. Le politique se retrouve supplanté par l’économique, alors nous critiquons, détournant le regard. Le peu de participation pour l’élection du parlement européen en est la triste illustration…

L’union est un colosse aux pieds d’argile car elle n’a pas su mettre en valeur les avantages concrets qu’elle offre, car elle n’a pas su susciter une adhésion populaire, une identification commune. Elle a négligé le politique. Or, il ne faut occulter qu’avant toute chose, l’idée d’Europe fut défendue par des intellectuels en tant qu’ensemble de paix, de progrès, de cultures. On pense à Romain Rolland, à Paul Valery, à Stéphane Sweig. Tous ces écrivains que l’ont nommés jadis cosmopolites. Cet idéal demeure plus que jamais d’actualité. Bâtir enfin une Europe citoyenne pour que les peuples s’approprient le supranational. Pour qu’une culture conjuguée au pluriel s’épanouisse. Il ne faut pas nier les difficultés de ce changement de paradigme. Pour ce faire, des améliorations pragmatiques ou la création de grands projets à l’échelle européenne peuvent être réalisés. Dans une récente tribune publiée par le journal Le Monde, des européens appelaient à la mise en place d’un service civil. François Hollande a émis l’idée d’un grand plan de relance. Pourquoi pas?

La crise économique n’est qu’un marqueur supplémentaire de la fin d’une époque. Il faut se saisir de l’occasion pour réécrire des lendemains en dehors de toute téléologie. Peu à peu alors, chacun comprendra que l’Europe n’est pas contre la Nation, contre la démocratie mais bien une chance pour ses intérêts et notre avenir.

Simon Buisson

* Jurgen Habermas, La Constitution de l’Europe, NRF essais Gallimard

http://travellingactu.tumblr.com/

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