De la Trinité

Homélie du dimanche de la Trinité

Crypte de l’Eglise Notre-Dame d’Auteuil dimanche à 21h30

Un jour, un ami d’André Malraux, un prêtre, reçut comme un coup dans l’estomac l’interpellation d’un conférencier jésuite qui avait posé la question suivante à son auditoire : « Si, par impossible, l’Eglise nous disait que Dieu est une seule personne et non plus Trinité, qu’est-ce que cela changerait à nos existences ? »

Trinité : mot abstrait ? Objet obscur proposé à l’intelligence humaine ? Oui, si on sépare le travail de l’intelligence de l’expérience amoureuse. Et c’est parce qu’il s’agit d’une réalité concernant l’amour qu’il nous faut aussi partir de l’expérience humaine de l’amour et réfléchir à partir de la déception que, toutes et tous, plus ou moins, nous expérimentons dans l’amour.

En effet, quelle est l’aspiration profonde, le Désir, de l’amour que nous vivons dans le mariage, dans l’amour fraternel ou filial, dans l’amitié ou la vie communautaire ? Le voeu de l’amour est de devenir l’autre, tout en restant soi, de telle sorte que l’autre et moi, nous ne soyons pas seulement unis mais que nous soyons véritablement « un ». L’expérience humaine de l’amour dit Joie et souffrance mêlées, inséparablement. Joie et allégresse de dire à l’aimé(e) : «  Toi et moi, nous ne sommes pas deux mas un ! » Souffrance d’être obligé de reconnaître qu’en disant cela, on dit non pas ce qui est, mais ce que l’on désirerait qui soit et qui ne peut pas être. Car si l’aimant et l’aimé n’étaient plus deux, il n’y aurait plus d’autre, et, du coup, l’amour serait aboli.

Dans une pièce de théâtre, deux personnages dialoguent ainsi :  «  – Toi et moi, dit Daniel à sa femme, nous ne sommes pas deux !

Et sa femme, qui est une fine mouche, répond : « C’est justement ce qui m’effraie quelquefois, tu n’as jamais l’air de me considérer comme quelqu’un d’autre. Quand on n’est plus qu’un

seul … comment t’expliquer ? …On ne se donne plus rien …Et c’est terrible parce que cela peut devenir un prétexte pour ne plus penser qu’à soi. »

Si « toi et moi nous ne faisons plus qu’un » – les couples auto-collants ! L’amour fusionnel ! – , nous nous aimons nous mêmes. Mais l’amour de soi n’est pas l’amour : il est complaisance du soi et il n’est ni don, ni accueil. L’amour veut à la fois la distinction et l’unité. Dans la condition humaine, cette aspiration est profonde : être non seulement uni à l’autre mais « un » avec lui, tout en restant soi, ce Désir est incoercible – on ne peut le contenir, l’arrêter ! – et irréalisable. C’est pourquoi nul n’entre sans souffrance dans le royaume de l’amour.

Mais en Dieu, où le Désir de l’amour est éternellement exaucé, c’est le mystère même de la Trinité. Le Père, le Fils et le Saint Esprit se distinguent réellement l’un de l’autre, de telle sorte qu’aucune confusion ne soit possible : le Père ne disparaît pas dans le Fils, le Fils ne disparaît pas dans le Père et le Père et le Fils ne disparaissent pas dans l’ Esprit Saint. Ils sont UN, tout en étant distincts. La trinité ce n’est pas trois personnes juxtaposées, mais trois générosités qui se donnent l’une à l’autre en plénitude. Chacune des trois Personnes n’est pour elle -même qu’en étant pour les deux autres : – le Père n’existe comme Père distinct du Fils qu’en se donnant tout entier au Fils;

  • Le Fils n’existe comme Fils distinct du Père qu’en étant tout entier élan d’amour pour le Père.
  • Le Père n’existe pas d’abord comme personne constituée en elle-même et pour elle-même : c’est l’acte d’engendrer le Fils qui le constitue « personne ». Chaque personne n’est soi qu’en étant hors de soi : elle est posée dans l’être en étant posée dans l’autre. Dans le Père, dans le Fils et dans l’ Esprit Saint, il y a impossibilité absolue du moindre repliement sur soi. Dieu ne fait pas « attention à soi. »

Pourquoi 3 personnes et non pas davantage ?

Une approche est possible :

A partir de l’exigence de réciprocité, essentielle à la perfection de l’amour. Dans l’amour humain, cette réciprocité, nous ne pouvons la percevoir que par la médiation des signes; en elle même, elle échappe à ceux qui s’aiment. « Je t’aime, toi, et je vous que tu m’aimes par les mots que tu me dis, par la lumière de tes yeux, par les gestes que tu fais, par tout ton comportement envers moi. Mais je ne vois pas ton amour lui-même. D’où cette souffrance, cette tentation de doute, à certaines heures, quand ces mots, ces gestes, ces comportements semblent moins ardents, moins spontanés. Si je voyais l’amour, ces fluctuations n’existeraient pas …mais je ne vois que les signes. C’est pour cela qu’il y a en moi ce désir si fort de connaître ton amour autrement que par ces signes, dont la présence m’enchante et fait ma joie, mais dont la diminution m’attriste, me blesse et dont l’absence me désespérerait. »

Dans la Trinité, où la réciprocité est parfaite, l’ Amour lui-même est une Personne, l’ Esprit : amour du Père pour le Fils, amour du Fils pour le Père. Baiser commun, si l’on veut. La réciprocité de l’amour fait « personne », au sens où nous pourrions dire : « Bach est la musique faite homme ! »

L’amour est vécu en plénitude : il y a l’aimant, l’aimé et l’Amour. L’aimant est aimé, l’aimé est aimant et l’amour est le

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s