Extrait : « A la rencontre de Jesus-Christ » dernier ouvrage du père de La Morandais

Avant-propos – Rencontre avec mon Christ imaginaire 

Dimanche 1er août 2010, Ermitage de la Porte-Étroite

Lorsque Alexis Lavis, mon éditeur, m’a demandé de rédiger un livre pour sa collection À la rencontre de… en m’informant que la personne qu’il avait choisie était Jésus, un pareil sujet m’a évidemment effrayé. J’ai donc d’abord trouvé refuge dans le refus. Pourquoi ? Ce Jésus n’était-il donc rien pour un prêtre portant la charge sacerdotale en Son nom depuis quarante-sept ans ? Pas rien, non, mais presque Tout. Seulement, il ne pouvait s’agir, pour moi, d’écrire sur le Jésus historique, puisque je n’ai aucune compétence d’exégète, ou d’historien du ier siècle. Et puis, tant de livres banals ou excellents ont été publiés sur ce sujet inaccessible… D’ailleurs, personne ne peut écrire une psychologie du Christ ! Il m’était toutefois possible de raconter une « rencontre » qui dure depuis près d’un demi-siècle, et qui n’est peut-être pas finie.

Cette rencontre, non pas du Jésus des temps anciens et passés, mais du Christ éternel, je l’ai faite selon la révélation chrétienne, qui se présente sous la forme de trois Personnes : le Père, le Fils et le Saint-Esprit – triple visage d’une même essence divine. Partant du Père, passant par le Fils puis l’Esprit pour retourner au Père, et puis au Fils et à l’Esprit, cette aventure spirituelle, à la fois très intérieure et fort incarnée, s’opère dans une sorte de navigation à la fois mouvementée et constante, qui passe naturellement par nombre de rencontres humaines, bien humaines – concrètement signifiées par la politique et l’histoire, l’amour, avec ses embrasements et ses dépouillements, et la Lumière et l’épreuve de l’Église, depuis les plus sombres mystères jusqu’aux plus glorieux.

Alexis voulait que le titre du livre soit À la rencontre de Jésus, mais je récusais le nom de Jésus, préférant celui de Christ. Pourquoi ? Parce que ce nom de Jésus – ah ! Doux Jésus ! – m’évoque la mièvrerie et l’enfantillage dans son usage courant en langue française : le « petit Jésus », l’Enfant Jésus, le sucre et la bondieuserie, tout ce qui est aux antipodes de la parole et de la vie du Nazaréen. Avec le Christ, nous partageons le chrisme, l’onction depuis le Baptême jusqu’à l’ordination sacerdotale, en passant par la confirmation et en attendant le sacrement des malades. Analogiquement, nous sommes des « christs » et non pas des « Jésus ». Je sais bien que Jésus a donné jésuites, dont l’inspiration spirituelle a été pour moi fondamentale, et que Jesús, en espagnol, consonne plus positivement à l’oreille, de même que le Gesù italien, mais, décidément non, le Jésus à la française ne m’attire en aucune manière.

C’est pourquoi, sans possessivité, j’ose écrire mon Christ, parce que c’est Celui qui, très subjectivement, a pris forme dans ma vie. Et imaginaire, parce que, sans nier en rien son historicité, Il est en partie le fruit des projections, conscientes ou non, de mon imagination personnelle, donc dans l’ordre des signes et non pas des preuves ; selon le cœur et l’intelligence, sans rien ignorer des raisons de la Raison, qui a toujours raison. Dans ce sens-là, mon Christ n’est pas présenté de façon apologétique, pour prêcher et convaincre les mal-croyants ou les agnostiques. Il est le fruit de rencontres qui ont commencé il y a cinquante ans et qui n’en  ne finissent pas. Et ne finiront jamais, puisque la finalité  ultime  m’ouvre rien de moins que l’éternité.

Elle est retrouvée !

Quoi ? – L’Éternité.

C’est la mer mêlée

Au soleil.

(Arthur Rimbaud, « L’Éternité », Derniers vers.)

C’est un Christ de prêtre et pas un Christ de « curé » qui a besoin de faire du prosélytisme, pour se justifier, pour trouver un équilibre  en  raison d’une fonction, d’une mission, et non pas d’un épanouissement plus global où il deviendrait, selon sa vocation propre, le témoin d’un humanisme intégral qui ne fait pas d’hiatus entre ce qui est dû au rayonnement de la personne inspirée et le « métier » ou le ministère qu’il exerce. Le sacerdoce est tout entier de service et jamais de pouvoir.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s