« Heureux ceux qui croient sans avoir vu »

Homélie du 2eme dimanche de Pâques

Crypte de l’Eglise Notre-Dame d’Auteuil dimanche à 21h30

Jean XX, 19-31

Sans avoir vu de nos yeux de chair, sans avoir touché de nos mains ! Il s’agit, bien sûr, de cette vision sensible, que réclament tant le Thomas, de celle qu’a eue Marie Madeleine, sans croire, sans voir pour autant, de celle des pèlerins d’Emmaüs, qui voyaient sensiblement mais qui étaient comme ne voyant pas tant que ne s’ouvrirent pas à la Lumière de la Foi leur coeur et leur intelligence.

Avec vous, et bien d’autres, je crois dans le Christ ressuscité, je Le vois, mais, bien sûr, pas de mes yeux d’homme qui peuvent vous regarder. Je crois sans voir, et ma foi me donne une nouvelle vision des choses. Mais pourquoi, pourriez-vous objecter, pourquoi devrions nous êtres privés de toute expérience sensible dans notre foi, puisque le Christ a voulu Lui-même se montrer, se faire toucher dans la réalité charnelle de sa chair nouvelle ? Pourquoi l’expérience sensible nous est-elle refusée, puisque nous sommes hommes, chair et esprit qui avons besoin de connaitre par nos sens ? Les sens ne sont donc pas tellement méprisables pour qu’un Dieu les ai fait  chair de Sa Chair, et par la chair d’une Femme. Les apôtres, les femmes ont vu de leurs yeux vu, touché de leurs mains tremblantes … Pourquoi devrions nous êtres plus forts qu’eux et nous contenter de voir sans voir, de croire sans voir ?

Le Christ fut trop Homme pour méconnaitre la valeur de l’expérience sensible et tous les signes par sa main accomplis sont là pour en témoigner : depuis le vin de Cana, depuis ses larmes devant le tombeau de Lazare jusqu’aux ténèbres des cieux au moment de sa mort … tous les signes accomplis par le Messie sont là pour inviter à croire, pour aider à croire. Ils sont là, signes sensibles, pour inviter à voir, à croire à une autre réalité, invisible celle-là aux yeux de chair. L’évangile de ce jour nous parle de ces signes et nous indique clairement leur fonction : «  Il est encore beaucoup d’autre signes que Jésus accomplit en présence des disciples et qui ne sont pas écrits dans ce livre. Mais ceux-là ont été écrits afin que vous croyiez que Jésus est le Messie, le Fils de Dieu, et qu’en croyant, vous ayez la Vie en son nom. »

La raison profonde de cela vous la voyez bien : un signe, qu’il soit sensible ou non, invite, engage à le dépasser pour voir et comprendre ce qui est signifié, pour voir la réalité cachée, invisible…Le signe invite, engage mais il ne vous forcera jamais à croire.

Connaissez-vous dans l’histoire du monde, une personne qui ait jamais pu forcer quelque autre personne à l’aimer ? Non, sans doute. Car un des secrets de tout amour est dans les profondeurs insondables de cette liberté qui est inséparable de tout amour vrai .

Pensez aux personnes que vous aimez profondément, et qui vous aiment, avez-vous l’évidence totale et complète de cet amour ?

Lorsque je fais une expérience de chimie ou de physique, je la fais une fois, deux fois et dix et des centaines de fois si nécessaire, et je sais que si je respecte, à chaque fois, les lois du genre, je serai absolument certain – une certitude d’évidence ! – de mon résultat. Avons-nous la même certitude sur cet amour auquel nous pensons ?

Oh!Il y a des signes, – combien de signes aujourd’hui ! – qui nous mettent dans une certaine certitude qu’il n’y a pas à douter de cet amour – et les signes sensibles de l’amour humain ont une valeur trop importante pour que nous soyons tentés de les mésestimer ! – et pourtant, aucun de ces signes ne pourra nous contraindre à aimer. Ils sont signes, ils invitent à découvrir une autre réalité, plus invisible, plus secrète, plus difficile, plus aride parfois sans doute, mais la vraie réalité à laquelle le signe ne peut que nous inviter à croire. Se fier et croire, n’est-ce pas du même ordre ?Les signes du temps du Messie ne sont pas tout à fait ceux qu’Il nous propose aujourd’hui … comme ceux d’avant la Résurrection ne sont point ceux d’après la Résurrection. En rester à une foi qui ne saurait vivre que par les signes de la sensibilité, c’est se condamner à devenir un Thomas qui ne pourra jamais mettre son doigt dans les plaies du Christ, une Madeleine qui prend le Messie pour le jardinier.

«  Comme s’il voyait l’invisible, il tint ferme ». Langage de l’Espérance. Tel Moïse dans la nuit de son désert, l’homme de Foi ne voit pas toujours plus l’invisible que les autres, mais il tient, comme s’il voyait.

Dieu l’a appelé par son nom, puis l’a laissé dans les ténèbres mais il a cru dans la Parole.  «  Je sais en qui j’ai cru. »(II,Tim.1,12)

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