Conte de l’ermite breton

L’ermite et les champignons

                   Grégoire était plutôt végétarien à l’ordinaire, sauf si une poule faisane s’en venait à passer trop près de son bâton de marche solide et noueux. Au début du printemps, il savait où trouver dans des prés sauvages garnis de bois brûlés, les morilles délicieuses, puis les pentes ombragées de hêtres où sortaient les  girolles ; enfin, au cœur de l’été si les orages avaient suffisamment détrempés les halliers et que la chaleur avait apaisé les bises de la burle, jusqu’à l’automne, les coins discrets où poussaient nombre de variétés de cèpes lui permettaient de faire de secrètes et confortables récoltes. Peu à peu, il était devenu une sorte de mycologue apprenti mais distingué : entre les confidences des paysans et la lecture avisée de quelques ouvrages spécialisés, il se croyait moins ignorant. Il ne risquait pas de confondre la coulemelle et la redoutable amanite phalloïde. Un certain mois d’août fort chaud et spongieux lui avait donné d’ admirer une large éclosion de lactaires délicieux qu’il n’avait jamais découvert et dégusté auparavant. Les gentils et banals mousserons devenaient des tricholomes de la Saint Georges, ce qui avait une autre allure. Le vocabulaire de la mycologie le ravissait par le nombre et l’originalité des ses adjectifs, tels que aculéolé, apical, canescent, coalescent, concolore, dartreux, fasciculé, glaucescent, lucifuge, marginelle, pellucide, récurvé etc … Il recopiait ces mots précieux avec l’application d’un scribe sur son parchemin. Puis se les fourrait dans la tête d’où ils ressortaient, un beau jour, comme des papillons de nuit en formes de poèmes.

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Le vrai Pasteur

Homélie du 4eme dimanche de Pâques

Crypte de l’Eglise Notre-Dame d’Auteuil dimanche à 21h30

Jean 10, 11-18

L’image du berger, du pasteur, dans cette parabole de saint Jean, puise ses racines profondes et vivantes dans tout l’Ancien Testament, depuis le livre de la Genèse jusqu’aux Psaumes et aux prophètes.

Peuple nomade, ayant vécu si longtemps au sein d’une civilisation pastorale, l’image du pasteur revient couramment et parle clair au coeur et à l’esprit de l’auditoire du Nazaréen.

Sans que le titre de Pasteur soit donné explicitement à Yahwe – il parait toujours réservé à Celui qui doit venir ! – , il n’en est pas moins vrai que les rapports du peuple élu avec son Dieu est sans cesse dépeint sous la figure du bon berger avec son troupeau.

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Prochaine émission des Enfants d’Abraham : spéciale Elysée 2012

Retrouvez le Père de La Morandais, le traducteur du Coran Malek Chebel et le grand Rabbin Korsia samedi soir pour une nouvelle émission des Enfants d’Abraham présentée par Mickaël Guedj,  avec leurs invités :

Najat Vallaud-Belkacem, porte-parole de François Hollande, candidate PS aux législatives à Lyon et Geoffroy Didier, secrétaire national et membre de la cellule Riposte de l’UMP, ex-conseiller de Brice Hortefeux au ministère de l’Intérieur

Rendez-vous samedi soir à minuit et demi !

Rediffusion sur le blog le lendemain et mardi prochain à 00h15 sur Direct8

Sur le Blog de Luc Ferry : « Deux conseils de lecture »

– Monique Atlan et Roger-Pol Droit :Humain. Une Enquête philosophique sur ces révolutions qui changes nos vies, Flammarion, décembre 2011.

– P. Alain de la Morandais : La ronde des vices. Les 7 péchés capitaux, Salvator, janvier 2012.

J’ai déjà eu l’occasion de parler ailleurs, sur BFMtv, de l’excellent ouvrage de Roger-Pol Droit et Monique Atlan,Humain –Une enquête philosophique sur ces révolutions qui changent nos vies (Flammarion). Les deux auteurs ont entrepris un tour du monde des laboratoires scientifiques, des universités, des centres de recherche… Ils ont interviewé une cinquantaine de penseurs de tous horizons – biologistes, physiciens, sociologues, historiens, philosophes, psychanalystes… sur les questions cruciales qui touchent aux « révolutions de l’humain » que la technoscience est en train d’engendrer et qui repoussent les limites de la vieillesse, de la maladie et même de la mort. Impossible, par définition, de résumer ce livre. On y croise Henri Atlan et Marcel Gauchet,  Jürgen Habermas et Peter Sloterdijk, Erik Orsenna et Joel de Rosnay, Etienne Klein et Francis Fukuyama et tant d’autres personnalités passionnantes que je ne peux toutes citer ici. Je puis simplement dire que c’est un de ces ouvrages de fond qu’il faut avoir chez soi et prendre le temps de lire avec soin. Bien écrit, parfaitement clair, c’est un régal pour l’esprit, pour donner à réfléchir, pour s’informer aussi, tout simplement, des évolutions qui bouleversent aujourd’hui nos existences : manipulations de l’ADN, clonage, exploitations des cellules souches, nanotechnologies, médecine régénératrice…Une somme réellement passionnante que ceux qui suivront mon conseil de lecture sauront apprécier.

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« Chateaubriand » de Jean-Claude Berchet

Résumé

Le parcours complexe de Chateaubriand est retracé, tissant des liens entre le génie littéraire, la vie amoureuse et les passions politiques de cet homme au portrait moral contrasté, passant de bon fils de famille, au séducteur irrésistible et poète de la mélancolie.

Quatrième de couverture

Chateaubriand

Il est né sous Louis XV dans une Bretagne encore féodale ; il est mort en pleine révolution de 1848. Au cours de cette longue existence ont passé les régimes et les constitutions. Il a beaucoup vécu et beaucoup vu depuis Combourg : le Paris révolutionnaire, les Indiens de Niagara, les taudis de Londres, Rome par deux fois, les corneilles de l’Acropole, les murs de Jérusalem. Et au milieu de ces tribulations il a eu le temps de devenir le plus grand écrivain de sa génération. C’est aussi le premier « enfant du siècle » à être entré en politique sous la Restauration pour ne plus en sortir. Il en a épousé les vicissitudes sans jamais renoncer à son idéal de liberté aristocratique, qui conjugue la tradition et le progrès, la légitimité royale et la citoyenneté, le double héritage de l’Ancien Régime et de la Révolution. C’est dire que pour ses contemporains Chateaubriand fut souvent une énigme.

Jean-Claude Berchet reconstitue ce parcours complexe dans une biographie magistrale qui tisse des liens continus entre le génie littéraire, la vie amoureuse et les passions politiques du grand homme. Au fil des pages se dessine un portrait moral contrasté : le « bon garçon » de la famille et des intimes, ou le pair de France qui interpelle les rois ; le séducteur irrésistible et le fidèle adorateur de Juliette Récamier ; le poète de la mélancolie ou de la tendresse et le polémiste incisif de la Légitimité.

De ce destin singulier que Chateaubriand a voulu styliser dans ses Mémoires, ce livre restitue les aléas imprévisibles et méconnus – autant dire le charme secret.

« Dictionnaire amoureux de l’Algérie » de Malek Chebel

Des ruines romaines de Timgad aux noces du soleil et de la mer à Tipaza, du désert algérien cher à Eugène Fromentin à la conversion d’Isabelle Eberhardt, des tableaux de Delacroix aux femmes de Biskra d’Etienne Dinet, de la prise d’Alger en 1830 à l’indépendance du pays en juillet 1962, de l’émir Abd el-Kader à Bouteflika, Malek Chebel, en observateur averti du pays où il est né, où il a grandi, n’élude rien et aborde beaucoup de non-dits.
Mais, ce dictionnaire est aussi un ouvrage ludique. Il nous parle d’une Algérie tour à tour romaine, musulmane, ottomane, espagnole, arabe et a fortiori algérienne, occupée mille fois et sans cesse réinventée. Au gré des entrées, nous découvrons avec bonheur son charme pittoresque, ses fragrances, ses espoirs et ses désillusions.

Anthropologue des religions et spécialiste du monde arabe, Malek Chebel est né à Skikda, en Algérie. Il est l’auteur du Dictionnaire amoureux de l’Islam (2004) et duDictionnaire amoureux des Mille et une nuits (2010).