Fièvres

Homélie 5 ème dimanche du temps ordinaire

Crypte de l’Eglise Notre-Dame d’Auteuil dimanche à 21h30

(Marc I, 29-39)

La bourgade de Capharnaum est sur le bord du lac de Tibériade, qui est une région particulièrement touchée par les fièvres. Un voyageur rapporte encore, en 1876,  que les fièvres malignes y sont dominantes, surtout en été et en automne; elles sont dues à la chaleur extrême de ces plaine marécageuses. La fièvre dont souffre la belle-mère de Simon-Pierre est sans doute à prendre d’abord au premier degré, tout à fait physique, et la guérison opérée par le Christ s’entend d’abord dans ce sens, mais le contexte dans lequel elle est décrite nous invite à élargir le sens, non seulement par rapport à ces journées intenses vécue par le Messie, mais aussi eu égard à la transposition de signification pour nous-mêmes, aujourd’hui.


Depuis l’intervention du Nazaréen à la synagogue, le jour du sabbat, où son autorité d’enseignement s’élevait bien au-dessus du discours des scribes habituels, sans compter qu’elle avait été soulignée publiquement par l’homme tourmenté qui désignait dans ce prophète le « saint de Dieu », tout ce gros bourg de pêcheurs était enfiévré … et les rumeurs et les palabres allaient bon train.
Sabbat oblige : à peine sorti de la synagogue, en économisant ses pas selon la tradition juive, Jésus pénètre chez Simon en compagnie des quatre pêcheurs qui sont devenus ses compagnons. Il guérit cette femme alitée, qui se met aussitôt à leur service, figure de l’Eglise servante et pauvre.

De nos jours, une assemblée dominicale urbaine ordinaire a paradoxalement besoin d’une médication dont les propriétés soient à la fois toniques et fébrifuges : le symbole pourrait en être le quinquina. Ce jour-là, épuise par un soir de sabbat où les consultations et les soins ont été particulièrement chargés, que fait Jésus le Nazaréen pour échapper au stress menaçant, pour prendre de la distance vis à vis de son succès local dont la publicité grandit dangereusement et ne pas survaloriser son travail de thaumaturge ? Avant l’aube, il se retire dans la solitude, au-dessus des marécages, pour faire silence, prier, seul.

Lorsque l’Eglise nous rassemble chaque dimanche, elle nous invite en quelque sorte à la même démarche pour un certain retrait. Comme la plupart d’entre nous n’ont pas nécessairement une vocation à la solitude, et que la dimension communautaire est essentielle pour revivifier nos forces spirituelles, passablement affaiblies par les sentiments plus ou moins fangeux de la semaine, et qu’il nous revient de pacifier nos excès de fébrilités, ensemble nous faisons corps. Corps eucharistique.

Trouver un peu de silence et faire la paix intérieure, stimuler notre goût spirituel, réveiller notre intelligence de la foi et les solidarités sans lesquelles nous faillissons à l’amour fraternel, tel est le sens de l’image du quinquina hebdomadaire. Selon laquelle il nous faut un peu moins d’une certaine fièvre pouvant devenir maligne, et un peu plus d’une autre qu’on pourrait alors nommer : ferveur !

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