Extrait de « La ronde des vices » : Les sept péchés capitaux.

Les cohabitants juvéniles sont ils des « pécheurs publics »?

« La simple justice, éclairée par les critères d’une évaluation morale, incite à demander que les normes canoniques de l’Église soient réajustées. On ne peut pas traiter sur le même pied deux jeunes qui vivent quelques mois ensemble avant leur mariage et des gens qui vivent des liaisons successives. Ni le projet, ni les relations, ni l’aboutissement ne sont les mêmes. Faute de procéder à une révision canonique et, en particulier, de reconsidérer le canon 1012 – qui exclut pour les baptisés tout autre mode de vie conjugale que le mariage sacramentel – on risque d’enfoncer de plus en plus les jeunes dans une alternative qui ne correspond plus à leur choix réel. Ou bien, ils se marient selon les normes canoniques du sacrement, quels que soient, par ailleurs, la réalité de leur appartenance ecclésiale et le contenu de leur foi ; ou bien refusant un simulacre, ils se trouvent placés dans la catégorie de concubins, pécheurs publics, quelles que soient leurs intentions de se marier un jour et le contenu de leur engagement mutuel. Ultimement, il nous semble que la question se pose à l’Église de vérifier si elle ne laisse pas trop facilement identifier le sacrement avec un modèle social du mariage. Ne pourrait-on pas reconnaître une sacramentalité réelle à diverses formes de conjugalité dès l’instant que seraient réunies les conditions principales du sacrement : mariage unique, engagement définitif, liberté des époux, acceptation des enfants et publicité de l’union ? »

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Chronique « Présidentielles » : Toutes les civilisations se valent-elles ? Quid du relativisme ?


Dans sa dernière chronique du « Figaro », du 23 février 2012, Luc Ferry écrit :
« Qu’est-ce qu’une grande civilisation ? Voici une réponse simple : une grande civilisation, c’est une civilisation qui dépasse sa particularité, qui adresse un message à l’humanité entière, qui lui apporte quelque chose de précieux, quelque chose qui affecte le cours de l’histoire mondiale. En ce sens, les civilisations chinoises, arabo-musulmanes ou indiennes, pour ne prendre que ces trois exemples, sont de grandes civilisations : chacune apporte des trésors dont l »humanité se trouve marquée à jamais, par exemple l’algèbre, le confucianisme ou le Mahabharata. D’évidence, aussi, la civilisation européenne mérite d’être retenue pour grande, par ses  créations scientifiques, esthétiques et politiques. dans tous les conservatoires du monde, on joue Bach, Ravel et Mozart. De Pékin à Moscou en passant par Madras ou Alger, on étudie Platon, Rousseau, Shakespeare et Freud. Pour autant, aucune de ces civilisations n’est exempte d’atrocités. L’Europe, qui songerait à le nier, ce fut aussi le nazisme, l’esclavagisme, la colonisation, le stalinisme – en quoi, disons-le d’emblée pour éviter un malentendu, si toutes les civilisations ne se valent pas, tout ne se vaut pas non plus au sein d’une même civilisation.
Notre vieux continent a inventé quelque chose d’unique et de précieux, de singulier et de grandiose : une culture de l’autonomie des individus à nulle autre pareille, une exigence de penser par soi-même. Tel est le génie d’une Europe qui finira de son propre mouvement par abolit l’esclavage et la colonisation, par se défaire des totalitarismes, bref par reconnaître l’altérité. Rien, dans cette valorisation de la civilisation européenne, n’implique le moindre racisme, le moindre penchant néo-colonial. Simplement l’idée que si tout se vaut, alors rien ne vaut. »

Débat sur la situation en Syrie

Replay de l’émission diffusée samedi 25 février

Débat sur la situation en Syrie

avec

Bernard Guetta,chroniqueur de politique internationale (France Inter, Libération, La Republicca)
Christian Makarian, directeur délégué de la rédaction de L’Express
Denis Bauchard, ancien ambassadeur de France, consultant à l’Ifri

Homélie du 1er dimanche de Carême

Crypte de l’Eglise Notre-Dame d’Auteuil dimanche à 21h30

Mc 1, 12-15

Le temps liturgique du Carême se présente, à la manière des quarante jours dans le désert du peuple juif et des quarante jours de Jésus avant sa mission publique, comme le temps de la mise à l’épreuve de la fidélité : fidélité de la foi et fidélité de l’amour !C’est cela pour nous, aujourd’hui, l’image du désert : la mise à l’épreuve de la fidélité ! A cet égard, chacune et chacun d’entre nous fait son chemin, tour à tour, ou simultanément, dans quelque désert intérieur où notre foi et nos amours sont mis à l’épreuve.

Dans ce « désert » la foi et l’amour rencontrent plusieurs obstacles : le temps, le groupe, la communauté humaine au sein de laquelle nous pérégrinons, et la solitude au milieu même de cette communauté et des relations par lesquelles nous sommes liés à elle.

 S’il est vrai que la foi cela signifie de vouloir vivre en vérité la relation vis à vis de Dieu, de soi-même et des autres; s’il est vrai que Dieu représente pour nous, à la fois en nous-mêmes et dans les autres, ce témoin de notre recherche de la vérité, témoin mystérieux à la fois très proche et très lointain, exigeant et libérateur, lumineux et obscur; s’il est vrai que Dieu est pour nous « Celui qui appelle à devenir sans cesse quelqu’un de nouveau »,Celui qui est l’origine et la fin de ce dynamisme fondamental, alors nous découvrirons que, dans l’expérience de l’amour et de la foi, un des premiers obstacles à la fidélité, c’est celui de la découverte de notre solitude : par rapport à Dieu, à nous-mêmes et aux autres.

 Une certaine vérité sur nous-mêmes nous conduit, en effet, à découvrir que nous sommes seuls à vivre chacun ce que nous vivons, dans le cadre de notre histoire personnelle : les signes de Dieu se lisent toujours dans le déroulement d’une histoire, et personnelle et communautaire.

Il y a l’expérience originale et irréductible de chacune, de chacun, qui nous engage dans un drame personnel, dans une passion personnelle. Drame ne signifie pas ici « tragique », mais intensité du vécu, au niveau de la joie comme à celui de la souffrance. Se mettre en vérité vis à vis de soi-même, c’est prendre conscience de sa propre solitude à assumer. Le repli sur soi-même est en fait une fuite, une peur de soi, un bouclage intérieur, tout autant que l’activisme, autre fuite compensatrice de soi-même.

Ce n’est pas pour rien que l’ Esprit Saint – celui peut pousser au désert – est appelé « Esprit de vérité », Esprit d’amour : source et moteur de nos propres dynamismes :« Si donc vous, tout mauvais que vous êtes, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père donnera-t-il l’ Esprit Saint à ceux qui l’en prient ! »(Luc XI,13)« Quand il viendra, celui-là, l’ Esprit de vérité, il vous guidera vers la vérité totale. » (Jean XVI,13)

 Eprouver sa solitude ce n’est pas ressasser de vieilles histoires, c’est à la fois accepter de s’ habiter et que l’ Esprit habite en nous de telle sorte que nous arrivions enfin à nous aimer nous-mêmes. Et c’est plus important qu’on ne le pense de s’aimer soi-même, car celui qui ne s’aime pas est incapable d’aimer les autres. Etre vrai avec soi pour être vrai avec l’autre ! Découvrir sa solitude ce n’est pas, ce n’est pas vivre isolé. L’action de l’ Esprit en nous est une action d’ éveil. Dans le désert, le groupe comme l’individu, prennent mieux conscience de a solidarité qui les relie : notre sort est lié aux autre; s’accepter soi-même , dans la nudité intérieure de la vérité, c’est accepter en même temps le besoin que nous avons de l’ autre et accepter ce désir de l’autre, c’est reconnaître son insuffisance, sa pauvreté.

 La solitude, au fond, n’est rien d’autre que la prise de conscience et l’acceptation que la découverte de soi se fait toujours en relation avec quelqu’un. Alors, peut-être, aurons nous commencé à deviner la source cachée dans le désert, ce murmure silencieux de l’ Esprit qui appelle à la vérité de l’amour.

Conte de l’ermite breton

L’ermite et le rayon vert

 

                 Parfois les ermites – dit-on ! – reçoivent des visites mais pas seulement des serpents, des hérissons ou des renards. Des êtres humains s’aventurent pour consulter ces personnages étranges à la réputation de sagesse et de quasi sainteté.

                C’est ainsi qu’un beau jour – à l’aube précisément –  une dame vint surprendre Grégoire dans son office des Matines ; elle s’était glissée sans bruit dans l’oratoire, s’incorporant à la prière psalmodiée du moine. Une fois l’office achevé, lorsque, se retournant, il vit une silhouette humaine se détacher dans l’ombre que soulevait lentement le lever du jour, il tressaillit. Non point tant de peur – il n’avait connu aucune crainte depuis qu’il s’était retiré en solitude – que de surprise. Comme il s’inclinait légèrement pour la saluer, resserrant les deux mains sous son menton oint de barbe grise et taillée et la dévisageant du regard, elle lui dit :

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