De la chasteté

Homélie 4 ème dimanche du temps ordinaire

Crypte de l’Eglise Notre-Dame d’Auteuil dimanche à 21h30

I Cor. VII

« Tout homme qui regarde une femme et la désire, a déjà commis l’adultère avec elle dans son coeur. »

La loi juive interdisait l’adultère, c’est à dire la relation sexuelle entre un homme (marié ou non) et une femme mariée, car un tel rapport violait le droit de propriété qu’a le mari sur sa femme. Les deux partenaires devaient être mis à mort, ordinairement par une lapidation qu’effectuait la communauté, concernée tout entière par le délit. Jésus étend à l’homme ce qui valait jadis pour la femme seule et va jusqu’à condamner le désir qui est déjà adultère, faute qui est une de celle qui ferme l’entrée du Royaume mais qui peut être pardonnée.

Au-delà de la condamnation, de façon plus positive, Jésus invite l’homme, ou la femme, à purifier son regard, ce qui est précisément le premier chemin de cette vertu traditionnelle dont il faut savoir à nouveau parler sans oeillères : la chasteté.

Dénonçons d’abord une confusion fréquente dans l’esprit du grand public : celle de la continence et de la chasteté.

La continence désigne l’état d’une personne qui contient ses pulsions sexuelles. Est continent un sujet qui s’abstient de tout plaisir génital volontairement provoqué, c’est à dire qui n’a pas de relation auto-érotique ou de passage à l’acte sexuel avec autrui. On peut être continent sans être chaste, comme on va voir. De même, on peut être chaste sans être continent. La chasteté n’est pas réservée aux seuls célibataires, mais à toute personne appelée à cela par la grâce divine.

Par le mot de chasteté est désignée la disposition intérieure que pousse une personne à réguler sa sexualité de façon épanouissante. Il ne s’agit pas dans la chasteté de dépasser ou de dénier la réalité sexuelle, mais de désirer réguler l’organisation de pulsions sexuelles partielles dont toute personne est normalement constituée. Le but visé est celui d’une plus grande liberté, d’user de sa sexualité maîtrisée pour devenir plus homme ou plus femme, c’est à dire pour mieux développer le pouvoir relationnel qui est le nôtre.

Le mot chaste vient du latin castus. Or le contraire de « castus » est en latin le mot « incastus » qui signifie incestueux. Autrement dit est chaste une personne qui n’est pas incestueuse. Il s’agit d’incestueux dans le sens le plus large : est incestueuse toute conduite qui cherche, d’une façon ou d’une autre, à prolonger ou à reproduire l’état d’indifférenciation qui existait, au commencement de la vie, entre le petit enfant et l’instance maternelle.

Au commencement était la fusion, dans le sein maternel, une sorte d’indifférenciation, un paradis originel. Pour acquérir son autonomie, sa liberté, sa personnalité propre, l’enfant doit peu à peu se différencier du monde fusionnel originel, couper le cordon. Toutes sortes d’instances viennent couper, castrer ce monde fusionnel afin que le désir de l’enfant le porte vers d’autres objets : c’est le rôle de la loi, du langage, des interdits, du père …

Nous nous construisons peu à peu en renonçant à l’état d’indifférenciation, en renonçant à coïncider avec notre origine. Etre chaste c’est cela : renoncer à ce monde fusionnel qui a quatre grandes caractéristiques :

– un monde sans faille, donc sans échec et sans mort;

– un monde sans différence;

– un monde de toute-puissance, où tout semble possible;

– un monde de coïncidence avec ses origines

1 – Renoncer à un monde sans faille, c’est à dire accepter dans sa vie la réalité de l’échec et de la mort. Se reconnaître très limité dans ses possibilités de se transformer. Par exemple, dans les tâches éducatives, reconnaître que l’on n’est pas tout puissant par rapport aux gens que l’on forme. Reconnaître son « péché », mais le reconnaître dans l’humilité et non dans l’humiliation. Dans le domaine sexuel, l’échec nous rend plus souvent dépités de nous mêmes que véritablement humbles.

2 – Renoncer à un monde sans différence. Par exemple, combattre le mythe de la transparence totale : tout se dire, être transparents les uns aux autres alors que le réel c’est l’opaque. Refuser le « tout-tout-de-suite » , ce qui est une manière de refuser l’affrontement avec le temps, la durée. Dans ce sens, toute impatience est radicalement contraire à la chasteté.

3 – Renoncer à un monde de toute-puissance : une vie qui chercherait à bannir tout trouble ou tout plaisir est finalement une vie non-chaste, car c’est une vie qui cherche à nier la dépendance et personne ne peut prétendre à être indépendant de tout.

4 – Renoncer enfin à coïncider avec son origine : par exemple, est non-chaste, incestueuse, toute façon, tout désir de vouloir coïncider avec Dieu, de vouloir fusionner avec Celui que l’on juge être son Créateur. Tout spiritualité qui nous installe dans cette illusion selon laquelle la toute-puissance divine serait immédiatement à notre disposition, qui laisserait croire que l’on rencontre Dieu immédiatement sans devoir en passer par les dures et longues médiations humaines.

Vivre sa sexualité avec l’autre c’est faire l’expérience de la similitude et de la différence, de la proximité et de la distance. De même, dans la vie spirituelle, la vie de Prière, faire l’expérience de Dieu c’est à vivre cette tension permanente entre la conviction que Dieu impossessible, différent, qu’Il m’échappe et la certitude que Dieu se donne, se rend Présent à la fois dans la solitude et à travers le semblable, la personne humaine aimée, si proche aussi et si lointaine, si semblable et si différente.

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s