Simon Buisson écrit sur son blog

        

Des Indignés sur la place Puerta Del Sol en Espagne -Reuters-

Tout avait pourtant si bien commencé. En janvier, les tunisiens descendaient en masse dans les rues pour réclamer la fin du régime autoritaire de Ben Ali. Grâce à leur soif de liberté et de progrès démocratique, ils ont réussi à chasser leur vieux président. La France, patrie qui aime tant se réclamer des droits de l’Homme et de la Révolution a longtemps soutenu le régime. Qu’il est difficile de rompre des années de collaborations étroites malgré les atteintes permanentes à la liberté et le détournement personnel des richesses du pays. En février, c’était au tour de l’Egypte de Tahir de renverser son vieux pharaon fatigué, Moubarak. Les intellectuels progressistes s’enflammaient pour ce Printemps arabe,  louant cette jeunesse connectée et ses idéaux. Les intellectuels conservateurs, emplis de leurs certitudes occidentales, se méfiaient des ombres islamiques et des débordements.

Tout avait pourtant si bien commencé. Les indignés, portés par le succès de l’ouvrage de Stéphane Hessel Indignez vous et les exemples arabes, envahissaient les rues de nos villes pour protester contre  les inégalités, la place prépondérante de la finance et de la consommation dans nos vies. Ils se soulevaient contre les différentes politiques rigoureuses menées par des gouvernements trop souvent coupés de l’opinion. Enfin, les citoyens investissaient la société politique. Enfin, les gens s’intéressaient à l’avenir. Enfin, le peuple, cette entité abstraite mais bien réelle s’imposait en faveur ou contre le mouvement. Les espagnols refusaient de quitter la place de la Puerta del Sol, des gens de toutes les générations manifestaient en Israël. Le mouvement gagnait les Etats Unis. Le Time, a même déclaré l’Indigné en général, personnalité de l’année.

Malheureusement, la crise économique en Europe et les résultats des élections tunisiennes puis égyptiennes ont vite refroidi les ardeurs populaires de nos élites. Le peuple demeure encore un concept flou, difficilement appréhendable. Les citoyens sont aujourd’hui atomisés, chacun  pense et s’exprime comme il le désire. L’opinion publique forcément plurielle, est devenu légitime. Au XIXe siècle, les romantiques démocrates aimaient se réclamer de ce peuple, s’inspirant de sa culture et favorisant son éducation, pour qu’un jour, il puisse enfin s’affranchir de ses tuteurs. Contre ce généreux discours, les forces libérales défendaient un peuple en devenir, libéré de sa position de sujet, certes, mais pour le moment pas tout à fait acteur politique, par manque de Savoir. Un jour peut être, ils pourront décider… En attendant faites nous confiance. Nous, nous sommes des experts. C’est cette conception archaïque qui se cache en creux dans les déclarations récentes de nos dirigeants et autres spécialistes.

Oh non! Ne faites pas approuver par référendum le plan de sauvetage de la Grèce et ses austères arbitrages. Les grecs ne sont ils pas assez grands pour se rendre compte par eux mêmes des enjeux économiques de la crise, des efforts à faire pour rétablir les finances publiques ? Oh non! Regardez ces pauvres égyptiens qui font la révolution pour finalement voter en faveur des Frères Musulmans et leur politique inspirée de la Charia. Les égyptiens se révoltent puis choisissent parmi leurs élus, les plus obscurantistes… Sans doute, mais ces élections furent libres et si le renouveau dérape, ne doutons pas des sanctions de la rue ou des urnes lors des prochaines échéances. Dans la même logique, il fallait lire les commentaires élogieux concernant la démission forcée de Berlusconi. Loin de moi l’idée de défendre Il Cavaliere, ses exagérations machistes et vulgairessa politique uniquement tournée vers la défense de ses intérêts. Mais ce ne sont pas les mobilisations féministes, les activités de l’opposition, les poursuites judiciaires qui ont contribué à son départ. Le président du conseil ne correspondait plus à la volonté des marchés. Son successeur, malgré ses compétences certaines, n’a donc aucune légitimité démocratique. Une légitimité, base de nos régimes depuis le XXe siècle. Le risque d’élections anticipées niant le souhait des amis européens et des créanciers aurait il été trop fort?

Certains parleront à propos de cet article de populisme, de marxisme de comptoir. Bien sûr, traiter du peuple, de l’élite, dans sa globalité reste discutable. Il n’y a pas d’opposition entre deux groupes distincts. Il existe des passerelles entre eux, la diversité clive et unit toutes ces individualités: vous, nous, toi, moi. Bien sûr, mêler un situation révolutionnaire au Moyen Orient et une crise économique au sein de l’Union Européenne pousse aux raccourcis, plus ou moins habiles. Alors que les enjeux sont différents, une constance s’impose en arrière plan de cette année riche en actualité. L’exaltation du peuple lorsqu’il s’accorde avec les attentes des pouvoirs, la négation de l’opinion publique lorsqu’elle s’en détache, à raison ou par faute, d’ailleurs. Il est commun de disserter sur la crise de confiance des citoyens envers ses politiques ou ses médias. L’inversion du raisonnement se révèle désormais perspicace. Les élites n’ont pas ou plus confiance dans la majorité faisant société.

2011 fut marqué par cette dualité, d’une part, le retour concret du citoyen dans la sphère publique – il n’est jamais trop tard – et d’autre part, la persistance d’un discours apeuré vis à vis de ce peuple, masse inconnu et versatile. Comme si nos dirigeants se souvenaient de ces mots jadis attribués à Napoléon III, empereur adepte du plébiscite au suffrage universel: “J’accepte d’être baptiser avec l’eau du peuple mais pas de vivre les pieds mouillés.”

SB

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