Dans le quotidien La Croix aujourd’hui…

P. Alain de La Morandais : « Mon fil conducteur, c’est la messe »

Le P. Alain de La Morandais, ancien aumônier du monde politique, est à la fois médiatique, contesté, provocateur. Il parle avec une sagesse peu conforme de l’image qu’on se fait de lui.

« Pour moi, le fil conducteur du dimanche, c’est la messe. Une évidence. Il paraît que lorsque j’avais 4 ans, déjà je voyais la messe à ma façon, et je savais aussi faire la quête ! Aujourd’hui, je ne suis plus à la chapelle de l’Agneau-de-Dieu, à Paris, près de la gare de Lyon, où je célébrais tous les jours. J’ai été récupéré par le P. Antoine de Romanet, curé de Notre-Dame d’Auteuil, dans le 16e  arrondissement, avec qui j’ai de forts liens d’amitié et de solidarité sacerdotale, notion pourtant plus répandue en province qu’à Paris. Il avait repéré que le retour de week-end, dans son secteur, se passe vers 21 heures. Il m’a demandé si j’étais prêt à lancer la messe la plus tardive de la capitale, 21 h 30 dans la crypte. On a démarré l’an dernier et les effectifs ne cessent d’augmenter, avec beaucoup de jeunes. Après dix mois d’expérience, nous avons une centaine de fidèles. Je suis accompagné de chanteurs et de musiciens de talent, cela a d’ailleurs toujours été le cas, que ce soit à la chapelle de l’Agneau-de-Dieu ou à Sainte-Clotilde, ma paroisse près de l’Assemblée nationale, quand je m’occupais du monde politique. Besoin de ritesPour moi, dans une liturgie, l’esthétique globale d’une cérémonie joue beaucoup. Je veille aussi à ce que les temps de silence soient de qualité. Notre-Dame d’Auteuil n’est pourtant pas ma plus grosse paroisse : j’ai le même chiffre tous les jours sur mon blog. En plus, avec l’émission de télévision « Les enfants d’Abraham » sur Direct 8 à laquelle je participe chaque semaine, c’est l’équivalent de trois Stade de France ! Il s’agit d’une émission d’actualité, avec toujours une résonance spirituelle (1).

Mais revenons-en à la messe dominicale : nous avons tous besoin de rite. Hélas, ça se perd ! Je sais bien, il y a des moments où l’on n’a pas envie d’y aller… Dans ces cas-là, je ne vois pas d’autre moyen que de se botter le train ! Il faut s’obliger à certains rites, la célébration dominicale en fait partie.

Le gros problème avec les jeunes, c’est que trop souvent ils s’y embêtent ferme. Je les entends parfois se plaindre qu’il s’agit d’assemblées de vieux, que le prédicateur se contente de paraphraser l’Évangile… C’est souvent vrai ! Je ne suis pourtant pas pessimiste : je crois que les JMJ, par exemple, ont fait bouger les choses.

« ON NE PEUT SE CONTENTER DE L’ÉMOTIONNEL »

Et si les jeunes, aujourd’hui, ont la chance d’arriver dans des communautés où ils ressentent l’accueil qui peut les transporter – avec la pointe d’émotionnel qui leur est nécessaire même s’il ne faut pas s’en contenter –, c’est tant mieux ! Je dis seulement que l’émotionnel n’est pas suffisant parce que moi, je suis pour l’amour durable. Et l’amour durable, comme la foi durable, a besoin de relais. La messe du dimanche en est un.

J’applique cela pour moi-même. Étant à la retraite, je n’ai plus à assurer la messe chaque jour pour un groupe de fidèles. Pourtant, je célèbre dans mon bureau. Bréviaire, chapelet et oraison sont indispensables à mon quotidien. Sinon, je ferais n’importe quoi…

Mais – paradoxe – contrairement à toutes mes années de vie sacerdotale où il fallait se lever tôt le dimanche matin – discipline qui m’est familière – c’est maintenant le seul jour où je ne mets pas le réveil ! J’essaie de rester seul, de m’écarter ce jour-là des mondanités et autres obligations, sauf le soir pour mon rendez-vous avec les fidèles de Notre-Dame d’Auteuil.

RAPPEL DU DEVOIR ÉLECTORAL

Là, j’y prêche. Sept minutes. Pas plus ! Et je donne le texte, car parfois, mon discours est un peu trop intello. Alors les gens peuvent relire ce que j’ai dit, y réfléchir. Soit je reprends les bases théologiques, soit je me saisis de l’actualité, sans trop faire de morale.

Enfin, ayant été aumônier dans le monde politique, je sais aussi que certains dimanches où il y a vote, le devoir du chrétien, qui aime d’abord son Seigneur et son Dieu, sont aussi comptables du devoir de citoyen. Partout où j’ai été curé de paroisse ou aumônier, j’ai toujours rappelé les fidèles à leur devoir électoral. En toute neutralité, bien sûr. »

(1) Tous les samedis à 23 h 55 sur Direct 8, un juif, un chrétien, un musulman commentent l’actualité. Avec le P. Alain de La Morandais, le grand rabbin Haïm Korsia, l’islamologue Malek Chebel. Une émission présentée par Mikaël Guedj.

 

Recueilli par LOUIS de COURCY

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